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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Cuillère à absinthe

Objets du vin et de l'alcool
Préparer une bonne absinthe
Qui dit cuillère à absinthe, dit absinthe…
Cette boisson alcoolisée est née en Suisse au XVIIIème siècle et fut mise au point par une rebouteuse, Henriette Henriod, qui s’en servait comme potion médicinale.
Lorsqu’elle arrive en France, en tant que spiritueux, elle est produite par Pernod Fils, à Pontarlier, dans le Doubs.
L’absinthe est obtenue par macération dans l'alcool d'une variété d'armoise, l'Artemisia Absinthium (dite grande absinthe), additionnée d’autres plantes aromatiques telles que l'anis, le fenouil, la mélisse ou l'hysope. Cette décoction est alors distillée.
L’absinthe est interdite en France depuis 1914.
Elle contient en effet de la thuyone, molécule qui, au XIXème siècle avait été décrétée hautement toxique pour le système nerveux humain. Il se disait alors que l’absinthe rendait les gens fous, aveugles, tuberculeux, criminels (certainement par une trop forte alcoolisation !) et provoquait de graves intoxications.
Aujourd’hui, la preuve scientifique a été faite que la thuyone présente dans l’absinthe est présente en quantité si infime qu’elle ne peut pas porter atteinte à la santé.
Au XIXème siècle, la consommation d’absinthe est très en vogue et l’alcoolisme aussi.
Elle devient la muse des poètes et des artistes, surtout ceux de Montmartre, mais aussi la perte de nombreux consommateurs, attirés par un rituel ludique et un prix très abordable.
Pas de bistrots sans absinthe : c’est un engouement sans précédent pour celle qui est alors appelée la « Fée Verte ».  
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L’absinthe se boit sucrée et délayée.
 
La teneur en alcool de l’absinthe est de 68 ou 72° et elle est vendue non sucrée. Elle est donc sucrée au moment de sa dégustation pour l’enrichir en saveur. Or le sucre ne se dissout pas dans un alcool fort, uniquement dans l’eau, d’où l’intérêt de la cuillère, support du sucre qui reçoit l’eau. C’est donc inutile de plonger le sucre dans le verre. 
En outre, ajouter de l’eau fraîche tout doucement permet de laisser le temps à l’absinthe de libérer ses arômes. 
Après avoir rempli la réserve du verre d’absinthe, la cuillère ajourée était posée à cheval sur les bords du verre. Un sucre était déposé sur la pelle ajourée. Il fallait alors verser l’eau sur le sucre, très lentement. Celui-ci fondait à travers les trous de la cuillère et venait délicatement sucrer le mélange. 
Ce mélange eau-sucre voit le jour dès 1850. La cuillères à absinthe ne fut créée que vers 1870 et son usage se généralise en 1889, date à laquelle, une cuillère en forme de Tour Eiffel fut spécialement réalisée pour commémorer sa construction, cuillère aujourd’hui très recherchée.
(Informations issue de : http://www.musee-absinthe.com/articles.htm)
Il s’est crée un véritable rituel autour de cet alcool et de nombreux objets liés à sa consommation ont vu le jour, comme le verre à absinthe, les grilles, les brouilleurs, les fontaines et bien sûr les cuillères.
C’est justement sur cet objet que nous allons nous arrêter.
Il existe à peu près 400 cuillères, qui sont répertoriées en 26 familles selon le décor de la pelle. 
Il existe de nombreuses sortes de cuillères à absinthe mais les cuillères usuelles sont légion. On les appelle communément « cuillères à absinthe » mais aussi parfois « pelle ». Elles se présentent sous la forme d’une cuillère avec un cuilleron en forme de pelle repercé de motifs, munies très souvent de petits côtés, droits ou arrondis et de petits ergots, relevés droits ou plats, à la base du manche, qui servaient à retenir le sucre. Les beaux modèles d'orfèvrerie sont, quant à eux, rarissimes. 
Pour information, une cuillère type pelle mesure généralement 16 cm de long.
Il existe 3 types de cuillères : 
Les pelles : cuillères les plus courantes, elles tirent leur nom de leur forme.
Les cuillères où l'on place le sucre au milieu du manche
les grilles: cuillères rondes dotées de trois griffes à apposer sur les bords du verre.
Marie-Claude Delahaye, collectionneuse et propriétaire du Musée de l’Absinthe à Auvers sur Oise, a établi une classification des cuillères selon leur décor. Elle fait aujourd’hui référence pour les collectionneurs.
Publiée pour la première fois en 1983, dans le livre « L’absinthe,  Histoire de la Fée Verte », paru aux éditions Berger Levrault et complétée dans le livre « L’absinthe, les cuillères » paru en 2001 aux éditions du Musée de l’Absinthe.
Les cuillères sont regroupées comme suit, en fonction de leur décor situé sur la pelle : 
 
