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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Cuvier à lessive

Objets pour les dames
La lessive dans le Berry
Autrement nommé : « cuve à lessive », « garde-lessive », « brigadier à lessive » « bujadier » ou « bugadier » ou encore le « bougadou » dans le Sud-Ouest, (toujours en  terre cuite), mais encore « ponne » dans le Poitou, en Charente, en Dordogne et dans la Creuse, « cuvière » dans le Puy-de-Dôme… et si vous connaissez d’autres noms, je suis intéressée !
« Il s’agit d’un récipient circulaire, en bois ou en poterie non glaçurée, souvent enfumée, de grandes dimensions (de 70 cm à 1,30 m de diamètre), dans lequel on lavait le linge disposé en couches superposées avec des cendres, en versant régulièrement de l’eau bouillante qui s’écoulait par le trou situé à la partie inférieure de la cuve ». 
Extrait issu de : « Objets civils et domestiques », C.Arminjon et N.Blondel, p.368 (Une bible indispensable pour ceux qui souhaitent découvrir ou mieux connaître l’Art Populaire).
Lorsque que le cuvier à lessive est en terre cuite, il mesure environ 80 centimètres de diamètre. Il a été beaucoup utilisé au XIXème siècle dans le Puy-de-Dôme, dans le Limousin, les Charentes et il fut abondamment fabriqué à Peschadoires et Bort-l’Etang dans le Puy-de-Dôme et dans la région de Montmarault dans l’Allier. 
Cette grande cuve était munie de deux poignées latérales et d’une goulette d’écoulement de trois à quatre centimètres de diamètre située à sa base, toutes deux en terre cuite. 
Cet orifice s'appellait la « picherotte » en Charente, c'est-à-dire que l'eau « pissait » par là.
Elle prenait le nom de « goulotte » ou « coulotte » dans le Morvan ou la « trute ». 
Le trou devait être mi-clos durant la une partie du processus de la lessive et pour cela, les femmes employaient divers matériaux : un fagot de paille de seigle (appelé « glui ») plié en deux et maintenu à l'intérieur du cuvier par un petit bâton ou une mâchoire de porc, un simple bouchon (un « tapon ») en bois étanché par du tissu, un petit fagot de bouleau ou de sarments de vigne. Dans le sud du Morvan, en Charolais et Bourbonnais, le fagot destiné à maintenir un écart entre le linge et la « coulotte » était quelquefois remplacé par une mâchoire de porc.
Cela permettait de faciliter l'écoulement des eaux de lessives. 
Le cuvier était installé sur un trépied en bois, pour être à bonne hauteur, lorsque l’on est debout devant et de façon à pouvoir en soutirer de l’eau facilement.
Au-dessous du celui-ci, sous la « goulotte », était placé une cuve ou baquet plus petit pour recevoir les eaux.  
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La « ponne » poitevine était installée à côté d'une cheminée dans une dépendance de la maison. Elle pouvait aussi être en pierre taillée et dans ce cas précis, très souvent, elle était emmurée.
Elle servait à faire, deux fois par an, la lessive que l'on appelle en patois local la « bugeaille » ou « bujhaille », comprenez la « grande lessive ».
Les femmes y lavaient le linge avec de la cendre puis le parfumaient avec des racines d'iris, séchées au soleil ou au four.
Notez qu’elles ont aussi servi à recueillir l’eau de pluie.
Nombre de ces cuviers sont aujourd’hui devenus de ravissants pots à fleurs…
Pour ceux faits en bois, ils étaient réalisés et achetés chez le tonnelier. C’est une cuve, qui peut être plus grande que celle en terre, (jusqu’à 1.50m de diamètre), constituée de lattes de bois cerclées de fer.
Plutôt que de faire ma « parlantina », je vais laisser la place à ceux qui en parle le mieux !
A noter : les traditions locales sont souvent identiques, avec cependant des expressions et des usages légèrement différents : ici on « coule la lessive », là on « roule la lessive », etc.…
 
LA BUJHAILLE dans le POITOU 
 
Les lignes suivantes sont en totalité extraites du site : 
http://patrimoine-lacreche.pagesperso-orange.fr/patrimoi/document/bujhaill.html
Que les auteurs en soient vivement remerciés !
 
Linge et lavage
 
Traditionnellement, et sauf cas de force majeure, la « laverie » (comprenez le lavage) s’effectuait toujours le lundi. On ne lavait jamais plusieurs fois dans la semaine, sauf si l’on avait un bébé ou un vieillard incontinent, car les couches-culottes jetables n’existaient pas !
Celles qui habitaient loin d’un lavoir ou d’une rivière, lavaient chez elles, dehors l’été, et l’hiver, dans le fournil ou même dans un coin de la salle commune, dans une « bassiotte » ( ou « baille ») installée sur un trépied.
On « essaimait » le linge blanc, ce qui veut dire qu’on le lavait, on le rinçait grossièrement, mais on ne le mettait pas à bouillir. Après séchage, on le montait au grenier, « à la perche » : on le plaçait sur une perche suspendue horizontalement aux poutres avec des fils de fer, afin que les rats et les souris ne le grignotent pas.
Il s’agissait des draps (changés une fois par mois), des chemises d’hommes et de femmes en toile blanche (changées tous les dimanches matin), des « débarbouillous » (serviettes de toilette), également en toile et changés aussi le dimanche, des serviettes de table et des nappes des jours de fête (le « rigal » = repas de boudins et la ballade), des nappes de tous les jours (on n’avait pas, la semaine, de serviettes de table), des essuie-mains et des torchons que l’on ne changeait que lorsqu’ils étaient trop sales, des sacs blancs servant à contenir la farine, des mouchoirs…
 
