Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet

Bézoard

Objets de curiosité
Ensemble de bézoards italiens
Les bézoards sont rares, prisés et recherchés, depuis la nuit des temps. 
Le mot « bézoard » est un terme persan signifiant « contre-poison ».
En cas d’empoisonnement, les mages, médecins, rebouteux et autres charlatans l’administrait pulvérisée dans du vin ; souvent d’ailleurs il suffisait de posséder la précieuse pierre pour être à l’abri du mauvais sort. Des exemplaires de plus petites tailles servaient également d’amulettes. »
Il s’agit d'une concrétion pierreuse, riche en phosphates, qui se forme dans l’estomac de certains animaux, en particulier des ruminants. 
Le vrai bézoard provient d’une race de chèvre orientale appelée « capra aegagrus » (…) qui une sous espèce de chèvre sauvage. Ce sont les arabes qui ont introduit en Europe  l’usage de cette pierre. 
Extrait issu de l’ouvrage « De l’histoire du médicament », Lydia Mez-Mangold, édition Hoffmann-La Roche & Cie, S.A, Bâle, 1971, p.94.
Pierre magique, le bézoard fût convoité, échangé à prix d’or et exposé dans les cabinets de curiosités les plus prestigieux. Et c’est en tant que curiosité qu’il trouve sa place sur le site.
En lire plus
Et voici de quoi compléter cette explication.
 
Définition du dictionnaire Littré pour le mot « bézoard » :
 
« Nom donné aux concrétions calculeuses qui se forment dans l'estomac, les intestins et les voies urinaires des quadrupèdes. Bézoard oriental, celui qui se trouve dans le quatrième estomac de la gazelle des Indes. Bézoard occidental, celui qui se trouve dans le quatrième estomac de la chèvre sauvage du Pérou, de l'isard ou du chamois (ces bézoards étaient regardés autrefois comme ayant de grandes vertus alexipharmaques). Bézoards humains, calculs urinaires de l'homme. Bézoard factice, ou pierre de Goa, composition destinée à être substituée aux vrais bézoards, et fabriquée à Goa. »
 
Cette pierre miraculeuse appartient aux mondes de la pharmacie primitive, des sciences occultes et de la magie. Il était attribué aux bézoards, depuis des temps très reculés, des propriétés médicinales, attestées par les traces de râpage souvent observés à leur surface. La consommation du bézoard se faisait par grattage et absorption de la poudre.
La poudre obtenue était considérée comme particulièrement efficace pour traiter divers maux dont la mélancolie. Ainsi, on trouvait fréquemment des bézoards dans les collections des plus puissantes familles européennes, telle la Chambre d'art et de merveilles de la maison des Habsbourg qui en recelait plusieurs, car ils étaient connus pour être sujets à des crises de mélancolies. Il était connu pour être souverain contre les vertiges, tous les venins de serpent et protégeait de la peste.
En 1611, Armand du Plessis, le futur Cardinal de Richelieu, écrit au général des Chartreux pour le remercier de lui avoir prêté un bézoard : « Je vous rends mille grâces de la croix que vous m'avez envoyée. […] Je vous remercie également de votre bézoard qui m'est venu fort à propos pour me tirer d'une assez fâcheuse maladie »
 
Autrefois appelé « pierre de fiel » ou « perle d'estomac »,  le bézoard était réputé pour ses propriétés antipoison, au même titre que la mythique corne de licorne.
Il est mentionné dans les écrits médicaux européens dès le XVème siècle et sans cesse, durant des siècles, il devient une curiosité scientifique jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, faisait partie intégrante des cabinets de curiosités.
 
