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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Clystère

Objets de la médecine et la pharmacie
Le mot « clystère » provient du latin « clyster», emprunté au grec ancien « klustêr » qui signifie littéralement et conjointement « lavement et seringue ».
Initialement, le terme « clystère » désignait les substances médicamenteuses que les médecins appliquaient sur les plaies saignantes, principalement des substances astringentes et siccatives (d'après Littré in Pifteau, Chirurgie de Guillaume de Salicet).
L'Académie Française, lors de son premier dictionnaire en 1694, définira le mot comme suit : « Une sorte de lavement dans les bas-fondements de l'homme ».
Puis sous le règne de Louis XIV, l'abbé de Saint-Cyran, théologien connu pour son austérité morale, mis le mot « clystère » au rang des mots « déshonnêtes ».
Avec l’évolution de la langue française, le mot « clystère » fut défini ainsi : « Lavement, espèce de remède dont l'usage le plus ordinaire est de rendre le ventre libre. Clystère laxatif. Clystère rafraîchissant. Il a pris un clystère. On luy a donné un clystère. Il a rendu son clystère. Ce clystère a bien fait », selon le Dictionnaire de l’Académie Française de 1798.
Ainsi, il est clair qu’au XVIIIème siècle, le mot « clystère » devint à la fois le lavement, le remède administré et l’objet qui servait à l’administrer.
 
Dans le langage actuel, le mot « clystère » désigne uniquement la fameuse seringue métallique, généralement faite en étain.
Une chose est sûre, le mot « clystère » fait sourire car il désigne une activité peu glorieuse.
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L’une des premières représentations du clystère en France, dans sa version primitive (probablement un roseau creux relié à une outre en panse ou vessie animales) daterait du XIVème siècle. Cependant, cette pratique serait bien plus ancienne car les Mayas pratiquaient déjà cet acte médical, d'ailleurs très en faveur tout au long du Moyen-Age.
A cette époque, ce sont les médecins et plus souvent les chirurgiens-barbiers qui avaient le monopole de l’usage du clystère.
D’ailleurs pour eux, le clystère était indispensable dans le traitement des traumatismes...
Le clystère était généralement injecté avec un appareil constitué d'une bourse en cuir ou une vessie pleine du remède, fixée sur une canule en bois ou en métal repercée de petits trous à son sommet.
 
C’est au XVIème siècle que l’italien Marco Gatenaria invente une seringue destinée à administrer les lavements. Elle fut d’abord en bois puis en métal.
 
En 1668, le médecin hollandais Regnier De GRAAF, auteur de « De Clysteribus », imagine un tube flexible permettant l’auto-administration du lavement. Le patient peut désormais s’administrer seul son clystère. C’est le principe du « clystère soi-même ».
 
Le clystère est démocratisé à un tel point, que le traitement par lavement est très fréquemment administré et même indiqué pour de nombreux maux, du lavement purgatif au lavement vermifuge.
Très en vogue partout en France aux XVIIème et XIXème siècles, il se trouve un "nécessaire à lavement" dans de très nombreuses demeures. Il contenait une seringue à lavement avec son tuyau droit (dit « matriculaire ») et courbe (dit « auriculaire ») ainsi qu’une seringue à clystère avec son petit chapeau et les bougies.
Alfred FRANKLIN, dans « le Médecin charitable » recommande de posséder « deux seringues avec leur étui ; l’une pour servir à la maison avec deux canons d’ivoire (= canules), l’un pour donner clystère aux grandes personnes et l’autre pour les plus petits. Il faut y ajouter un pot d’estain à mettre clystère, pour le garder et faire chauffer lorsque l’on le voudra donner. La seconde seringue se présente avec deux canons de buys, pour prester charitablement aux pauvres quand ils en auront affaire ».
 
C’est au XIXème siècle que se produira l’ultime évolution du clystère, lorsqu’on passera du système de piston, nécessitant une poussée manuelle, à celui de la pression, par l’élévation d’un bock.
 
Depuis, l’usage du clystère a disparu et d’une certaine manière, ce n’est pas une grosse perte.
Durant de très nombreuses années, le clystère fut représenté et mis en scène, permettant ainsi de railler quiconque sans vergogne car la position du patient était pour le moins indélicate !
 
De manière plus technique, un clystère du XIXème siècle se compose d’une poignée, soit en bois tourné, en étain ou alors il s’agit d’un anneau métallique. Cette prise se prolonge par une tige métallique qui est elle-même munie d’un tampon. Ce tampon crée la pression en poussant le remède hors du corps cylindrique du clystère.
Le tampon peut être constitué de deux demies coques de cuir présentées à l’opposée, comme un diabolo, d’une virole en étain, libre, recouvrant une âme de bois, de deux plaques métalliques cylindriques de part et d’autre d’une compression de couches de carton ou de fibres naturelles, … souvent amovibles.
Ces trois éléments forment le piston du clystère.
Sur la tige métallique, il y a une virole libre qui se visse sur le corps cylindrique et permet d’assembler corps et système de poussée ensemble.
 
