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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Boule de Nancy

Objets de curiosité
Charlatan à l'action!
Voilà un objet qui mérite sa place dans un cabinet de curiosité!
Les prémices de la pharmacie réservent de belles surprises et d’intéressants médicaments. Le bézoard et la boule de Nancy sont de ceux-là.
Les boules d'acier vulnéraires portent tout un tas de noms variés : « globuli martiales », « boule vulnéraire d'acier », « boules de Nancy », « véritable boule vulnéraire de Mars », « boule d'acier tartarisé » ou encore « boule de la Grande Chartreuse » ou « boule médicamenteuse ».
Cette boule métallique était autrefois considérée comme un médicament. Son nom provient de sa forme, de sa teneur en fer et de l’endroit où elle a été "fabriquée".
Les notices de l'époque évoquent un médicament pour les affections multiples : crises hypocondriaques, hystériques et vaporeuses, les poumons, la gravelle, les coupures, les hémorragies, les migraines, les coliques, les fluxions, les dislocations, les pleurésies, les sciatiques, les rhumatismes, la dureté de la rate, les extraction d'épines, où qu’elles soient, les affaiblissements de l'estomac, la lenteur du flux menstruel, la phtisie (sans hémorragie ni fièvres lentes continues), la suppuration des reins, la goutte, la fièvre au long cours, les inflammations du gosier, de la langue, les ophtalmies, les plaies récentes, les contusions, les foulures, les entorses, les fractures… Bref, un remède miracle cette boule de Nancy!
Les boules de Nancy étaient réputées pour lutter contre les contusions, foulures, meurtrissures et pour nettoyer les ulcères.
Bref, un remède miracle cette boule de Nancy!
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Employée pour des usages internes et externes, la boule devait être trempée dans un liquide (eau ou eau-de-vie) pour en obtenir une eau médicinale : on obtenait alors de « l'eau de boule ». Le fait de tremper la boule dans l'eau provoquait sa dissolution partielle. Le liquide se consommait ou s’appliquait en cataplasmes, comme astringent ou antalgique en se posant directement sur les plaies, les ulcères, les abcès ou que sais-je encore.
Cette boule était aussi utilisée en médecine vétérinaire : il était recommandé de placer dans les poulaillers de l'eau dans laquelle avait macérée la boule, pour ainsi lutter contre l'anémie des volailles.
En réalité, l'eau chargée de fer, issue de la macération de cette boule permettait de completer les besoins de fer de l’organisme. 
L’incorporation des plantes vulnéraires est une spécialité de Nancy, apparue au début du XVIIIème siècle. Les boules de Nancy furent fabriquées par les apothicaires mais aussi des particuliers, tous concurrents. La formule et le mode de préparation étaient, à l’époque, gardés jalousement secrets.
A Nancy, la boule-médicament fut vulgarisée par le Pharmacien Millot vers 1786 et commercialisée avec un prospectus la présentant comme la « Boule ferrugineuse vulnéraire Millot de Nancy". N’oubliez pas que le fer lorrain était de très bonne qualité et reconnu en tant que tel depuis toujours.
 
Mais vous vous demandez certainement ce qui compose cette mystérieuse boule… Eh bien, voilà la réponse !
La préparation qui permettait de la fabriquer, la plus commune et la plus ancienne, est données par Paul Dubé, dans « Le médecin des Pauvres », en 1675. A l’époque, la boule s’appelle « pierre d’acié » et se prépare avec de la limaille d’acier, du tartre et de l’eau-de-vie. La matière noire et dure évoque une boule de fer.
La limaille et le tartre devaient être plongés deux fois dans de l'eau et la troisième fois dans de l'alcool aromatique obtenu en distillant une infusion alcoolique d'espèces vulnéraires.
Selon les recettes nancéiennes, jusqu'à vingt plantes différentes entraient dans la composition de la boule : fenouil, calament, mélisse, sauge, thym, absinthe, romarin, benjoin, myrrhe,… Pour ajouter au mystère et à l'efficacité supposée de la boule, les pharmaciens ajoutaient que ces plantes venaient de Suisse.
La pâte obtenue est alors mise en forme de boules de 30 grammes, soit à peu près la taille d’un œuf de pigeon. Un ruban ou une cordelette était inclus dans le corps de la boule, permettant de la suspendre pour la faire sécher à l’air et ainsi pouvoir s’en resservir à nouveau, plus tard.
 