De nombreuses sources débattent sur l'origine de cette pierre, qui fait l'objet de discussions jusqu'à la fin du XVIIIème siècle.
Selon la tradition médicale arabe, on rapporte que cette pierre était le produit des larmes d'un cerf chèvre. La suite est moins poétique mais tente une approche assez… étonnante pour justifier la « production » des bézoards : « Quand les cerfs vieillissent, les vers intestinaux les tourmentent ; pour s’en débarrasser, ils avaient des serpents qui mangent les vers, mais deviennent encombrant à leur tour. Voulant alors s’immuniser contre le venin des serpents, ils prennent un bain prolongé. Ils restent dans l’eau plusieurs jours, laissant seulement émerger leur tête. Mais cela les fait pleurer. Leurs larmes se coagulent au coin des yeux, formant bientôt des concrétions de la grosseur d’un gland ou d’une noix, qui leur obstruent la vue. Sortis de l’eau, les cerfs se hâtent de frotter leurs museaux contre les arbres : il n’y a plus qu’à ramasser les « bézoards ».
 
La vraie naissance des bézoards est loin d’être idyllique mais elle est scientifiquement plus acceptable : le bézoard est une sorte de boule contenue dans certains estomacs de chamois. C'est un  conglomérat variant de la taille d'une noisette à celle d'un œuf de poule. Le bézoard est constitué de fibres, de débris végétaux et de poils de léchage liés par la résine ingérée en même temps que l'écorce des conifères et tous matériaux non dissous par les sucs digestifs. Cette boule peut aussi contenir de la silice et des sels minéraux. Elle finira par devenir lisse et brillante, brun foncé et dégagera une forte odeur musquée. Tous les chamois peuvent avoir cela mais, en général, ça ne les dérange pas.
Le beau et le bon bézoard oriental doit être luisant, d’une bonne odeur tirant à celle de l’ambre gris, doux à la main, et qu’en le frottant sur un papier frotté de céruse, il la fasse devenir jaune. Plus il est luisant, gros, uni et bien rond, plus il est estimé. Il y en a de rond, de long, tordu, bossu, uni, graveleux, de blanc, de jaune,  de gris. Mais sa principale couleur et qui se rencontre ordinairement est la couleur d’olive.
La variation des couleurs de cette pierre a aussi attisé l'intérêt des alchimistes.
Les bézoards rapportés en Europe depuis les Indes étaient considérés comme très précieux.
À partir du XVIème siècle, on en rapporte en provenance de l'Amérique du Sud, c'est alors qu'on distingue les bézoards occidentaux (réputés plus puissants) des bézoards orientaux. Le bézoard oriental, le plus recherché, provenait de la gazelle des Indes, le bézoard occidental était fourni par des herbivores, chamois, chèvres sauvages du Pérou ou de l’Amérique du Nord.
Les bézoards, devenus objets précieux, sont devenus tellement convoités, qu’ils furent contrefaits.
Aussi, on a  pu remarquer que des droguistes avisés des XVIème et XVIIIème siècles achetaient  de petits bézoards pour les agglomérer et en faire un gros. Cela n’a pas empêché l’apothicairerie de la cour de Dresde exposait un bézoard gros comme une tête d’homme enchâssé dans de l’or.
Il se dit en outre, qu’un roi maure d’Andalousie aurait donné à un médecin un somptueux palais à Cordoue en échange d’un seul bézoard, car comme celle du diamant, la valeur de ce caillou intestinal croissait dans des proportions considérables en même temps que sa grosseur.
Les analyses chimiques donnèrent au bézoard le coup de grâce… Ah ! Maudite science, qui a cassé les rêves de nombreux hommes !
C’est Fourcroy, à la fin du XVIII° siècle qui analysa le premier un bézoard.  En 1808, Berthollet sous l’impulsion de Napoléon, disséqua des spécimens qu’il venait de recevoir en présents du shah de Perse. Quand l’empereur apprit qu’il s’agissait de quelques sels calcaires enrobant des résidus ligneux, il n’eut égard ni à la renommée du produit ni aux intentions du souverain ami, et jeta cette pierraille au feu. 
 
Aujourd’hui devenu une curiosité et surtout une rareté, le bézoard est convoité par les amateurs d’ésotérisme. Les bézoards anciens sont présentés dans des montures en argent, que l'on portait sur soi, comme une amulette. Les bézoards de familles importantes sont quant à eux montés, tel des pièces précieuses, sur piedouche, avec un travail du métal non négligeable. Ce sont de superbes pièces de collection. A tel point qu les prix s’envolent, parfois ça en devient même un peu… magique !

Galerie photos