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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Croix de Saint-Lô

Bijoux régionaux
Les historiens ont trouvé des traces écrites de ce bijou dès le XVIIIème siècle.
 
Et, il faut remercier la méfiance des normands, qui nous a permise d'avoir tant d'informations au sujet des bijoux de leur région. En effet, dès qu’une personne avait du bien, elle en faisait un inventaire écrit : dot, mariage, décès donnaient lieu systematiquement à un inventaire. Et de fait, les bijoux étaient tous répertoriés et consignés dans de tels documents. Ceci qui explique que les musées possèdent de nombreux écrits, dont certains mentionnant des croix de Saint-Lô.
Dès le XVIème siècle, des orfèvres s'installent dans les grandes villes de la Normandie : Rouen, Fécamp, le Havre, Alençon, Coutances, Caen.
 
Mais pourquoi trouve-t-on seulement ces croix à la fin du XVIIIème siècle ? En ce replongeant dans le contexte historique, il faut juste se souvenir qu'avant le XVIIIème siècle, ce sont uniquement les nobles, les ecclésiastiques et les notables qui portent des bijoux.
Ce n’est que vers 1820, que toutes les femmes du peuple, y compris les servantes, les jeunes filles et les paysannes rehausseronnt leur toilette de bijoux en or ou en argent. Les grosses parures étaient cependant réservées aux plus grosses fortunes et portées uniquement pour les fêtes importantes ou les évènements marquants de la communauté.
En outre, il faut garder une notion très importante à l’esprit : la Normandie est une région riche : après cette date, nombreuses seront les normandes à porter les bijoux typiques de leur région. Par conséquence, les bijoux normands ne sont pas du tout rares.
 
Une notion essentiel concernant le bijou normand est à garder en tête : le bijou normand brille et se doit de briller ! Je vous rappelle que la Normandie est une région riche.
Ceci permet d'expliquer la quantité phénoménale de strass mise sur chaque croix. Les grosses pierres sont toujours entourées d’une couronne de petites pierres, pour plus d’éclat. La normande aime briller en société et montrer son aisance financière, sa place dans la société.
 
La croix de Saint Lô est l'héritage direct de la croix Drille, plus épaisse et plus petite. La véritable croix de Saint-Lô n’est généralement pas très grande. Mais, cela dit, certaines croix sont très importantes en terme de taille : jusqu’à 25 cm de haut, avec le coulant et parfois, il s'agit même d'une parure car il est possible de trouver les pendants d’oreilles assortis.
 
La croix de Saint-Lô part d'une base centrale carrée et s'étale élégamment en dentelle. Elle est toujours bâtie de la même manière : un chaton central, rehaussé de strass et trois chatons latéraux, situés sur le même élément. Une pendeloque non amovible (parfois manquante aujourd'hui sur certaines pièces) reprend ce motif, en plus grande taille : chaton central entouré de strass, mais toujours en forme de goutte. Le bas de la croix est branlant : il se balance librement.
La pierre centrale était alors sertie dans le chaton et le chaton était rempli de colophane mêlé à du charbon pour rigidifier la mince couche de métal et éviter les enfoncements. 
Il est certain que le bijou est réalisé d'un seul tenant, sauf pour la partie de la pendeloque.
 
Voici le mode de fabrication de la croix : 
« Dans un os de seiche, on marquait l’emprunte d’une certaine quantité d’ornements dont la réunion formait une croix ; on reliait ces différentes empruntes par des stries assez profondes, on ménageait en haut une ouverture en forme d’entonnoir, on appliquait un deuxième os de seiche sur le premier et on liait le tout. Puis on coulait l’argent fondu par l’ouverture. On obtenait ainsi des ornements. Les chatons des grosses pierres se faisaient à part. C’étaient des viroles coniques soudées sur des fonds légèrement bombés. On assemblait et soudait tous ces éléments pour terminer la croix. » C’était un procédé courant à l’époque, encore employé à Rouen, au début du siècle.
 
Les croix sont ornées de pierres naturelles au début de leur création : ce sont des quartzs fumés que l’on trouvait autrefois dans des carrières proches d’Alençon. Plus tard, pour trouver des pierres plus pures, bien transparentes, les bijoutiers les firent venir des Pyrénées.Les quartzs étaient taillés dans des moulins lapidaires et les ouvriers étaient suisses, venus à la demande des normands. Leur travail de grande qualité était reconnu partout en Europe.
Plus tard, ces quartzs ont été remplacés par des strass.
 
La croix de Saint-Lô est une très jolie croix raffinées dont les jonctions sont fines et cassantes. Il n'est pas rare de la trouver accidentée ou incomplète. C'est une croix que ne souffre aucune restauration. Autrefois, il était cependant possible de les retravailler après accidents, avec des soudures à l'étain. Aujourd'hui, peu de bijoutiers acceptent de les réparer, de peur de tout faire fondre.
Le déclin de ce type de bijou se fera lentement, à partir de 1850, détrôné par le bijou de style napoléonien.
Une croix en argent coûtait, pour un modèle fabriqué à Caen, entre 14 et 28 francs, les croix d’or étaient évidemment plus cher.
 
La croix de Saint-Lô était portée sur une chaine en or, en argent ou sur un ruban de velours noir. Elle se portait parfois avec un coulant, toujours assorti au motif de la croix, car vous le constaterez, il existe une grande variété de motifs possibles sur les croix de Saint Lô.
 
Il faut être vigilant à ne pas confondre croix de Saint-Lô et croix Drille : l'une est aérienne, l'autre est plus massive.
 
Pour en savoir plus ou voir d’autres clichés :
 
- http://www.bijouxregionaux.fr
- www.musee-de-normandie.caen.fr
 
Sources pour cet article :
 
- Bijoux des régions de France, Claudette Joannis, Flammarion
- Les bijoux normands, connaître Rouen, III, Marguerite Bruneau

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