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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Bague de Foi

Bijoux régionaux
Bague de foi conservée du British Museum
La bague de foi est avant tout une bague de fiançailles.
C’est le bijou le plus ancien qui incarne l’attachement amoureux et symbolise l’engagement matériel, dans le monde rural principalement.
 
Bretonne dans les esprits, la bague de foi fut cependant offerte partout en France : dans le Poitou, le Dauphiné, en Normandie, mais aussi dans toute la région Rhône-Alpes et finalement dans de nombreux pays du monde, comme en Allemagne, en Angleterre, en Irlande… Elle puiserait d’ailleurs ses racines en Irlande, où elle porte le nom de « Claddagh ». C’est là-bas un bijou dès plus commun, qui est porteur d’une grande symbolique.
 
Lorsqu’on se penche sur l’histoire de cette bague, on se rend compte qu’elle était déjà présente aux premiers siècles de notre ère. Cette bague était alors offerte ou échangée lorsque deux personnes concluaient un contrat, qui pouvait être commercial, politique, stratégique, durant l’époque romaine. La bague de foi est la garantie d’un contrat équilibré, respecté par les deux parties.
Elle se répand dès le Moyen-Age, dans toute l'Europe et particulièrement en France, où elle restera populaire pendant plus de six cents ans, mais dans la sphère privée.
Les amoureux de la détection sont nombreux à exhumer de ravissantes bagues de Foi médiévales.
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Par dérivation et accaparation chrétienne, cette bague devint le cadeau offert par le fiancé lorsque la jeune fille acceptait sa demande en fiançailles, ce qui prévalait acceptation du mariage. Cette bague symbolisait l'approbation du « contrat » nuptial entre les futurs époux, signe de la promesse entre deux jeunes gens, une fois que les parents avaient donné leur aval à ces « accordailles ».
Et donc tout logiquement, la bague s’orne de divers motifs symboliques, gages d’amour entre les fiancés (lorsque le mariage n'était pas arrangé entre les familles!) et à minima, de leur confiance mutuelle et de leur envie de construire un foyer nouveau. Et, oui, l'amour entre les époux naissait parfois bien des années après les noces... ou pas!
 
Ainsi, le motif le plus courant sur cet anneau est la représentation des mains dont les doigts sont entrelacés. Ils peuvent porter conjointement un ou deux cœurs. Sans les mains et le cœur, ce n’est pas une bague de Foi.
Le ou les cœurs peuvent être surmontés d’une couronne à sept sphères ou encore sont présentés enflammés. Il peut aussi s’agir d’un anneau simple, en métal tressé, fermé par deux mains unies ou tenant un ou deux cœurs accolés. Plus rarement, les mains soutiennent un dôme, bien proéminant.
Parfois, les mains sortent de manches, dont les poignets (ou emmanchures) sont décorés de manières différentes. Elles permettent alors de reconnaître la main de l’homme, plus virile et portant un vêtement masculin à celle la femme, qui est, elle plus gracile et porte un vêtement féminin.
Chaque élément décoratif symbolise un aspect de l’engagement : l'amour pour le cœur, l'amitié ou l’acceptation du contrat par les mains jointes et la loyauté pour la couronne.
Quelques rares bagues sont ornées de pierres fines ou précieuses : le diamant symbolise la pureté et le grenat la passion de l’amour.
Les bagues les plus anciennes se reconnaissent par le travail de la matière, mais aussi par un petit détail : l'anneau est rond et plus étroit. Certaines de ces bauges anciennes sont de grande taille, car elles pouvaient être portées sur des gants. Elles peuvent être en or, en argent ou en bronze.
 
