Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet

Bergamote

Objets pour les dames
Bergamote
Bergamote
Les bergamotes sont de petites boites décoratives et précieuses.
Elles tirent leur nom du fruit, la bergamote, dont elles sont partiellement faites.
La bergamote est un agrume qui se situe, en terme de taille, entre le citron et l’orange.
L’écorce, seule partie du fruit utilisée, est très parfumée.
Par extension, la boite réalisée avec l’écorce de cet agrume s’appelle une « bergamote ».
Son essence, fine et élégante, est devenue un ingrédient essentiel dans le monde de la parfumerie et de la confiserie.
 
Il est fait mention des "bergamotes" dans différentes régions d’Europe dès le XVIIIème siècle.
Mais leur lieu de fabrication se cantonne à la ville de Grasse, réputée pour son industrie autour du parfum et en Italie, dans les régions de la Vénétie, de la Calabre et en Sicile, chacune de ces vilels ayant ses techniques de fabrication plus spécifiques.
La boite « bergamote » trouve ses origines en Calabre et en Sicile, où il semblerait qu’elles aient toujours été fabriquées (actuellement 95% de la production du fruit vient de Calabre).
 
Les plus élégantes étaient fabriquées à Grasse, dans le Sud de la France.
Il semblerait que les plus anciennes boites grassoises connues datent des années 1720-1730.
Ce sont les maîtres gantiers-parfumeurs, vendeurs de gants parfumés et de tanneries, qui, asphyxiés par une trop importante fiscalité sur le cuir, devinrent fabricants de boites en bergamote.
Il faut aussi souligner que la technique du carton moulé est très répandue en Provence au XVIIIème siècle.
En lire plus
A l’origine, seule l’écorce composait la boite, mais cette boite un peu primitive et fragile va évoluer.
 
La confection d’une boite en bergamote est assez simple et ne nécessite pas un matériel coûteux.
Il faut couper un fruit en deux et le vider de sa pulpe délicatement, en prenant bien garde de ne pas endommager l’écorce du fruit.
La coque ainsi obtenue est ensuite plongée dans l’eau durant un moment, puis la peau est retournée et mise à sécher au soleil sur un moule, un calibre ou un mandrin. Puis en séchant, la pelure prend la forme souhaitée.
Après polissage, les demies coques étaient ornées de motifs et décors à l’encre de Chine ou réalisés à la pointe en creux. Les deux moitiés d’écorces s’emboîtaient pour faire une petite boite (le système d’emboîtage à encastrement était réalisé lors de la mise en forme sur le calibre).
 
Plus tard et pour assurer une plus longue pérennité à la boite (l’écorce sèche est cassante) et permettre la réalisation de décors plus variés, les artisans grassois réalisèrent un habillage, le plus souvent rond, en carton bouilli, mâché ou carton-pâte moulé, qui était enduit d'un mélange de colle et de craie ou de plâtre, qu’ils recouvraient de gaze, elle-même recouverte de d’un enduit composé de blanc de Meudon et de colle. Le tout était lissé et poncé, ainsi le support était près pour recevoir un décor peint.
Après la réalisation du décor, la boite était vernie et le résultat s’approchait du vernis Martin, imitant la laque, matériau très à la mode au XVIIIème siècle.
A l’intérieur du réceptacle en carton, l’habillage était simple : de petites bandes d’écorce étaient collées sur le pourtour et un élément plein venait tapisser le fond.
La création et la réalisation de ces boites étaient un travail manuel qui était effectué en famille : femmes et enfants mettaient la main à la pâte !
C’était un travail artisanal, qui, malgré un véritable engouement, ne s’est jamais industrialisé.
 
Elles furent utilisées en tant que bonbonnières, boites de toilette et rangements pour des bijoux, des rubans, de petits objets précieux et/ou religieux ou comme tabatières à priser.
 
Les formes et les dimensions variaient suffisamment pour offrir au client un vaste choix.
Une bergamote, format boite ronde, modèle le plus courant, mesure entre 5 et 7 cm de long et de 3 à 4 cm de profondeur.
Il y en existe de formes sphériques, plates et ovales, en forme de cœurs, de navettes, de paniers, rectangulaires ou de personnages.
En effet, certaines sont très recherchées car elles affectent la forme de petits personnages en ronde bosse : jolie paysanne, gentilhomme, Arlequin, enfant, joueur d’instrument de musique, artisan avec ses outils, effigie de Napoléon, personnages typiques de la région ressemblants à des santons ou issus de la Commedia dell’Arte, de la vie politique....
Il y eu aussi des personnages plus haut en couleur tels des « pères la colique », des scènes naïves et amusantes composées de plusieurs personnages et même des animaux.
Ces boites plus travaillées sont appelées « bergamotes à sujets » ou « boite surfines à sujets ».
Le sujet est en plâtre moulé creux, il prend place sur le couvercle de la boite.
Quelques rares exemplaires de bergamotes en bois on été trouvées. Elles sont plutôt rares et n’ont certainement pas été faites à Grasse mais juste tapissées de bergamote à Grasse.
Les dimensions des ces coffret sont plus importantes : de 10 à 28 cm de long.
Les femmes y conservaient gants, rubans, mouchoirs, … dans un écrin délicatement parfumé.
 
