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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Bénitier de chevet

Art religieux
Bénitier XVIIème siècle, photo Jacques de Pas Antiquités
Parmi la foultitude des objets de dévotion connus, le bénitier trouve une place de choix car il est présent partout en France
« Le bénitier se situe au carrefour de la dévotion privée et de la dévotion officielle, puisqu’il accueille dans les maisons une eau provenant d’une liturgie codifiée. »* 
Sachez qu’il existe trois types de bénitiers.
Les premiers sont les bénitiers d’église.
Ils prennent place dans toutes les églises, chapelles, basiliques, abbayes, …,  bref  dans tous les bâtiments catholiques servant à célébrer l’Eucharistie. Ils ont la caractéristique d’être généralement de belle taille, larges et peu profonds. Ce type de bénitier est souvent en pierre (marbre, granit ou albâtre).
Parfois, un gros coquillage exotique remplaçait la cuve, et à cet effet, il fut appelé à dessein, « bénitier ».
« Certains bénitiers sont insérés au pied d’un retable, lequel prend alors le nom de retable-bénitiers, constituant comme un petit autel portatif. »*
 
Le second type de bénitiers est le bénitier liturgique. Il prend souvent la forme d’un petit seau, en métal, accompagné généralement d’un goupillon permettant au célébrant d’asperger la foule lors de bénédictions « de masse », comme l’occasion de la fête des Rameaux.
 
Le troisième type de bénitiers est le bénitier domestique.
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Comme l’indique Henri Chaperon dans son fascicule « Les bénitiers domestiques et la dévotion dans l’art populaire », dès les premiers temps du Christianisme, les fidèles ont été autorisés à emporter de l’eau bénite dans leurs maisons.
Autrefois, les croyances et pratiques étaient toutes autres. En effet, après les maladies entrainant très souvent la mort et les esprits malfaisants, les démons et les sorcières, l’Homme redoute la foudre. Elle provoque morts et incendies, famines et désarrois.
Et, pour se protéger de la foudre, rien de mieux que de l’eau bénite !
« Le prodigieux succès des bénitiers répond à la fonction apotropaïque de l’eau bénite qui doit être disponible en cas d’urgence, intempéries, incendies ou maladies. De plus l’eau bénite peut être indulgenciée : elle permet à celui qui effectue un simple signe de croix, si ses doigts en sont humectés, de doubler le nombre des jours d’indulgence obtenus. »
L’eau bénite était un talisman fréquemment employé mais aussi un médicament infaillible pour bien d’autres maux, car faute de connaitre les remèdes à de nombreuses maladies, les hommes dotaient l’eau bénite de pouvoirs et de bienfaits qui nous feraient sourire aujourd’hui.
 
Il faut indiquer, en outre, qu’autrefois, chaque membre du foyer se signait, avec de l’eau bénite, au levé et au couché. D’où, vous l’aurez compris, l’appellation de « bénitier de chevet », car le bénitier prenait place au-dessus du chevet, à côté du lit.
 « La présence constante d’un bénitier près du lit est attestée par l’iconographie des mourants, les ex-votos, les images pieuses, les peintures régionalistes. Plus rarement, en Lorraine par exemple, le bénitier est suspendu au chambranle de la porte de la chambre. Le buis ou le saule béni, parfois glissé dans une encoche, sert à disperser l’eau bénite. On le trouve rarement dans la salle commune (Queyras). En Forez, le bénitier est suspendu au-dessus de l’évier. (…) Dans le Pays Basque, des bénitiers domestiques sont insérés dans le mur, comme dans les églises. »*
Bref, les hommes faisaient un vrai usage actif du bénitier et pas uniquement décoratif, comme nous le faisons aujourd’hui.
 
On sait que depuis l’ère paléochrétienne, les fidèles ont emporté de l’eau bénite chez eux. Mais, à l’époque, il n’est pas spécifié dans quel contenant ils doivent la conserver.
On trouve traces certaines de bénitiers domestiques dès le Moyen-Age. A cette époque, notre bénitier est un petit seau, comme le bénitier liturgique, mais de plus petite dimension. Petit à petit, les artisans amélioreront le contenant, le rendant plus « acceptable » qu’un simple seau, peut-être pas assez précieux pour ce qu’il contient. Puis, probablement par soucis de praticité, les hommes se décidèrent à le suspendre. Il fut donc doté d'un petit dosseret pour le fixer au mur. Nos ancêtre y coinçaient quelquefois du buis bénit ou y suspendaient un chapelet.
 
