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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Corne à huile de cade

Objets de la vie pastorale et agricole
Corne à huile de cade, Mucem
Vous rencontrerez cet objet sous deux appellations : corne à huile de cade et corne à huile  de genévrier. 
Toutes deux sont exactes car l’huile de cade est l’huile de genévrier et vice versa ! 
Cette huile fut plus rarement nommée "huile de gale" car l’huile de cade soignait la gale et particulièrement bien sur les moutons.
Ce type de corne appartient à la grande famille des objets de bergers ou de pâtres : elles leur permettaient de donner les premiers soins à leurs bêtes.
 
L'huile de cade officinale est un goudron liquide provenant du bois de "Juniperus Oxycedrus", elle est obtenue par distillation sèche.
Cet arbuste, connu sous les noms de genévrier, cadier ou de cade, appartient à la famille des cupressacées et est très répandu sur tout le pourtour du bassin méditerranéen.
L'utilisation de l'huile de cade en thérapeutique vétérinaire semble remonter à la plus haute antiquité. Elle est utilisée pour traiter de nombreuses affections externes des bêtes.
Longtemps, elle fut le seul médicament employé par les Guardians.
*Pour en savoir plus sur l’huile de cade et le genévrier, reportez-vous à la fin de cet article.
 
Ce type de cornes fut principalement employé en Camargue et dans les Bouches-du-Rhône et de manière plus large, dans toutes les Alpes de Haute-Provence.
Quelques exemplaires analogues ont été trouvés dans les Pyrénées Orientales (où elles sont connues sous le nom de « banya per a l'oli ») et dans l’Hérault.
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Comme son nom l’évoque, le contenant est en corne bovine naturelle.
Contrairement à la corne à jus de tabac lorraine, la corne à huile de cade s’emploie dans l’autre sens : la partie la plus large de la corne est le sommet, la pointe est en bas. L’huile s’écoulait donc par la partie la plus large de la corne, soit par un trou ménagé dans le couvercle métallique, (recouvrant la totalité de l’ouverture, fixé à l’aide de pointes en laiton sur le pourtour extérieur), soit par un petit bec verseur, taillé en forme de V dans la corne elle-même, situé juste en dessous du couvercle. Parfois, ce goulot est créé directement dans la feuille métal.
Généralement, on constate un autre orifice,  au quart inférieur de la corne, bouché par un bouchon de liège ou une cheville de bois. Il se trouvant sur le côté de la corne et permet le remplissage de la corne.
 
Une courroie insérée dans une encoche permet la fixation et le transport de la corne.
Celle-ci se portait attachée à la ceinture, en bandoulière ou fixée au poignet. Elle faisait partie de son équipement portatif. C’est un de ces récipients typiques fabriqués par le Guardian lui-même : il exprimait  dans cette auto-fabrication ses facultés de création artistique.
 
Il y a en effet un côté artistique à cette corne plus que pratique : le corps est presque toujours orné de décorations (de la plus simple et rudimentaire à la plus gracieuse et riche).
La gravure est toujours faite au couteau.
On y retrouve un registre de motifs décoratifs simples, inspirés de la nature et de la vie quotidienne de ces hommes. Ainsi, vous y verrez  des fleurs au naturel, des feuillages, des bouquets, des roses, des rameaux croisés, des étoiles, des initiales, des représentations d’animaux tels que le poisson, la sirène, et parfois, le tout accompagné de dates et d’initiales ou de noms.
La représentation de la sirène est courante. Elles sont représentées associées à des bateaux, des navires et des monuments urbains. Pour les historiens, c’est le signe de l’intégration de la culture urbaine dans la culture rurale dans la Provence traditionnelle.
Quant à la représentation de la sirène avec une flèche dans sa main droite, c’est peut être une idée de séduction ?
 
La corne à huile de cade mesure entre 20 et 30 cm de long et environ 7 cm de diamètre.
L’âge d’or de ces cornes se situe autour des années 1820  - 1880.
 
 
*Pour ceux qui veulent  en savoir plus sur l’huile de cade et le genévrier :
 
En France, le genévrier a longtemps fait figure de rareté botanique.
Il se localise seulement dans trois endroits, chacun limités en surface et en nombre de plants : en Haute-Corse, où le soliu (nom local) est connu depuis toujours des bergers dans les rares vallées où il se maintient (Asco, Niolu); dans les Alpes (Saint-Crépin, Mercantour, etc.), où les peuplements sont plus étendus mais non dégradés; dans les Pyrénées, dans un unique endroit  jusqu'à maintenant répertorié (montagne de Rié en Haute-Garonne).
 
La principale utilisation traditionnelle du genévrier concerne la fabrication d'un type de goudron obtenu par distillation sèche de grandes quantités de bois et servant, comme l'huile de cade tirée du genévrier, en médecine vétérinaire (cicatrisant, antiseptique).
Tous les bergers utilisent, encore couramment, l'huile de cade et les vétérinaires y ont, parfois recours, après un échec des produits modernes.
Elle est toujours d'actualité dans le traitement de la gale du cheval, du mouton, de la chèvre, du porc et du chien.
Elle est aussi efficace pour les fissures des sabots des équidés ou le "crapaud" (polodermite végétante détruisant le plancher du sabot des équidés encore appelée piétin chez le mouton).
Elle est remarquable dans le traitement de la teigne, les eczémas et plaies atones.
L'huile de cade est un parasiticide puissant : une goutte appliquée à l'aide d'une paille sur la tête des tiques les tue et elles chutent dans les douze heures.
Elle est excellente pour raffermir les coussinets des pattes des chiens.
Certains bergers, ont, fortuitement, découvert qu'on pouvait lutter contre le météorisme d'un mouton glouton qui a absorbé trop d'herbe mouillée. Ils enduisent une cordelette, la font passer dans la bouche des moutons atteints afin que ceux-ci la mâchouillent, ainsi l'huile est obligatoirement avalée.
Un badigeonnage d'huile de cade peut faire cesser certaines nuisances : l’arrachage des plumes des volailles par elles-mêmes, l’attraction des chiennes en chaleur, l’éloignement des animaux indésirables...
L’huile de cade est simplement répulsive du fait de sa forte odeur.
 
Sources pour cet article:
 
- « Cornes de bovins à usage pharmaceutique utilisées par les bergers », Charles Bourgeois, in Revue d'histoire de la pharmacie, 62e année, N. 221, 1974. pp. 83-87
- « Arts populaires des pays de France », D. Glück et G. H. Rivière, Joël Cuénot éditeur, 1976, tome II 

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