La plupart des bergamotes sont polychromes, car elles sont peintes ou coloriées de couleurs vives.
Les décors qui les ornent sont très souvent des scènes dont le sujet est galant, réalisé dans un style naïf. Ainsi vous y verrez des angelots ou putti, divers attributs de l’Amour comme le cœur, la colombe, des couronnes fleuries, des bouquets…
Ces scènes peuvent aussi être très raffinées et réalisées avec grand soin, pour une clientèle plus fortunée. Ainsi vous y verrez de délicats paysages habités de petits personnages, des attributs tels que des instruments de musique, des animaux, des sujets religieux avec des portraits de Saints ou profanes avec effigies de rois ou de reines ou encore le thème du temps qui passe symbolisé par le sablier.
Ces ornementations étaient faites dans le goût du XVIIIème siècle, même pour les sujets réalisés au XIXème siècle.
 
Par les petites devises, parfois en latin, qui ornent certaines bergamotes, les boites véhiculent des messages affectueux, d’amour galant et précieux, de petits mots symbolisants l’attente ou le temps qui s’écoule :  « ainsi va ma vie », « l’amour nous couronne », « l’amour nous uni », « Il nous brûle d’amour », « je chante pour plaire », « Je rends hommage à l’amour », « Notre union a des charmes », « je reste fidelle (sic) », …
Les bergamotes étaient donc des présents d’amour, offertes à l’être aimé par le galant.
Elles constituent aussi de petits cadeaux précieux offerts pour Noël ou le jour de l’An ou encore constituait un souvenir d’un passage à Grasse.
Les artisans de Grasse les offraient, quant à eux, à leurs meilleurs clients.
 
Outre les commandes plus personnelles et les achats à Grasse auprès des fabricants, c’est à la fabuleuse foire de Beaucaire que ces boites trouvaient preneurs.
Elles étaient aussi vendues dans de nombreuses stations thermales, comme à Spa en Belgique (où elles prennent le nom de « boites de Spa ou  d’ « orangettes de Spa ») ainsi qu’en Angleterre, en Russie, en Autriche, en Allemagne…
 
Que vaut une bergamote de Grasse ?
Dur de le dire, il en passe si peu en ventes aux enchères…
J’ai tout de même relevé deux prix, qui ne font pas du tout office de côte, mais qui pourront peut être vous aiguiller donc comptez autour des 200-300 € pour acquérir une bergamote XVIIIème, en bon état ornée d’un joli décor.
 
Comment reconnaître une bergamote italienne ?
Voici quelques informations pour les distinguer.
 
A Venise : Ce sont des coffrets en carton ou en bois, avec un couvercle souvent bombé. Les décors extérieurs représentent des paysages, des personnages, des bateaux, des personnages, des décors floraux appliqués. C’est la technique de l’Arte Povera qui est ici employée : le décor est fait de gravures qui sont collées puis vernies.
L’intérieur est orné d’une marqueterie en écorce de bergamote, formant des motifs carrés ou losangiques, créant une mosaïque qui couvrant tout l’intérieur.
L’intérieur du couvercle quant à lui est décoré à de volutes en pelures.
C’est la partie grumeleuse de la peau qui est employée, à l’inverse de ce qui est fait en France.
 
En Calabre : Les bergamotes sont très sommaires.
C’est la coque du fruit qui fait office de boite et qui est employée dans sa plus simple expression. Le décor est d’ailleurs rudimentaire.
Habilement mises en forme par les artisans, les peaux de bergamotes devenaient de petits flacons et des tabatières à priser, munis d’un bouchon à vis.
 
En Sicile : Parfois exceptionnellement belles, ornées de scènes mythologiques ou historiques, les bergamotes en forme de coffrets sont destinées à de riches clients.
Peu à peu, l’engouement s’étendit à tout le peuple. Les petites boites font leur apparition.
Elles ont le même aspect que les petites boites rondes de Grasse.
De tradition, ce sont des tabatières vendues en même temps que le tabac.
Cependant, les ventes chutant, elles furent alors destinées à recevoir des boutons, des bonbons, des dragées, …
 
De très nombreuses informations de cet article sont issus d’un document : « Les boîtes dites « bergamotes » et « orangettes » » écrit par Monsieur Louis Peyron, docteur-ingénieur, conférencier au Musée de Grasse.
Ce document, ainsi qu’une grande partie des photos de cet article, m’ont été fournis par Madame Muriel Courché, chargée des Relations Presse et des Relations Publiques du Musée International de la Parfumerie de la ville de Grasse.
Qu’elle trouve ici mes sincères remerciements pour le temps qu’elle m’a accordé et pour son aide précieuse.

Galerie photos