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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Coupe de mariage

Objets pour les dames
Coupe de mariage en argent, XIXème siècle
vant toute chose, il faut jeter les bases historiques de la coupe, cela donnera une bonne approche de l’évolution de l’objet et de son aboutissement en tant que coupe de mariage.
 
Les coupes ouvragées plus anciennes, destinées à boire, datent du XIIIème et sont plus proches des calices que des coupes, en terme de forme. Elles étaient réservées aux élites, c’est-à-dire aux princes et prélats, qui se servaient aussi de bols peu profonds mais larges pour consommer des liquides.
Les modèles de coupes à boire, dont la forme est très proche de la coupe de mariage, c’est-à-dire, basses, larges, avec deux petites anses, datent, quant à elles, du XIVème siècle. A l’époque, elles possèdent un couvercle indépendant.
 
En effet, durant la Renaissance et à la cour de Fontainebleau, ce sont les orfèvres italiens qui importent un modèle de coupe circulaire très évasée, soutenue par des personnages, considérés comme une fantaisie décorative. Ces décors ajoutés caractérisaient alors le contenu du vase : soit de l’eau avec un décor représentant au choix dauphins, coquillages, Neptune et/ou nymphes, soit du vin avec Bacchus et Ariane. Ces objets luxueux étaient adaptés à l’atmosphère fastueuse et plaisante de la cour. 
Pour une clientèle ordinaire, les coupes sont basses, unies et perchées sur un pied mouluré. Au XVIIème siècle, les historiens remarquent cependant elles portent deux anses fondues et rapportées en consoles ou à  enroulements.
 
Si l’habitude de boire dans une coupe se perd vers la fin du XVIIème siècle, il devient alors de coutume et cela le restera jusqu’à la fin du XIXème siècle, d’offrir aux mariés une coupe de mariage. Cette coupe est hémisphérique et aplatie, sur pied bas, dotée de deux anses verticales en volutes surmontées par des crosses ou des têtes d’animaux soit réels soit fantastiques (comme des chimères).
Les coupes de mariage sont très rarement décorées sur le corps mais les bords du pied le sont presque toujours : frises de feuilles, de raies de cœurs, d’oves estampées, godrons, des chantournements, lignes de perles, frises de feuilles de laurier tressé en couronne, …
 
Le bord extérieur de la coupe de mariage porte très souvent une inscription gravée : la plus fréquente indique le nom de l’épousée ou ses initiales, ainsi que la date du mariage. On trouve parfois le nom du marié ou ses initiales et le nom du village dans lequel a été célébrée l’union. De tels objets mesurent de 9 à 20 cm de diamètre. Et il est avéré aujourd’hui que certaines coupes peuvent contenir la mesure exacte d’une demi-chopine, soit un quart de litre.
En outre, la coupe de mariage ne possède pas de couvercle.
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Seul le décor des anses apporte des précisions sur l’époque et la province d’origine de la coupe. Ainsi, à Dijon, la forme des anses en forme de dauphin stylisé est particulièrement appréciée.
 
Après la cérémonie religieuse, les mariés buvaient à cette coupe qu’ils conservaient toute leur vie, comme leur objet le plus précieux, le seul pour un bon nombre de foyers, car la coupe de mariage était le plus souvent réalisée en argent. 
Parfois, la coupe était remise en service pour des occasions exceptionnelles comme pour la naissance d’un enfant : on présentait à la jeune femme la coupe dite « coupe d’accouchée » contenant du pain trempé dans du vin, pour que la jeune maman retrouve des forces.
La coupe de mariage était parfois utilisée lors des baptêmes et communions et éventuellement posée devant le cercueil du défunt, remplie d'eau bénite, pour bénir le corps.
 
Les orfèvres de Dijon et Morlaix étaient spécialisés dans la production de coupe de mariage. Cela dit, le rite d’offrir une coupe de mariage était alors valable sur toute la France.
Pour les familles les moins fortunées, la coupe était en étain, matériau qui imite parfaitement l’argent. D’ailleurs, aujourd’hui, les coupes les plus rares sont en étain (et oui…), elles adoptent cependant la même forme que celles en argent. Leur piédouche est court et mouluré, les anses en volutes et rinceaux, parfois ornés d’une tête d’oiseau. L’essentiel de la production des coupes de mariage en étain date de la première moitié du XVIIIème siècle et elle fut majoritairement mise en œuvre à Lyon et à la Bourgogne. L’appellation  de « coupe bourguignonne » proviendrait donc du fait que l’on aurait exclusivement fabriqué dans cette région des coupes en étain à l’imitation des coupes en argent, pour imiter les pièces d’orfèvrerie.
La coupe de mariage s’appelle aussi « coupe à quêter », car, en Bretagne, région dans laquelle elle était aussi fabriquée, elle servait vraisemblablement à quêter à l’issue de la cérémonie, pour le jeune couple.
 
J’ai noté ci-dessus que les plus courantes sont en argent mais il a existé en verre, en faïence et en terre. Je n’ai aucun visuel à vous proposer pour ces coupes… Avis aux collectionneurs !
 
De nos jours, la destination originelle de la coupe de mariage, employée pour contenir du liquide est abandonnée. Elle sert de drageoir, de vide-poche, et est devenue un cadeau marquant les étapes de la vie. La coupe de mariage s’offre régulièrement comme cadeau d’anniversaire de mariage significatif comme les noces d’émeraude, d’or ou de perle…
 
Malgré le fait que la coupe soit offerte lors du mariage, elle n’est pas un objet religieux mais civil.
C’était la marraine de la jeune fille qui s’acquittait de cet important achat. Ceci peut expliquer pourquoi, sur de nombreuses coupes, on ne trouve que le nom de la mariée.
 
Si je devais commencer une collection aujourd’hui, je pense que les coupes de mariage seraient un  sujet intéressant et en plus un bon investissement. Ces objets ne sont pas spécifiquement rares mais totalement tombés en désuétude. Or, on le sait bien, le cycle de l’Art est un éternel recommencement et les modes fonctionnent de la même manière. Aujourd’hui, peu recherchées car sans usage, elles pourraient avoir de beaux jours devenant elles et retrouver une seconde jeunesse auprès de collectionneurs avertis.

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