Au bout du corps, il y a une canule, elle aussi munie d’un pas de vis, qui peut avoir différentes formes : droit dit « matriculaire » et courbe dit « auriculaire » ou encore celle d’une seringue, donc fine, droite, longue et pointue, avec un petit orifice de sortie au sommet.
L’embout des canules est terminé par une petite poire ajourée, pour permettre au liquide de sortir.
En terme de matière, il existait des canules en bois, en métal, en corne, … sur la circonférence desquels étaient percés plusieurs trous.
 
Il existe de petits clystères, qui ressemblent à de petites seringues.
Ils sont à la fois considérés comme des clystères d’adulte, mais de petite capacité, mais aussi comme des clystères pédiatriques.
Enfin, il existe aussi des clystères vétérinaires. La capacité de l’outil (jusqu’à deux litres) et la taille de la canule peuvent vous renseigner sur le type de patient à soigner. Un clystère vétérinaire est donc plus large et/ou plus long qu’un clystère classique.
 
Le système du clystère « soi-même » est simple. Le clystère est fixé verticalement à un conduit en métal. La canule est indépendante du système, elle s’insère dans un logement prévu à cet effet et elle s’appelle une « pirouette ». Un clystère « soi-même » est complet lorsqu’il est pourvu de sa pirouette de remplacement.
 
Comme indiqué dans l’extrait ci-dessous, les clystères étaient conservés dans une boite ou un étui en bois, présenté avec des canules de rechange.
« Le clystère « soi-même » est disposé dans une boite, la boite à clystère, doublée intérieurement de métal et formant réceptacle, portée ou non par des pieds, permettant de s’asseoir comme sur un bidet »
Extrait issu de « Objets civils domestiques », Catherine Arminjon et Nicole Blondel, p.348
 
Pour ceux qui se demandent quel type de produit était injecté, voici la composition d’un remède type proposé par Guillaume de Salicet, à la fin du XIIIème siècle :
Ingrédients : bette, mauves, matricaires, mercuriale,  violettes, 1 manipule de chaque. Miel, sel, sucre, 5 onces de chaque. Huile commune ou de violette, 3 onces.  Casse en bâtons, 1 once.
Mode de préparation du remède : faire une décoction aqueuse des mauves, violettes, matricaires, bettes, mercuriale. Puis ajouter les autres ingrédients. Passer à colature (comprenez : filtrer). Mode d'emploi : administrer tiède.
 
En terme de prix, l’achat d’un clystère est très peu coûteux : d’abord parce qu’il y en a beaucoup, en plus cet objet se vend mal car les gens qui en connaissent l’usage sont implicitement freinés dans l’acte d’achat. Comptez donc entre 5.00 et 30.00 € pour un clystère simple ou pédiatrique et jusqu’à 130.00/150.00 € pour un clystère « soi-même », le tout en parfait état.
D'autre part, vous pourrez identifier la provenance d'un clystère si il porte une marque comme le poinçon du fabricant qui parfois indique clairement le lieu de production de l'objet.
N'oubliez pas qu'il existe de nombreux faux étains, portant de faux poinçons.
 
Pour ce qui est de l’appellation « seringue à clystère », c’est le nom le plus ancien du clystère.
Il n’a guère plus cours aujourd’hui, mais il s’emploie toujours pour les petits clystères dont la forme approche celle d’une seringue.
 
Pour les amoureux des mots, dommage, cette fois-ci la langue française est tordue car le terme  « clystérophilie » désigne aujourd'hui une pratique liée à la scatophilie et non pas les collectionneurs de clystères !
Et le mot de la fin, pour les récalcitrants aux lavements : « Six pruneaux valent un clystère » !
 
*Collection Privée de M & Mme Rocchini - Dumas.
Ce couple de collectionneurs me signale que les clystères à canules auriculaires servaient aussi à baptiser in-utéro l'enfant à venir, lorsque l'accouchement se présentait mal et que la vie du nouveau né était en jeu.
Les clystères à baptiser ont été utilisés principalement en France et c'était l'un de nos célèbres obstétriciens, le docteur François Mauriceau (1637 -1709) qui en a proposé l'utilisation.
 
Voici un lien vers leur site, qui est en italien, mais se traduit aisément via un traducteur en ligne.
http://www.amber-ambre-inclusions.info/nuova%20curiosit%C3%A0.htm#Siringa_Battesimale_-_Siringa_di_Mauriceau

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