–les carrés
–les croix
–la croix suisse 
–les cuillères
–les épis
–les étoiles
–la feuille d’absinthe
–les feuilles
–les flèches
–les fleurs
–les gouttes
–les grillagées
–les grilles
–les longues
–les losanges
–les losanges étirés
–les losanges incurvés
–les ouvragées
–les pipes
–les semis d’étoile et de trèfles
–les Tours Eiffel
–les trèfles
–les trous
–les vitraux
–les publicitaires
–les récentes (dont publicitaires)
 
Sachez aussi, que les décors des manches peuvent apporter une plus value à la cuillère. Le blason d’un régiment, des initiales, des armoiries, la marque d’un hôtel, la marque ou le logo d’un fabricant d’absinthe, un décor typiquement Art Nouveau, Art Déco ou un joli travail en ajouré, sont autant de points positifs qui font la rareté d’une cuillère.
Dans la famille des cuillères, il faut, outre les classiques connues de tous, en faire ressortir de deux types différents. 
Il y a d’abord les grilles.
Ce sont des types de cuillères rondes, perforées ou grillagées. Certains, pourraient, en se méprenant, les prendre pour de petites passoires. Elles se posent sur le rebord du verre comme la cuillère car elles sont munies de « pattes » , généralement au nombre de trois, l’une pouvant être plus grande car servant de manche. 
Ces cuillères sont parmi les plus chères car moins communes.
Et il y a les cuillères longues. 
Elles se présentent comme de grandes cuillères à mazagran mais comporte un second cuilleron repercé à l’avers du manche, situé au milieu de celui-ci. En posant la cuillère sur le cuilleron à l’envers, le montage était stable. Ce second cuilleron est l’endroit précis sur lequel on posait le sucre, au dessus du verre. Il peut prendre diverses formes : étoilé, losange ouvragé, en forme de fleur, polylobé, ovale.
Les cuillères à absinthe ont été faites dans différents matériaux comme l’argent (très très rarement), le métal blanc, le métal argenté, le métal chromé, laiton chromé, l’aluminium ou l’étain.
Dans la constitution d’une collection, le métal importe moins que la rareté de la forme et du décor. 
Certaines cuillères sont aussi rares pour les défauts de fabrication qu’elles portent. 
La provenance de la cuillère est aussi très importante. Si elle a appartenue à une célébrité, un artiste, un poète, elle n’en n’est que plus recherchée. 
Les modèles longs en forme de coquille Saint Jacques sont aussi très prisés.
Les cuillères en forme de fleur sont très prisées. 
Les cuillères publicitaires sont également recherchées : Cior, Berger, Oxygénée Cusenier, Secrestat, Joanne, Lacaux, et Picon sucre.
La cuillère à absinthe est devenue aujourd’hui un objet de collection.
En ce qui concerne les prix, une cuillère très courante vaut quelques euros (de 1 à 10 € en moyenne).
Un modèle plus recherché, représentant une Tour Eiffel par exemple, d’époque, vaut près de 300 €.
Les grilles sont bien plus recherchées. Elles s’arrachent, en fonction de leur rareté, de 50 à près de 1 000 €.
Attention, il existe de nombreux faux, qui peuvent facilement tromper.
Méfiez-vous donc des modèles trop neufs, des prix bas attractifs, des modèles inconnus, des décors excentriques ou trop rares pour être vrais.
Les collectionneurs d’objets liés à l’absinthe sont des artémisophiles et le thème de l’absinthe s’appelle l’arthémisiana Il regroupe tout ce que se fait sur le sujet : objets publicitaires, cuillères, verres, tous types de documents comme les photos ou les affiches, les sucriers, les pots à cuillères, les fontaines, ….
Je remercie vivement Madame Marie-Claude Delahaye pour le temps qu’elle m’a accordé et pour les précisions qu’elle a apportées à cet article.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
L'ABSINTHE : Son histoire 
Auteur : M.-C. Delahaye 
335 pages 
Editeur : Musée de l'absinthe (1 octobre 2001) 
Collection : Artemisia 
ISBN-10: 2951531621 
ISBN-13: 978-2951531628 
 
L'ABSINTHE, Les cuillères
Auteur : M.-C. Delahaye 
Volume n°2 de la collection Artemisia
Sortie : mai 2001 
320 pages, 
15 x 21 cm.
700 photos, noir et blanc dont 376 cuillères représentées à 75% de leur taille réelle. 
ISBN 2-9515316-1-3
Prix de vente public : 38 euros 
 
Musée de l'Absinthe
44 rue Callé
95430 Auvers-sur-Oise
Tel/fax : 01 30 36 83 26
 http://www.museeabsinthe.com/

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