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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Assiettes parlantes

Objets de la cuisine
Assiette à rébus, collection Binetruy
Allez! Mais si! Vous en avez tous vu chez vos aieux : il s’agit de ces assiettes en faïence, de facture bon marché bien souvent, dont le fond est orné d’une scène animée (avec des personnages), historique, militaire, commémorative, ou qu’il faut tourner dans tous les sens pour découvrir le mouton qui se cache dans le décor ou l’homme barbu dissimulé dans le buisson. Pour les plus affutés, il y les assiettes à rébus!
Politiques, religieuses, culturelles, célébrants des faits historiques ou actuels, ces assiettes témoignent aujourd’hui de l’esprit de l’époque et de la société de nos anciens, de leurs préoccupations, de leur mœurs, de leur humour, avec leurs jeux de mots si désuets, mais très fins (et surtout sans vulgarité, merci à eux, c’est certainement très « has been » pour certains mais pétard, c’est plaisant à lire !)
Autrefois, ces assiettes firent un tabac auprès des bourgeois du Second Empire et ceci jusqu’à la Première Guerre mondiale. Elles s’offraient en cadeau de fiançailles, de mariage et, à vrai dire, presque à toutes les occasions.
Ce sont les assiettes dites « illustrées », « historiées » ou « parlantes ».
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Pour retracer la genèse de ces assiettes, il faut remonter aux années 1820/1830. A cette époque, les faïenciers français adoptent un procédé de décor par impression venu d’Angleterre, qui va leur permettre de proposer des pièces ornées de fins motifs à moindres coûts : les décalcomanies.
Les premiers « reports », appelés « décalques » ne permettent cependant d’utiliser qu'une seule couleur sur tout le motif. Le motif était placé sur la pièce à décorer, préalablement trempée dans un bain d’eau pour décoller le papier qui servait de support et l'ouvrier pouvait procéder à la cuisson.Un motif soigneusement créé, on procédait à son impression en autant d’exemplaires que nécessaire.
Ce procédé révolutionnaire induit une production de masse, il existe donc des quantités d’assiettes illustrées. Le revers de la médaille, c’est une piètre qualité de faïence et un décor parois un peu de travers, de mauvaise qualité ou une frise pas très bien positionnée. Cependant, cette mode fit les beaux jours de nombreuses manufactures !
 
Il est important de souligner que quasiment toutes les manufactures françaises adoptent le procédé et se mettent à produire des séries d’assiettes.
Les fabriques de Creil-et-Montereau, Choisy le Roi, Sarreguemines, Saint Amand, Longwy, … inondent le marché de séries d’assiettes, ayant pour beaucoup, la même inspiration, jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Les décors monochromes, noirs le plus souvent, mais aussi verts, bleus, rouges, marrons, roses, sont appliqués au fond de l’assiette à dessert sur l’aile, qui est soit droite, festonnée ou galbée.
Les frises, plutôt chargées, comme l’exigeait le goût de l’époque, étaient interchangeables et bien souvent appliquées sans tenir compte du motif intérieur, ce qui donnait parfois des associations curieuses, comme des scènes de bataille cernées de frises champêtres, d’oiseaux joyeux, de branchages et de fruits !
Certaines pièces, moins courantes, présentent un décor en plein, c’est-à-dire qui recouvrent toute l’assiette.
Ces petites assiettes à dessert ont généralement un diamètre allant de 19 cm à 21 cm. Les modèles les plus grands mesurent 24 cm de diamètre et sont très rares.
 
Ainsi donc, pour animer les fins de repas dominicaux, les douze assiettes d’une série misaient avant tout sur la variété et constituaient souvent une suite logique : les mois de l’année, les fables de La Fontaine, des scènes historiques en douze épisodes successifs. La numérotation suivait l’ordre chronologique et permet aujourd’hui de rechercher plus facilement une assiette manquante d’une série.
Rébus et devinettes offraient d’amusants moments pour tous, tandis que d’autres séries ne cachent pas leur vocation pédagogique comme l’alphabet, des personnages ou évènements historiques, le langage des fleurs, l’épargne dans un foyer, comment approcher une demoiselle, …
Les faits d’actualité sont des sujets récurrents : la conquête de l’Algérie en 1830, la guerre de la Crimée (1853-1856), l’alliance franco-russe de 1893, les portraits des présidents de la IIIème République ont tous inspiré les faïenciers.
Toutefois l’humour et la grivoiserie n’étaient jamais très loin et étaient un moyen d’expression récurant : les relations homme-femme, la politesse, les danses à la mode ou encore les dernières tendances vestimentaires étaient souvent égratignées.
Pêcheurs, chasseurs, militaires, les premiers vélos, les amoureux en prennent pour leur grade dans des séries comiques à grand succès intitulées « scènes rustiques » et « scènes de la vie militaire ».
Les expositions universelles furent largement célébrées donnèrent lieu à des séries (1855 – 1867- 1878 – 1889 – 1900).
 
Aujourd’hui, les séries complètes, soit 12 assiettes, sont plus compliquées à trouver : il en manque souvent une seule, c’est rageant ! En revanche, il n’est pas rare de trouver des assiettes dépareillées, ce qui est idéal pour recomposer une série ou la compléter.
 
Comme il en reste des milliers sur le marché, c’est un type de collection qui est à la portée de tous.
Il vous suffit de vous focaliser sur un thème ou une manufacture et de chiner !
N’oubliez pas d’être exigeants sur l’état de l’assiette : la faïence est un matériau fragile, qui n’aime pas les lavages trop chauds et donc se fêle facilement. Un cheveu (= un fêle) est peu gracieux et déprécie la pièce d’emblée.
L’engouement est tel aujourd’hui que des manufactures, comme celle de Sarreguemines, réédite des modèles anciens !

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