Le produit miracle étant lucratif et peu compliqué à mettre en œuvre, d’autres villes ou communautés religieuses se lancèrent dans la production de boules médicamenteuses. La boule d’acier de la Grande Chartreuse, en Isère était reconnaissable à sa marque d’une croix. Elle mesurait 5.5 cm de diamètre. La boule de Nancy se reconnaissait quant à elle par la croix de Lorraine qu’elle portait et à son ruban de suspension. La boule de Molsheim est apparemment proche de la boule de Nancy mais la formule n'a jamais été publiée officiellement. Cependant et selon un article du pharmacien Roi de Mirecourt publié en 1811, il faudrait prendre comme base de la pâte de boule de Nancy, à laquelle il faudrait ajouter, pour 2 livres de pâte, 3 onces de mastic, autant d'oliban et une once de myrrhe. La boule minérale de la Chartreuse de Molsheim, verra sa recette officiellement transmise à partir de 1826. La recette des boules de la Grande Chartreuse sera transmise elle-aussi, si bien qu'à partir de 1903, à Villard, un pharmacien de Grenoble en produira jusqu'en 1920. Selon leur notice, leur boule contenait outre du fer des gommes précieuses.
 
Voici, pour les sceptiques, voici un complément d'usage...! : 
« Pour les blessures, il faut prendre de l'eau de fontaine, la faire tiédir sur une assiette de terre, dans laquelle on roulera la Boule jusqu'à ce qu'elle soit noire, y ajouter moitié d'eau-de-vie pour les embrocations, un tiers seulement lorsqu'on veut en boire », puis « an bassiner la plaie sans laisser sécher la compresse, en l'humectant de tems en tems, de sorte qu'elle soit toujours tiède, et se coucher du côté opposé au mal, laisser la compresse 48 heures sans la lever; il ne faut pas s'étonner si la plaie verse du sang, c'est un effet naturel de la Boule de la nettoyer pour empêcher la suppuration, ce qui accélère la guérison; on peut aussi faire boire un demi verre d'eau de Boule au Malade, et dans peu il sera guéri; pour les Contusions, Meurtrissures, etc., il en faut user de même, en étuvant bien l'endroit douloureux. Pour les Gelures, il faut faire telle quantité d'eau de Boule que la partie gelée puisse y tremper environ une demi-heure, pendant une semaine et observer qu'elle soit toujours tiède ».
Pour les « maladies intérieures » comme « la Fièvre, Perte de Sang, etc., il faut en boire soit dans du vin rouge ou blanc, Bouillon, Thé ou Vulnéraires, suivant le goût du Malade, y ajouter si vous voulez un peu de sucre, ou faites comme ci-dessus avec deux tiers d'eau et un tiers d'eau de vie; pour la migraine, il en faut tirer par le né 5 à 6 gouttes; pour les maux de Dents et d'Oreilles, il faut tremper légèrement du coton dans l'eau de Boule, en mettre dans l'oreille ou sur la dent, tenir la partie malade chaudement; pour les pales couleurs, il en faut boire 7 ou 8 jours matin et soir un verre dans du bon vin blanc et ne point manger de crudités. »
 
La boule de Nancy sera intégrée dans la Pharmacopée française jusqu'en 1972, avant de tomber en désuétude face de nouveaux médicaments contenant du fer plus efficaces.
 
Sources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Boules_d%27acier
http://professeurs-medecine-nancy.fr/Labrude15.htm
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1995_num_83_305_4244
http://www.ordre.pharmacien.fr/ article sur les boules de Nancy
Où voir des boules de Nancy ? 
Des exemplaires de boules de Nancy sont conservés dans les collections du Musée lorrain à Nancy, du musée de la Faculté de médecine de Nancy, du musée de l'histoire du Fer à Jarville, au Musée dauphinois à Grenoble, au musée de la Faculté de Pharmacie de l'université Montpellier à Montpellier, à l'Ordre des pharmaciens à Paris, à l'apothicairerie de l'hôpital de Bazas et dans différentes collections particulières et pharmacies. 
A lire : 
Martin J (2007) Les boules d’acier vulnéraires, boules de Nancy, boules de Molsheim et les Boules minérales des Chartreux, publication revue, corrigée et augmentée ;Nancy, 297 p. (Bibliothèque municipale de Nancy, cote 52 297 A). Cet ouvrage, véritable somme, est le seul de référence sur le sujet. 
Un autre texte parle des boules de Nancy 
http://www.ordre.pharmacien.fr/Art-et-patrimoine/A-l-affiche/Article/Les-boules-d-acier-vulneraires-dites-boules-de-Nancy

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