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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Canne de conscrit

Objets pour les messieurs
Départ du conscrit
Un conscrit est un jeune homme appelé de manière légale pour accomplir son service militaire.
Le départ à la guerre était redouté par tous et il donnait lieu, en amont, à des réjouissances viriles et à quelques joyeuses beuveries.
C’est « grâce » au tirage au sort des conscrits que se base la tradition de la canne du même nom.
 
Pour commencer, je vous propose un peu d’histoire pour mieux comprendre le principe de la conscription.
C’est en 1691, que le tirage au sort militaire voit le jour. Il a vocation à fournir du personnel supplémentaire à l’armée.
« La loi Jourdan du 5 septembre 1798 rendit obligatoire le service militaire pour tous les hommes âgés de vingt à vingt-cinq ans, sans distinction, permettant ainsi de renforcer les armées décimées par les guerres révolutionnaires
Les règles du tirage au sort furent rétablies sous la pression de l'opinion, mais, en fait, jusqu'à la fin des guerres napoléoniennes, ce tirage demeura purement symbolique, puisqu'il n'y avait pas de "bons numéros" exemptant du service.
Les armées étaient grandes mangeuses d'hommes et, en période de pénurie, on engageait même les bossus et les boiteux. Seuls les édentés étaient renvoyés à leurs foyers car il fallait, au combat, pouvoir déchirer la cartouche de poudre avec les dents.
Le tirage au sort fut réellement codifié en 1818. Les nouveaux règlements prévoyaient l'exemption de certaines catégories de citoyens, notamment les instituteurs et les orphelins de guerre. Ils autorisaient le remplacement, ce qui permettait aux fils de familles fortunées ayant tiré un "mauvais numéro" de se faire représenter par un volontaire, moyennant finances, souvent par l'intermédiaire d'un courtier : le cours du soldat oscillera, suivant l'époque, entre 1200 et 3000 francs. Ce système de recrutement sélectif subsistera jusqu'en 1872, date à laquelle la République égalitaire institua le service militaire obligatoire.
Jusqu'à la fin des guerres napoléoniennes, le cérémonial conscriptionnel se limitait à la journée du tirage au sort et à celle du conseil de révision. Après les réformes de 1818, l'enjeu réel - partir ou ne pas partir - aux conséquences considérables, suscita un folklore et des rites plus élaborés. »
Informations issues du site : http://www.calixo.net/~knarf/conscrit/histoire/histoire.htm
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Après la confirmation de l'enrôlement suite à la visite médicale, le jeune appelé arborait divers signes distinctifs prouvant son courage et sa virilité : brassards de conscrits, les épinglettes « Bon pour le service » ou « Bon pour les filles » (voir article à ce sujet sur le site « Insigne de Conscrit »), chapeaux divers, écharpes, cocardes, ...
Avant son départ pour les 7 ans de service, le conscrit achetait une canne en verre, appelée « canne de conscrit ».
Véritable rite initiatique à part entière, la canne de conscrit est le symbole de la virilité nouvellement acquise, elle stigmatise le passage d’enfant à homme.
Ainsi, fièrement identifiés et armés car certains portaient des haches en bois réalisées à dessein, les conscrits allaient chahuter les conscrits du village voisin et se faire offrir à boire par les habitants croisés.
 
Il existe de 3 types de cannes de conscrit :
-en verre creux ou évidé
-en verre plein
-en bois
 
La canne de conscrit est très souvent en verre, plus rarement en opaline et parfois en bois.
Lorsqu’elle est en verre, elle arbore les couleurs patriotiques « bleu-blanc-rouge », grâce à un décor torsadé ou droit inclus dans le verre. Elle peut être unie, mais elle est souvent torsadée dans la masse.
Lorsque elle est en bois, la canne porte des lignes torses bleues, blanches, rouges peintes s’enroulant le long du fût.
 
Attention, pour Monsieur Gilbert Segas, expert en cannes anciennes, les cannes en verre décorées des torsades filigranées avec d’autres couleurs telles que le rouge, le vert, le jaune ou le noir ne sont pas des cannes de conscrits.
Il y a eu un nombre très important de cannes en verre réalisées dans toutes les manufactures de verre de France. Elles étaient offertes aux bons clients comme aujourd’hui on offre un cadeau publicitaire. En outre, ces cannes étaient des objets peu onéreux que les visiteurs achetaient comme souvenir après leur visite de la manufacture.
D’autre part, de nombreux apprentis ont réalisé des cannes en verre filé ou soufflé. Ces ouvrages spécifiques sont des « bousillés », des objets pour lesquels on « bousillait » un peu de pâte car le résultat était souvent maladroit et invendable.
 
Certaines cannes sont donc totalement évidées, ainsi que leur pommeau rond.
Pourquoi sont-elles creuses ?
Parce qu’elles contenaient un alcool, une liqueur ou de l’eau de vie.
La canne était hermétique car elle était fermée par un bouchon recouvert de cire.
Pour boire le contenu de la bouteille, il fallait casser l’opercule de cire ou rompre l'extrémité de la canne.
 
Le petit cérémonial qui entoure ce type de canne est très symbolique.
Cette petite réserve d’alcool était destinée à fêter « la quille », comprenez le retour définitif du service militaire, ce qui supposait de revenir en vie.
Le contenu de la canne était alors bu avec la famille et les amis et la canne cassée était exposée comme symbole de la fin de la vie de garçon.
Ce type de canne en verre soufflé est, de nos jours, parfois retrouvé en excellent état. C’est donc que le soldat n’est pas revenu de la guerre... Et, il n’est pas rare de trouver des cannes entières.
 
En ce qui concerne les cannes pleines, elles ont la forme des cannes de marche à poignée courbe.
Le rituel est, semble-t-il, un peu différent pour ces cannes.
La tradition veut qu’elles aient été cassées si le conscrit ne revient pas. Les tronçons de canne étaient distribués aux amis et la famille en guise de souvenir.
 
Il était de coutume que la canne reste à la maison durant le temps du service.
 
La canne de conscrit s'apparente à une autre tradition qui est celle de la pendaison de la bouteille.
La Bouteille des Conscrits : 
«L'usage de la bouteille des conscrits est tout à fait spécial aux montagnes de l'Auvergne. Il est fort peu connu...
Les conscrits de certaines localités se réunissent avant leur départ dans une salle d'auberge.
L'hôtesse, qu'ils appellent tante, leur apporte une bouteille de rhum sur laquelle ils collent la liste de leurs noms et de leurs numéros. Après avoir orné le goulot de rubans donnés par les bonnes amies, ils fixent un lien aux deux extrémités en présence de la tante. Celui qui doit partir le premier plante deux clous à une des solives, et y suspend la bouteille horizontalement.
Puis l'on danse toute la nuit. A leur retour ils s'assemblent de nouveau ; le premier revenu décroche la bouteille avec le même cérémonial, on la vide et les danses reprennent. »
Informations issues du site : http://www.canesegas.com
 
Attention, la canne de conscrit n’a rien à voir avec la canne de tambour major qui est souvent en bois peinte, décorées de clous et couverte de rubans.
Rien à voir non plus avec les cannes de compagnons, qui sont très recherchées.
 
Je remercie Monsieur Gilbert Segas pour les précieuses informations qu’il a eu la gentillesse de me fournir à ce sujet.

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