Plus techniquement parlant, le bénitier de chevet est un bénitier de petite taille composé d’une petite vasque fixée à une plaque décorée.
Durant de très nombreuses années, leur fabrication est restée artisanale avec des matériaux plus ou moins précieux selon la fortune des dévots qui souhaitaient en faire l’acquisition : or, argent, bronze, laiton, porcelaine, biscuit, faïence, terre vernissées, bois, ivoire, onyx, nacre, verre, cristal, corne, marbre, …
Le verre prend une grande place, au XVIIIème siècle. « L’influence vénitienne s’accroit  sur les fabriques françaises du XVIIIème siècle, à Nevers, Orléans, dans la Margeride, à Chaillot (Paris), en Alsace (Brunstadt), en Normandie et dans les Hautes-Pyrénées (Gourgues, bénitiers réputés médiocres), mais aussi en Argonne (verrerie du Binois), dans le Périgord et l’Agenais. (…) »*
Au XIXème siècle, un bon nombre de bénitiers furent crées de manière industrielle, ce serait-ce que pour répondre à la forte demande des pèlerins qui affluaient à Lourdes et vers d’autres lieux de pèlerinages. Pour information, le dogme de l’Immaculée Conception a été défini de manière solennelle en 1854. Ceci eu une très grande influence sur les pèlerinages mariaux, ainsi que sur la vente colossale de produits dérivés dont les bénitiers faisaient partie.
La céramique et le métal (très souvent de basse qualité) sont alors privilégiés.
Finalement, avec la pratique déclinante, "les nouveaux matériaux du XXème siècle sont peu demandés (…)".
 
Les formes et les typologies sont différentes, selon les régions de provenance : « Dans la région confolentaise et en Forez, des cruchons en grès son percés d’un trou qui permet d’y plonger un doigt avant la prière, les bénitiers à « cuve fermée » de Ligron, qui laissent un accès étroit, souvent en biais, pour deux doigts. »*
 
Ce qui a rendu très attractifs les bénitiers de chevet, aux yeux des collectionneurs, c’est l’infinie variété de motifs décoratifs qui ornent la plaque et parfois la cuve : Christ en croix, trigramme IHS, représentation de divers saints personnages comme Saint Ignace de Loyola, Sainte Madeleine, Saint François Régis, Sainte Véronique, Saint Jacques le Majeur, Saint François d’Assise, … mais aussi des scènes religieuses comme un piteux, un Christ de la Résurrection, un christ aux liens, un enfant Jésus Roi, de très nombreuses représentation de la Vierge à l’enfant, des croix, des sacrés cœurs, des angelots, des chérubins et toutes sortes de décors comme le paon, le poisson, le pélican ou encore la grenade, fortement symboliques. Quelques bénitiers sont patronymiques car ils présentent le nom du propriétaire. Certains bénitiers sont aussi révolutionnaires, par des motifs très représentatifs de la période, peint sur le bénitier. D'autres proposent un décor assez étonnant car ils présentent un crâne, Satan ou le Diable.
 
L’eau bénite étant utilisée jusqu’aux rites entourant la mort, il était tout à fait possible de trouver des bénitiers sur des tombes : « Sur les tombes, des récipients, avec ou sans couvercle, contiennent de l’eau bénite afin qu’on y trempe du buis ».*
 
De très nombreux bénitiers anciens ont disparu durant la Révolution française car les symboles chrétiens furent assez peu appréciés pendant cette trouble période.
En règle générale, les bénitiers étaient transmis de génération en génération mais leur utilisation s’est raréfiée en France après la Première Guerre Mondiale.  « Vendus par les colporteurs, les bénitiers passent de mode après 1918, avec l’urbanisation et la déchristianisation, l’épuisement des sites argileux, le renchérissement du bois et le déclin général de l’artisanat (…). »*
 
De nos jours, il existe de très belles collections de bénitiers de chevet qui sont en mains privées.
Merci à ceux qui ont constitué ces réunions d’objets, nous permettant, aujourd’hui, une belle vue d’ensemble de l’évolution des pratiques religieuses et de l’évolution stylistique de tels objets du quotidien. 
 
Sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bénitier_de_chevet
Le Bénitier de chevet Broché, Henri CHAPERON, édition Varia, 1984 et son fascicule (ref ci-dessus)
*"Dictionnaire des objets de dévotion", Elisabeth Hardouin-Fugier (Auteur), Bernard Berthod,  édition de l’amateur, 2006, Extraits des pages p.39-40-41-42

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