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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Croix boulonnaise

Bijoux régionaux
Photo issue du site : http://memoire-du-courgain.e-monsite.com
On attribue l’origine les bijoux du boulonnais et du calaisis à l’origine de l’occupation espagnole, soit au XVIème siècle.
 
 La croix boulonnaise est une croix filigranée. Elle était offerte par le fiancé au moment du mariage : le couple allait acheter la « mise » que la femme porterait à chaque évènement, avec son costume traditionnel régional. Ils allaient alors à "dorlots" (qui a donné le verbe dorloter = être couverte d'or, dans les moeurs d'autrefois).
 
Le costume traditionnel boulonnais se composait d’une jupe en soie froncée dans le dos, un casquin garni de dentelle, un châle à franges, une coiffe de dentelle en auréole que l’on appelle « soleil » et de mitaines en soie. Comme tout bijou régional, la croix boulonnaise est étroitement liée au costume traditionnel, qui a connu ses heures de gloires au XIXème siècle.
L’origine de cette parure est donc très certainement espagnole.
 
Le folkloriste Lionel Bonnemère, qui fit l’acquisition d’une croix boulonnaise au pèlerinage de Notre-Dame de Boulogne en 1900, remarque que cette croix, d’origine belge, est le modèle des grandes croix d’autel flamandes. D’autre part, le filigrane est une technique arabe transmise aux espagnols qui occupèrent le comté de Flandres jusqu’au XVIIème siècle.
Et voilà, cette croix est l’héritière d’une double culture, remaniée à la sauce du Nord !
 
La croix boulonnaise fait partie de la parure dite « de matelotes du Nord », c’est à dire des femmes de pêcheurs et de marins.
Il faut souligner que le groupe social des marins était bien particulier et cette particularité existait dans chaque ville de marins-pêcheurs : cette microsociété vivait dans son quartier et avait ses propres codes. Ses gens se fréquentaient exclusivement et se mariaient uniquement entre eux. 
 
Chaque communauté avait ses règles et ses usages, sans lien avec le reste de la population et sans aucun désir de s’y intégrer. On a noté que ce mode de vie atypique a existé dès le XVIIIème siècle.
La croix boulonnaise se reconnait du premier coup d’œil : elle est réalisée en fils, enroulés sur eux-mêmes et formant ainsi des motifs, selon le technique du filigrane. Pour information, un gramme d’or peut donner un kilomètre de fil! On trouve aussi cette croix réalisée en argent, enjolivées de demi-perles de verre coloré.
La forme générale de la croix s’approche de celle d’un losange. 
 
Ce qui est paradoxale, c’est qu’elle est à la fois fine, élégante et gracile lorsqu’elle est vue de près, elle semble plutôt massive et lourde en la regardant de loin.
 
En s’approchant, il est facile de se rendre compte que les fils enroulés imitent les cordages, chers aux marins. Vous remarquerez aussi  des coquilles Saint-Jacques aux quatre angles.
Le bijou se termine par un grelot, une perle ou une petite perle naturelle baroque.
 
Cette croix se porte sur une chaine plutôt longue, comme un immense sautoir, appelé "sorcière" dotée d’un fermoir en forme de barillet, à pans émaillés. Le fermoir reproduirait, quant à lui, un flotteur de filets de pêche.
 
Cette croix se porte avec une bague dite « nœud d’amour » et une paire de boucles d’oreille bien typiques, les « milanos ».
La croix boulonnaise, porteuse d'une forte identité régionale, fût supplantée par la plus banale et plus courante croix jeannette (certainement moins chère aussi), portée avec son coulant en forme de cœur.
 
Comme dans toutes les populations socialement basses et pauvres, les bijoux sont des fiertés. Ils sont portés dès que l’occasion se présente : grande messe solennelle, mariage, deuil, …finalement tous les évènements de la vie !
 
Sources pour cet article :
- Bijoux des régions de France, Claudette Joannis, Flammarion, p.171
- http://herve-tavernier.e-monsite.com/pages/bijoux-folkloriques-de-la-cote-d-opale.html
Un site à visiter, je vous le recommande.

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