Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet

Chenets

Objets du quotidien
Chenets datant du XVIème siècle
Un chenet est un objet qui prend place dans la cheminée. Il sert à soutenir les bûches, afin de générer une prise d’air sous celles-ci et d’en favoriser la combustion, empêchant le feu de s'étouffer. Il maintient le foyer en place et permet de sécuriser le feu. Les chenets possèdent l’avantage d’emmagasiner et de restituer la chaleur.
 
Tout le monde connait cet objet par l’usage, mais en connaissez-vous l’histoire ?
 
Pour être bien clair, il faut préciser qu’une paire de chenets, car c’est en paire que le système fonctionne, est constituée d'un « chevalet » (les barres horizontales basses qui reçoivent les buches) terminé par un élément décoratif ou fonctionnel, la « tête de chenet ». Lorsqu’une barre centrale vient tenir les deux chevalets, les chenets sont dits « en portique ». Une « chevrette » est un chevalet sans tête, uniquement constitué des barres pour maintenir les buches au-dessus du lit de braises
 
L'homme s'est servi très tôt de chenets. Les chenets les plus anciens sont en terre cuite et sont des chevrettes.
Les premiers chenets métalliques datent de l’époque celte. Ils sont simples et efficaces : ils sont constitués d’une barre de fer reliant deux grandes tiges verticales. Leur rôle est de retenir les bûches, les empêchant de rouler en dehors du foyer. Ces deux grandes tiges sont surmontées de têtes de béliers ou de bovidés, symboles de force et de pouvoir.
Les archéologues trouvent encore aujourd’hui régulièrement des chenets dans leurs fouilles. De très intéressants sujets furent d’ailleurs mis au jour dans les ruines de Paestum et de Pompéi : des chevrettes assez grossières réalisées en fer.
Les chenets métalliques anciens sont massifs, donc bien lourds. Avec le temps, ils se sont évidés, pour plus de légèreté et surtout par soucis économique. D’abord utilitaire, le chenet a traversé les temps pour devenir un bel objet décoratif.
En lire plus
En France, durant le Moyen-Âge, le chenet s’appelle successivement « queminel », puis « chemineau » et encore « chiennet ».
Tous signifient « petit chien » et par évolution linguistique, ils ont donné le mot actuel de « chenet ».
Mais d’où vient le mot « chien » ? Autrefois, les têtes de chenets étaient très souvent décorées de chiens accroupis, le chien étant un symbole fort de protection du foyer et de fidélité.
 
Les chenets datant d’avant la Renaissance sont en fer, puis les fondeurs les couleront en cuivre ou en bronze, et encore mieux, dorés pour les clients les plus aisés. En ce qui concerne son évolution stylistique, que dès le XIVème siècle, le chenet s’adapte à la taille de la cheminée et à la richesse du propriétaire, qui n’hésite pas à prôner une certaine démesure. D’ailleurs, voici un extrait du compte des dépenses faites pour le château du Louvre entre 1364-1368 : « Quatre paires de chenets de fer pour les salons de la Royne, pesant quatre cent cinquante livres de fer... ». Ils sont toujours en fer, mais sont sacrément lourds !
Le Cardinal Mazarin et Louis XIV commanderont tous deux des chenets en argent : le roi en possédait 40 paires, disséminées dans toutes les cheminées de Versailles. Ceux de ses appartements mesuraient 1,30 mètre ! Mais il n’en subsiste aucun, tous sacrifiés lors des fontes qui financèrent les frais de guerre.
Les pièces étaient somptueuses, superbement ciselées et présentant des sujets mythologiques, allégoriques ou simplement décoratifs.
Le chenet du XVIIIème n'est plus en argent, mais en bronze doré au mercure. L'art de la ciselure s’oriente vers des motifs rocaille. Cet art de la ciselure atteint son apogée de raffinement sous Louis XVI avec des bronziers comme Gouthière ou Thomire.
Aujourd’hui, certains modèles des XVIIème et XVIIIème siècles, finement sculptés et en bronze, atteignent des prix record, en salle des ventes.
Au XIXème siècle, le chenet devient plus petit, plus fonctionnel, quoique toujours aussi décoratif. Il s’adapte à une nouvelle catégorie sociale qui possède de plus petits intérieurs que les aristocrates, mais des moyens financiers : les bourgeois.
Un modèle de chenet de cette époque mérite toute notre attention : le chenet à tiroir qui permet de glisser dans le tiroir et donc dans la braise, mais sans brûler l’aliment à cuire, des châtaignes et pommes de terre.
 
Et le chenet qui appartient à l’Art Populaire, comment est-il ?
Il est simple, en fer forgé ou en terre cuite et orné, non pas de motifs exubérants mais de petits symboles de protection, de visages stylisés, de chevrons, des ciselures géométriques simples. L’objet est avant tout utilitaire, quoique décoré mais pas décoratif.
A mon sens, les modèles auvergnats sont les plus beaux. 
Les modèles en terre cuite sont superbes mais rares.
 
Il est une précision qui doit être réitérée à ce titre : le nom de « chenet » doit être réservé aux portants de petites dimensions, qui ont pour unique rôle de servir à  soutenir les bûches de bois dans l’âtre. Les sujets plus grands, avec des rouelles, des portes-broches, des porte-éclats, …  sont des « landiers » (article à lire sur le site).

Galerie photos