Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet

Agrafe de mante

Autour du costume et du linge
Agrafes de mante
Les agrafes forment une très vaste famille car il existe une grande variété de formes, de décors et de dimensions. Dans cette grande famille, on distingue 3 sous-familles : agrafes de mantes destinées aux femmes, agrafes de manteaux pour les hommes et crochets de blouses masculines.
Ici, il sera uniquement question des agrafes de mantes et de manteaux.
Un autre article sur le site est consacré aux agrafes de blouses, plus petites.
 
Une agrafe est constituée de deux plaques de métal, chacune cousue sur un bord du vêtement et d’un système d’accroche mâle sur une plaque et femelle sur l'autre , qui se crochètent pour maintenir fermé le vêtement, bord à bord. Les agrafes sont directement cousues sur le vêtement soit au travers des ajours, soit à partir de trous périphériques.
Il existe un second type de modèle qui est constitué de deux plaques reliées entre elles par une chaînette. Ce modèle apparait vers 1840. Conjointement à l'apparition de la chaînette, des demi-coques sont soudées au revers permettant une fixation invisible. Ces demi-coques sont réalisées à partir d’une mince feuille d’argent emboutie sur des matrices.
 
La fonction de l’agrafe de mante(au) était donc essentiellement utilitaire, mais c’est son décor qui en fait aujourd’hui un élément du costume recherché.
Elles sont très souvent en argent estampé, moulé, repercé et elles sont poinçonnées, ce qui permet d’en connaitre le fabricant, l’origine géographique et la période de fabrication.
Dans les milieux les plus modestes, les agrafes sont en fer, en laiton ou en acier.
Elles peuvent mesurer jusqu’à 10 cm. La taille des agrafes est ajustée au poids du vêtement : des agrafes d’homme sont plus larges et plus trapues, ce qui sied plus à de lourds vêtements masculins.
En lire plus
Entre 1840-1850 et 1920, on note une très grande variété d’agrafes : en corbeille entourée d'une guirlande, de godrons, de perles, palmettes, de gerbes, décorées d’une grosse fleur centrale, ajourée ou pas, entrelacs, décors géométriques ou végétalisant, mains jointes, coquilles, pattes de lion, …
Cependant, on notera que depuis le début du XIXème siècle, les orfèvres ont fabriqués des modèles pratiquement identiques dans tout le nord et l’ouest de la France, de Paris à Angoulême.
L’agrafe est le seul élément décoratif (ou le petit grain de folie, si on veut !) sur les manteaux, qui sont toujours d’une grande simplicité et de couleur sombre, sans ornement particulier.
 
Les tout premiers modèles, datant du XVIIème siècle, furent inspirés par les bijoux à pierreries et surtout ceux en acier à décor en « pointes de diamant » polis et brillants. Ils sont exécutés au repoussé, dans une feuille d'argent assez mince. On y soude ensuite le crochet et la patte. Les facettes sont presque toujours avivées par un travail de retouche très visible sur les pièces où les copeaux de métal ont été enlevés afin de rendre l'ensemble très brillant.
Les exemplaires les plus anciens que nous connaissons en Poitou, remontent au début du XIXème siècle, non pas qu'ils n'aient pas existé au XVIIIème siècle, mais ils y furent beaucoup moins nombreux car presque jamais portés en milieu paysan.
 
Les agrafes masculines les plus vieilles sont souvent plates avec décor ajouré et gravé d’un motif végétal et terminées par un as de cœur ou de pique vers l’extrémité tréflée ou polylobée.
A ces modèles succèdent ceux en forme de disques bombés gravés d’un motif floral et cantonnés d’une large patte d’attache prise dans la même pièce de métal.
Cette même forme se retrouve, en réduction, dans les agrafes de blouses d’homme dont l’usage va se perpétuer jusqu’à la seconde guerre mondiale, en argent, et plus rarement en vermeil ou en or.
On trouve plusieurs types de modèles :
-décor facetté à fleuron central et palmette terminale
-décor facetté, ajouré, à cabochon central
-à plaques rondes pleines et bombées, à décor gravé
-à décor estampé ou embouti
-à motif central en palmette
-à motif central en marguerite
-à motifs central en entrelacs
-à gerbes d’épis et croissants
-à décors divers et bordures ajourées rapportées
-à plaques ajourés plates
 
Grâce à l’extrait qui suit, vous constaterez que les agrafes n’étaient pas réservées qu’aux manteaux, mais attention, ce mode de port est très local !
« La boucle est un accessoire tout aussi indispensable au costume. A la fin du XVIIème siècle, on remplace progressivement les rubans ou galants par des boucles pour fermer les grenouillères des culottes d’hommes, des chaussures, les rubans de chapeau.
La boucle n’est alors plus limitée aux ceintures. Au XVIIIème siècle, les nobles la portent empierrées et les riches propriétaires fermiers ou artisans en argent pour les jours de fêtes. Elles sont de forme rectangulaire ou ovale et l’ornement géométrique prédomine dans leur décoration.
A l’inverse des autres régions plus modestes, les Provençaux porteront aussi des boucles à leurs chaussures. En effet, une des caractéristiques des Provençales, c’est le port de bas de soie et de souliers. Tous les voyageurs sont étonnés et même charmés de constater l’absence des grossiers sabots de bois au sein des milieux les plus populaires. »
Extrait issu de l’ouvrage « Le bijou provençal, Parures du quotidien et Bijoux de fête », Rémy Kerténian, Aubanel, p.104
 
A partir de la Révolution, l’abandon progressif de la culotte pour les hommes et le retour en force des souliers à lacets au début du XIXème siècle auront raison de cette mode des boucles. En outre, les modèles masculins ont bien plus vite décliné, grâce au développement du la voiture hippomobile, alors que, au même moment les modèles féminins, ont connus un véritable essor, grâce à la mode féminine, qui a elle a pris tout son envol, par le gain d’aisance des classes laborieuses et la baisse du colportage.
C’est ainsi que le modèle féminin de l’agrafe de manteau, connaît au XIXème siècle un engouement important.
Finalement, l’usage des agrafes de mante se perdra définitivement après la Seconde Guerre Mondiale.
 
Si vous souhaitez en acquérir, rendez-vous sur un célèbre site de ventes aux enchères sur Internet : il y a en permanence des agrafes qui y cherchent nouveau propriétaire!
 
Sources et extraits issus des ouvrages suivants:
-« Les bijoux traditionnels poitevins », catalogue des collections publiques du Poitou-Vendée, par Christian Gendron, Edition Musées Vivants, Niort, p 79-85 

Galerie photos