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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Abécédaires et marquettes, broderies de jeunes filles

Objets pour les dames
Ravissante marquette
Autre marquette
Marquette ancienne
Les premiers abécédaires sont apparus au Moyen-Age. Eh! Oui, il fallait bien passer s'occuper lorsque les hommes étaient partis guerroyer!
 
A l’initiale, ces broderies étaient appelées « marquoirs » ou encore « marquettes », parce que réalisées au point de marque.
Ces ouvrages de patience, uniquement réalisés par les demoiselles, se reconnaissent par leur petite taille et les lettres réalisées au fil rouge, si typique.
Autrefois, ce sont les religieuses qui apprenaient aux jeunes filles des institutions catholiques, des internats mondains et des écoles privées, les points les plus simples. Avec le temps, les brodeuses acquéraient la dextérité nécessaire pour effectuer des points plus compliqués.
Cet enseignement avait pour but de permettre à ces futures épouses accomplies de marquer leur trousseau de femme mariée de leurs initiales, mais aussi chiffrer leurs draps et leurs nappes, broder des napperons et des mouchoirs, confectionner leurs dessus de lit, …
Pour débuter, elles brodaient ces fameux « marquoirs », qui sont en réalité des échantillon de divers chiffres et lettres, en majuscule, en minuscule et dans différentes élégantes typographies, qui devaient servir de modèles à leurs futurs travaux, plus aboutis.
Ainsi, les jeunes filles apprenaient la lecture, l’écriture et les chiffres en même temps, pour compléter leur éducation.
De la fin du Moyen-Age, toutes les jeunes filles apprenaient la couture, quel que soit leur rang social et leur destinée. Au début du XXème siècle, les jeunes filles de simple extraction apprenaient la couture à l’école communale, si elles étaient scolarisées, ou à la maison avec leur maman.
Les femmes plus âgées brodaient aussi des abécédaires, mais pour le plaisir de broder.
 
Il est important de souligner que sur les marquoirs datant du Moyen Age, soit à partir de la fin du XVIème, les lettres et les chiffres s’alignent d’une façon plus ordonnée que sur les modèles antérieurs. Des motifs décoratifs et des frises apparaissent, toujours destinés à servir de modèles pour embellir le linge de maison. A cette époque, les marquettes sont des longues bandes brodées enroulées et rangées dans un coin du coffre.
Au début du XVIIIème siècle, apparaissent les abécédaires qui s’éloignent, de la par la qualité d’exécution et de par leur recherche dans leur composition, des marquoirs et des marquettes. Les brodeuses emploient volontiers l’imagerie populaire, les versets de la Bible, des proverbes et maximes, pour égayer les lettres et chiffres brodés.
Elles reproduisent des animaux, des fleurs, des scènes amoureuses, des maisons, des arbres généalogiques… autant de symboles moraux de la vie quotidienne. De ce fait, la taille des abécédaires s’agrandit : ils deviennent de plus en plus carrés. 
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Les abécédaires aujourd’hui les plus rencontrés, sont réalisés au point de croix, qui est le point le plus simple à effectuer, même par une fillette. Ils sont brodés à même sur un canevas, puis selon l’habilité de chacune, sur une toile de lin ou sur étamine de lin.
Sur les marquoirs, vous pourrez lire bien souvent la date de réalisation de l'ouvrage, les nom et prénom de la jeune fille, son âge, ainsi que l'indication d'un lieu. Ces mentions n'apparaissent pas forcément sur les abécédaires.
Ces marquoirs présentent bien souvent des imperfections, des erreurs de broderie : ce sont des essais de jeunesse. En cela, ils représentent d’émouvants souvenirs, soulignant les moments importants de la vie d’une jeune fille : les longs préparatifs de sa vie de future épouse.
Les abécédaires sont mieux finis et souvent impeccables en terme de broderie.
Les meilleures jeunes brodeuses, devenues jeunes femmes installées dans leur nouveau foyer étaient souvent sollicitées pour réaliser les broderies des vêtements ecclésiastiques et des ornements liturgiques.
 
En Angleterre, les marquoirs sont appelés « samplers ». Ils connaissent la même évolution que nos marquoirs, devenant « abécédaires ».
L'apogée des « samplers » se situe durant l’ère victorienne et il reste de splendides exemplaires dans les musées anglo-saxons.
De la Perfide Albion, les pionnières emmenèrent vers le Nouveau Monde leurs traditions et leurs techniques, principalement en Nouvelle-Angleterre. Là encore, les témoignages restant sont stupéfiants de beauté et plus spécialement lorsque ils sont réalisé sur un fond de lin brun, avec des fils de soie, ce qui augmente leur valeur.
Les communauté Quakers et Amishs ont aussi leurs habitudes et leurs particularités. Les Amishs brodent un alphabet de petites lettres pour le linge de maison et de lettres capitales pour marquer la cape noire dont ils se revêtent. Les abécédaires Quakers se distinguent quant à eux par l’emploi de lettres majuscules droites et d’un caractère moderne.
Abécédaires anglais et américains présentent de nombreuses similitudes, mais vous les distinguerez aisément par les noms de lieux brodés, les phrases historiques, les emblèmes… et au fait que la laine est rarement utilisée Outre-Atlantique.
Au XIXème siècle, ce sont de véritables œuvres d’art aux couleurs variés. Dès 1866, les premiers fils de teinture synthétique voient le jour : leur aspect est plus brillant. Les motifs décoratifs sont de plus en plus soignés et de nouveaux sujets apparaissent comme le perroquet, symbole de la médisance ou la colombe symbolisant le Saint-Esprit et la Paix.
 
En France, ce type de broderies pour demoiselle, trouva son inspiration dans de petits catalogues remplis de modèles. Les premiers recueils nous viennent d’Italie, apportés par les colporteurs, transmettant ainsi le savoir de région en région.
En France, les fameux catalogues Sajou, ancêtres de notre DMC actuel, paraissent au siècle dernier dans le « Journal des Damoiselles », « la Brodeuse », « Le Magasin des demoiselles », journaux pour jeunes filles de bonne famille.
Les amateurs et chineurs peuvent toujours trouver des catalogues anciens proposant des modèles d’abécédaires en tricot, datant pour la plupart du XIXème siècle. Les modèles en tricot n’étaient pas faits pour être exposés.
 
La mode des abécédaires s’est éteinte vers 1950, tout comme l’habitude de marquer son trousseau.
 
Depuis quelques années, un réel engouement pour ces charmants objets les a remis au goût du jour.  
Les abécédaires anciens (antérieurs au XIXème siècle) et en bon état sont rares et donc recherchés.
Les marquettes brodées de fils rouges sont plus faciles à trouver et se dégotent à des prix très abordables.
 
Vous possédez de tels ouvrages brodés et souhaitez leur donner un petit coup de fer, sachez qu’ils se repassent toujours à l’envers et uniquement s’ils sont propres, car repasser une tâche la fixe irrémédiablement.
 
Source unique dont larges extraits : revue Aladin, octobre 1997, n°112, p.30-37

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