Le motif des mains enlacées, dit de « Bonne Foi », continu à être employé tout au long du XIXème siècle.
Il est toujours le symbole des fiançailles mais aussi de l’amitié sincère que se vouent deux personnes, parfois du même sexe. Ainsi, durant l’époque Romantique, deux bonnes amies pouvaient s’offrir mutuellement une bague de « Bonne Foi », aussi bien dans le monde rural que dans le monde bourgeois ou aristocratique.
Cette mode fût telle, qu’afin de faire graver une inscription ou des dates, les orfèvres les firent ouvrantes, avec un système de deux ou trois anneaux pivotant sur un axe. Cette alliance double et ouvrante, fréquente en Belgique,  reste quant à elle, en France, attachée au milieu bourgeois du XIXème siècle. J’ai trouvé, après maintes recherches, une bague de foi du XVIIIème siècle, qui possède un tel système d’anneaux ouvrants… donc le modèle serait bien plus ancien qu’on pourrait le penser !
 
Avec cette mode romantique, le motif de mains jointes se retrouva sur des colliers, des bracelets, des agrafes de manteau ou de ceintures, des boucles de chaussures, des broches, des sceaux, des manches d’ombrelles, de cannes, …
Dans les campagnes de France, la tradition se limita à la bague, présentant un cœur tenu entre deux mains.
 
Nommée bague « de Foi », «de Foy » ou de « Bonne foi » en Normandie, en Bretagne et dans le Poitou, bague « de pucelage » ou « alliance de Caux » dans le Dauphiné, cette bague est, comme je l'ai indiqué ci-dessus, présente partout en France et en Europe. Elle porte aussi le nom de « Fede » ou « Mani in fede » (traduction de « mains en confiance ») et enfin bague « de Promesse ».
« La bague de promesse (goalen eured) était en or ou en argent dans des matériaux moins nobles.
L’achat de l’anneau à la ville dans la vie d’un paysan cornouaillais était un évènement.
En Léon, on appelait cet acte « prena ar c’habest » c'est-à-dire « acheter le licol ».
Dans le pays de Tréguier, on disait des fiancés : ils sont allés acheter la bague d’argent. »
Extrait issu de : « Arts populaires de Bretagne » par Philippe Le Stum, p.42-43 (voir Informations complémentaires)
 
Cette bague est toujours produite et portée, à l'heure actuelle.
Aujourd’hui, elle revêt un langage plus « moderne » car il y a plusieurs façons de porter cette bague et toutes ont une signification particulière.
Elle indique si la personne qui la porte est libre sentimentalement parlant, ou pas.
Traditionnellement, portée à un doigt de la main droite, la pointe du cœur vers l'extrémité des doigts, cela indique que la personne qui porte la bague n'est pas engagée. Si la bague est portée à la main droite, la pointe du coeur dirigée vers le corps, cela indique que la personne n’est pas seule.
Lorsque la bague est portée à l'annulaire de la main gauche, la pointe du cœur dirigée vers l'extrémité des doigts, celle qui la porte est fiancée. A la même main, au même doigt mais la pointe du cœur en direction du corps, la bague signifie que la personne qui la porte est mariée.
 
Pour compléter cet article et mieux le documenter, je vous invite à lire un très bon livre qui vous détaillera, entre autres, les us et coutumes des différentes régions de France, liées au mariage. Il met en avant les traditions, région par région et illustré, quasiment exclusivement, de cartes postales anciennes. Attention cependant, il ne parle pas de la bague de foi, mais la replace dans son contexte heureux de fêtes populaires.
« Quand nos grands-parents faisaient la fête », Jean-Michel Le Corfec, Editions Sud-Ouest, 2008, ISNB : 978-2-87901-883-6, prix initial : 24.90 € 
 
Les photos ci-dessus qui possèdent un $ proviennent du site :
http://www.fabiandemontjoye.com/bijoux-anciens
 
BIBLIOGRAPHIE 
Arts populaires de Bretagne 
Par Philippe Le Stum 
Editeur : Ouest-France 
Parution : 13/02/1999 
Nombre de pages : 116 
Encore disponible et prix constaté : 15.00 € 
Bijoux des Régions de France 
par Claudette Joannis 
199 pages 
Editeur : Flammarion; Édition : 30 janvier 1992 
ISBN-10: 2080136046 
ISBN-13: 978-2080136046 
Prix de vente constaté sur Amazone : 125.00 € 
 

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