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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Croix jeannette

Bijoux régionaux
Photo de Baecque et Associés, commissaires priseurs
C’est LA croix populaire par excellence !
 
Dans la grande famille des croix régionales, la "Jeannette" est la plus courante et la plus facilement reconnaissable.
Il s’agit d’une croix dans sa plus pure expression, relativement modeste car de forme latine très simple.
 
Les bras sont laissés simplement plats, sans motifs. Certaines ont des bras travaillés : pointes de diamant, rudenture, coups de pouce. L’extrémité est de chaque bras est terminée par une petite boule ronde ou ovalisée et parfois d’un minuscule téton final. Le tout est précédé d’un décor oblong, souvent en forme de C retravaillé. Parfois, il s’agit d’une demie volute, d’un décor en forme de cœur ou de pointe ou encore de "V" lorsque les lignes sont plus droites.
 
En son centre, à la croisée des bras, il se trouve un motif dans un carré, un losange ou un rond. Les bords de ce point central sont dentelés pour donner un effet « rayonnant » au centre de la croix, qui est le point focal.
Ce même centre peut être émaillé, dans certaines régions comme en Alsace, en Haute-Savoie, dans le Pays Basque et parfois il faut y lire une sorte de petit rébus : une pensée pour vous (la fleur et l'affection). Vous le trouverez facilement en Normandie, accompagné d'entrelacs fleuris.
Au centre, vous pourrez voir une fleur (qui ressemble parfois à un soleil rayonnant), une colombe, un "M" barré d’une croix (monogramme marial), un sacré coeur, un losange, ... Un extrait ci-après les détaille mieux. Quelques ci-dessous photos apportent d’autres motifs au répertoire.
La seule particularité qu’on pourrait trouver à cette croix, c’est qu’elle est toujours recto verso, avec le motif central différent sur l'autre côté.
 
Pour la bélière, la croix s’élargie en son sommet en forme de fleur de lys, avec un trou central. Sur les croix jeannette anciennes, la fleur de lys est toujours épaisse en haut, de manière à ne pas céder ou créer de fragilité au niveau de la bélière.
La bélière est généralement large, car la Jeannette se portait sur un ruban de velours noir, plus rarement sur une chaine. C’est sur la fleur de lys sommitale que l’orfèvre insculptait le ou les poinçons.
Un coulant en forme de cœur vient compléter ce simple bijou populaire. Je mettrai des photos du coulant, mais je vais y consacrer un autre article, un pour lui tout seul !
 
Voici un extrait fort intéressant qui complètera le blabla qui je viens de faire :
«  A l’étude d’une vingtaine de croix Jeannette de provenance diverses, (…) a permis d’identifier vingt-huit motifs différents à l’intersection des bras de la croix, parmi lesquels la colombe et la fleur (tulipe, rose et pensée), que l’on trouve sur d’autres bijoux.
La croix Jeannette est simple. Dès qu’elle est complexe, il ne s’agit plus d’une croix Jeannette mais d’une variante locale et change presque automatiquement de nom.
« Un coulant complète la croix, son rôle est double : garder la croix en position droite et la mettre en valeur. Aussi est-il toujours à la dimension de la croix, retenu à un ou deux centimètres au-dessus sur un ruban de velours. Il adopte généralement la forme d’un cœur bombé – Cœur d’Amour ou Cœur d’Amitié -  quand il accompagne la Jeannette. Garni de fleurs ou d’initiales, le cœur est le symbole amoureux joint à celui de la croix. L’association de ces deux bijoux est courante en de nombreuses provinces. »
Extraits p 40 et 42 pour le coulant, « Bijoux des régions de France », Claudette Joannis, Flammarion, 1992
 
Ce type de croix existe depuis le XVIIIème siècle.
La croix « jeannette » est la seule à être présente dans toutes les campagnes des régions de France : Savoie, Bretagne, Normandie, Lorraine, Alsace, Provence...
Mais attention, on donne abusivement le nom de « jeannette » à une multitude de petites croix sans caractéristiques proches de la jeannette. Cependant, il faut souligner que la croix jeannette est la base de très nombreuses variantes régionales comme la croix "Grille" de Chambéry ou la croix « écotée » du Limousin.
 
Vous pourrez lire dans de nombreux écrits, que les jeunes filles de ferme qui se louaient pour l'année, achetaient ce petit bijou avec leurs premiers gages, le jour de la Saint Jean : d’où son nom de "jeannette "!
 
Ce bijou, symbole de Foi, est aussi une marque du passage de l’enfance à la vie active et à celui d’adulte.
 
Ces croix étaient souvent produites en série dans de grands ateliers, notamment à Paris. 
Elles furent créées en or, en argent, en vermeil et en pomponne. Le coulant qui l’accompagne est dans le même métal : il est toujours assorti à la croix qu'il surmonte.
 
Les croix jeannette succéderont, dans la seconde moitié du XIXème siècle, aux modèles de croix régionaux plus caractéristiques et plus typées, surtout plus prisées des paysannes.
 
La croix Jeannette est extrêmement courante et se trouve relativement facilement, tant sur les vide-greniers, qu'en ventes aux enchères que sur Internet. Mais  comme il y a un regain d’intérêt pour le régionalisme, le prix n’est pas toujours abordable, ni en corrélation avec le marché, qui est en constante évolution.
 
A noter : les croix Jeannette dépassant les 10 cm de hauteur sont exceptionnelles.

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