Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet
AccueilEspace documentaireCroix de marinier

Croix de marinier

Art religieux
Détail d'une croix de marinier
Les croix dites « de Mariniers » sont des croix religieuses, dressées à la proue des barques et qui ont vocation à protéger l'équipage lors de leurs navigations. 
Elles se trouvaient sur les bateaux rhodaniens, donc affectés aux transports fluviaux sur le Rhône.
 
Il est de ces objets qui sont des « pépites » de l’Art Populaire français et les croix de mariniers en fond parties. Elles sont, à mon sens, l’expression de la plus vive ferveur populaire et c’est toujours un grand plaisir pour les yeux que d’en voir une tant par l’aspect peu courant et local que par le travail délicieusement naïf qu’elles présentent. 
Gardez en mémoire qu’elles furent réalisées par les mariniers eux-mêmes, ignorants les conventions artistiques académiques
Elles furent travaillées et sculptées pendant leur temps libre avec du bois échoué ou flotté, trouvé sur le fleuve, sur les rives ou simplement acheté à la foire de Beaucaire, puis peintes de couleurs vives.
Elles ont la spécificité d’être ornées des « Arma Christi », les instruments de la passion du Christ. Les croix deviennent ainsi des évangiles historiés, faciles à décrypter par tous : nombreux sont les analphabètes dans les couches populaires à cette époque.
Les symboles religieux présents sont toujours les mêmes. La seule touche personnelle apportée par le marinier est la représentation de sa barque, fixée au sommet de la croix, sur laquelle apparaît parfois le nom de sa corporation.
 
Les croix de marinier étaient bénies par le prêtre avant le départ pour la « décize » (descente du Rhône) ou la remonte. 
Lors des processions, la croix était fixée sur la proue de la première barque dite «  Barque Capitaine », qui est la première des cinq barques formant la « rigue », comprenez le convoi d’embarcations : la croix de marinier est spécifiquement placée sur la barque du patron de l’équipage. 
Et c’est pour cela qu’elles portent aussi les noms croix « patronales », « croix de confrérie » ou croix « d'équipage ».
En lire plus
« Le Rhône, fleuve puissant et impétueux a servi de voie d'échanges dès l'époque gallo-romaine. Autour de lui, toute une kyrielle d'activités s'organisait, de la pêche aux bateaux-lavoirs, des moulins à blés aux bacs à taille. Parmi ces activités, la navigation fut la plus importante, autour de laquelle on découvre les convois de mariniers (…) »
Extrait issu du site http://www.ville-tournon.com
 
La tradition veut que les mariniers qui cessent d'exercer leur activité portent définitivement leur croix à l'église. Ainsi de nombreuses églises sont dotées de tels objets, exposés sur des trépieds et qui deviennent, de facto, des ex-votos.
 
A quelques variantes près, voici  « Arma Christi » (mélangés avec les outils ou objets nécessaires aux mariniers dans leur quotidien, qui ici représentés deviennent des symboles religieux) qui ornent les croix de mariniers : 
- Le bateau à fond plat. 
- Le coq, qui chante trois fois lors du reniement du Christ également symbole de virilité. 
- L’inscription INRI signifiant « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs ». 
- Le cœur traversé d'une flèche qui symbolise la Passion du Christ. 
- Le ciboire et le calice. 
- Les palmes rappelant la Fête des Rameaux. 
- La tenaille et le marteau, qui servirent à crucifier Jésus, mais outils indispensables aux charpentiers et aux maréchaux-ferrants travaillant sur les berges.
- Quatre quilles symbolisant les joies, les fêtes (la Saint Nicolas). 
- Le pichet ou le tonnelet, les bons vins de la Vallée du Rhône. 
- La main de Dieu, de la justice. 
- La lune, l'Ancien Testament. La journée des mariniers se terminait quand la lune pointait. 
- Le soleil, le Nouveau Testament. Au point du jour, le travail commençait. 
- Les glands, symbole d'abondance et de prospérité.
- Les fouets des charretiers 
- Les fanaux, lanternes pour éclairer les bateaux, la nuit. 
- Le glaive, couteau des mariniers. 
- La verge de la flagellation. 
- La tunique du Christ. 
- La bourse renversée avec les 30 deniers. 
- La lance qui perça le côté du Christ. 
- La perche qui a tenu l'éponge imbibée de vinaigre à boire. 
- Les 3 dés, la tunique du Christ fut jouée aux dés. 
- La tête de mort et les tibias pour conjurer le sort. 
- Deux pénitents au pied de la Croix (les plus patients sculptaient parfois tous les personnages de la Passion)
- Le poulain, échelle pour décharger les marchandises. 
Liste issue du site : http://www.abbaye-champagne.com/themes/champagne/paroisse/paroisse.htm
Je vous invite à lire en parallèle l’article sur les bouteilles-Passion de Liesse.
D’autres « Arma Christi » figurent et expliciteront celles ici présentées.
 
Les croix de mariniers mesurent généralement entre 50 cm et 1m50 de haut. 
Ce sont les premiers bateaux à vapeur qui feront décliner la batelerie rhodanienne vers le milieu du XIXème siècle, entraînant avec eux la fin de la réalisation de ces superbes croix, soit vers 1830 à peu près.
Ce type de croix décorée des instruments de la Passion n’est cependant pas une spécificité rhodanienne. Il s’en trouve en effet dans d’autres zones du monde catholique et en Allemagne notamment. 
Les plus anciens exemplaires conservés dans les collections publiques ou privées datent de la fin du XVIIIème siècle. 
 
OU VOIR DES CROIX DE MARINIERS ?
 
Il existe de nombreuses croix présentes dans les collections publiques pour notre plus grande joie (ou notre plus grande curiosité)!
Il ne reste plus qu’à se déplacer pour les admirer !
- Musée des mariniers du Rhône
http://www.serrieres.fr/
A Serrières, la rénovation du musée des mariniers est axée sur la navigation rhodanienne.  
La chapelle Saint-Sornin, datant des XIIe et XIVe siècle, abrite le Musée des Mariniers du Rhône depuis 1939. Celui-ci conserve, dans ses collections, sept croix de mariniers, placées dès 1939 au centre de la muséographie. Le thème fort est la navigation de halage.  
A Annonay, le Musée Vivarois César Filhol présente des documents sur les muletiers et mariniers du Rhône au XVIIIe siècle, des Croix des mariniers et harnachements typiques
- Musée Gadagne
http://www.gadagne.musees.lyon.fr/

Galerie photos