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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Biberon de berger

Objets de la vie pastorale et agricole
Berger de la Beauce, sa roulotte, son troupeau
Voici un bel objet issu de la vie pastorale qui se rencontre uniquement en Provence, dans la région du Languedoc et dans le pays catalan.
Les biberons de berger ont connus leurs heures de gloire durant les XVIIIème et XIXème siècles.
 
Il est important de souligner, pour expliquer l'usage de l’objet, que la brebis ne peut allaiter qu’un seul petit à la fois.
Si par erreur de Dame Nature, il s’en présente deux ou plus, la mère ne peut pas nourrir ces petits supplémentaires.
C’est donc le rôle du berger d’alimenter les agneaux, au biberon, qui soit dit en passant, servait aussi pour les veaux.
 
Un tel biberon se reconnaît aisément par sa forme de sablier étranglé dans sa partie haute.
Le corps était toujours entièrement recouvert d’un tressage végétal naturel réalisé avec les ressources locales. Il était généralement en chanvre car au XVIIIème siècle il y avait de très nombreuses cultures de chanvre qui étaient destinées à la réalisation des cordages. Mais ils s’en trouvent aussi en seigle ou en plantes aquatiques séchées comme le roseau ou l’osier qui se retrouve typiquement dans le Tarn.
Ce tressage porte le nom de « clisse ».
De manière très isolée, certains biberons cévenols sont recouverts d’une toile grossière, type jute.
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De nombreux biberons ont aujourd’hui perdu leur clisse, car mal entreposés, elle s’est dégradée par le fait d'intempéries ou de nuisibles.
La clisse dessine parfois des anses et plus rarement une bandoulière, le rendant plus facile à transporter et à manipuler au moment de la tétée. Les poignées permettaient de tenir et renverser le biberon au niveau de la tête de l'animal.
Un bouchon venait  fermer le biberon. Il pouvait être en liège, en tissu, en bois. Il est presque toujours absent aujourd’hui.
 
Ce sont des maîtres verriers ambulants qui les ont réalisés, pour la grande majorité d’entre eux.
Le verre est toujours soufflé à la bouche. La trace de pontil se voit donc aisément au cul de l’objet, c’est signe qu’il a été fait de manière artisanale et de surcroît, il donne une bonne indication quant à l’ancienneté de l’objet.
 
Le verre qui le compose est généralement très épais : c’est un objet que le berger transportait avec lui lors de tous ces déplacements avec son troupeau, il devait donc être solide.
Il en existe cependant dont le verre est très fin et c’est un miracle qu’ils nous soient parvenus !
Le verre, transparent, peut avoir deux types de nuances : soit verte soit bleutée.
 
Le principe de ce biberon repose sur l’étranglement dans sa partie haute : il permettait de réguler l’écoulement du lait, de manière à ce que le veau ou l’agneau qui buvait ne s’étouffe pas avec un trop plein de liquide. La forme très particulièrement du sommet nous indique en outre qu'il n’y a pas besoin de rajouter une tétine à ce biberon.
 
En observant bien cet objet, je me suis posée la question suivante : quid du remplissage… ?
Il y a deux réponses.
La première consiste à  plonger le biberon dans un seau de lait et le laisser se remplir tout seul.
La seconde nécessite d’avoir un petit entonnoir en verre avec un fin tuyau qui s’insérait dans le goulot du biberon pour y faire couler du lait.
 
Certains de ces biberons sont aussi appelés « gourdes de Guardian ».
Ils pouvaient servir aux bergers pour stocker de quoi se désaltérer.
En laissant le biberon tremper dans l’eau fraîche un moment, le tressage se gorge d’eau et maintient le contenu frais un long moment.
Ce sont généralement les plus gros biberons qui étaient destinés aux bergers et les plus petits pour les bêtes.
 
Les tailles des biberons de berger varient de 15 cm de haut jusqu’à 40 cm, à peu près.
Ceux mesurant au-delà de 30 cm sont relativement rares car la hauteur moyenne se situe autour des 20-25 cm.
 
Ce biberon est aussi ...une gourde de vigneron 
 
Je remercie vivement Monsieur Max Baudière, collectionneur de biberons de berger, pour les précieuses informations qu’il eu la gentillesse de me donner sur ce sujet.
 
Et voilà encore de quoi nous documenter  : je publie ci-après le mail de Monsieur Jean-Luc Déjean, qui nous apporte une nouvelle information au sujet du biberon de berger.
 
"Je possède plusieurs exemplaires de cet objet en verre dénommé sur votre site biberon de berger, qui avait un tout autre usage chez nous (Montpellier/Béziers), région viticole depuis des temps immémoriaux.
Peu de gens le savent mais c’était une gourde typique emportée à la vigne par les viticulteurs, bien qu’elle soit dénommée souvent ici “biberon de veau” par les brocanteurs ou antiquaires qui ne connaissent pas bien les objets de la vigne. Mon père, 90 ans et comme moi collectionneur d’objets de la vigne et ancien viticulteur, l’a toujours entendu décrire comme une gourde de viticulteur par les spécialistes des objets de la vigne.
Une preuve figure d’ailleurs sur la statue de Planchon (découvreur du Phylloxéra en 1868) qui se trouve au square Planchon face à la gare de Montpellier. La statue a été inaugurée en 1894 par le ministre de l’agriculture de l’époque ; pendant le seconde guerre elle a été fondue puis refaite en 1951. On y voit cette gourde de verre sortant du sac du viticulteur qui honore Planchon. Elle ne contenait pas du lait ! mais du vin ou de l’eau.
Naturellement il y a eu d’autres types de gourdes de viticulteurs dont la plus répandue est le tonnelet de bois que l’on trouve dans toutes les régions françaises, pas seulement pour la viticulture d’ailleurs mais pour l’agriculture en général.
S’il est avéré que cet objet était utilisé aussi par les bergers, il sera difficile de savoir qui, du viticulteur ou du berger, a commencé à s’en servir !"
 
Merci à lui pour ces précieuses informations !

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