Préparation de la bujhaille
 
Aux beaux jours du printemps, l’on pensait à faire « la bujhaille » . Chez les gens plus aisés, qui étaient « bien dans leur linge », comme l’on avait coutume de dire, la « bujhaille » ne se faisait qu’une fois par an. Mais beaucoup faisaient une deuxième bujhaille à l’automne, vers la Saint-Michel, avant les premiers froids.
La femme choisissait une période où elle ne serait pas dans sa « mauvaise semaine » et où le temps paraissait être au sec.
 
La bujhaille
 
Il s’agissait maintenant d’installer tout le linge qui s’était accumulé sur la perche, dans la « ponne » (grand cuveau de pierre), dans le fournil. Ma mère, native de La Fontenelle, a toujours vu, dans sa jeunesse, emprunter, par les gens du village, les ponnes du seigneur de Sainte Néomaye, qui se payait en gardant les cendres pour fumer ses prés.
C’était un art de savoir « assire la bujhaille », de bien placer le linge afin d’en ranger le plus possible (pour les gens, vivant en communauté, plusieurs générations ensemble, le linge d’une année représentait de nombreuses pièces).
Au fond de la ponne, on avait installé des tuiles afin que l’eau puisse s’écouler par la « channe » (trou à la base de la ponne), puis les cendres dans de gros sacs de toile blanche, avec des racines d’iris pour parfumer.
L’on plaçait d’abord le linge le plus gros : les torchons, ensuite les draps, les grosses nappes de tous les jours (autrefois, la toile cirée n’existait pas et l’on mangeait sur une nappe, la « touaille »), les chemises d’hommes et de femmes, en faisant attention que les manches soient repliées vers le centre et ne touchent pas les bords de la ponne, puis le linge fin, les nappes et les serviettes des jours de fête, les serviettes de toilette, les mouchoirs, les taies d’oreillers, puis le « paquet » des voisines. On demandait, en effet, aux voisines d’apporter un peu de linge en attendant que celles-ci fassent à leur tour la bujhaille, ou, si elles l’avaient déjà faite, le linge blanc qui s’était sali depuis. Cela faisait partie des petits services que l’on se rendait entre voisins. C’est pourquoi aussi le linge de chacun était marqué de ses initiales au coton rouge, afin de bien le reconnaître.
A chaque rangée, on vidait de l’eau sur le linge afin qu’il soit bien imprégné et bien tassé. Puis on remplissait la « poêlonne » (grande cuve de fonte qui comportait un fourneau et qui était placée devant la ponne, elle-même surélevée sur une maçonnerie de grosses pierres).
Le lendemain matin, on allumait le feu, et, lorsque l’eau bouillait, il s’agissait de « couler la bujhaille », c’est à dire de prendre, avec un « potin » ou « pot à bujhaille », l’eau de la poêlonne et de la verser sur tout le linge, en veillant à arroser toute la surface (le « potin » ou « pot à couler la lessive » était une sorte de pot en métal avec un long manche). Cette eau de cendres, bouillante, ayant traversé toute l’épaisseur du linge, venait s’écouler par la « channe » et retombait dans la poêlonne. Comme elle s’était refroidie, il s’agissait d’entretenir le feu afin que cette eau se réchauffe et reste constamment bouillante. Ce travail durait toute la journée et ne se ralentissait pas le temps du déjeuner.
Toute la nuit, la journée suivante (et la nuit d’après), on laissait « couver » (reposer la bujhaille). Le soir, on recouvrait le cuvier d’une couverture pour maintenir la chaleur et on laissait reposer toute la nuit.
 
Préparation du lavoir
 
Et cette journée-là, l’après-midi, on allait laver le fond du lavoir pour qu’il soit très propre, afin de pouvoir rincer dans une eau claire. Pour cela, on enlevait la pelle qui, à l’extrémité du lavoir, retenait l’eau et, avec un balai, l’on frottait les pierres qui tapissaient le fond. Puis au milieu du lavoir, on installait une grande perche d’un bord à l’autre qui retenait un « balin » (grande toile de très gros chanvre). Ce balin séparait le lavoir en deux et en garnissait le fond, afin que le linge ne se salisse pas. Puis l’on remettait la pelle pour que le lavoir puisse se remplir durant la nuit, avec de l’eau de la fontaine, qui coulait doucement.
 
De la ponne au lavoir
 
Le lendemain, l’on vidait la ponne et on installait tout le linge mouillé dans une charrette, dont le fond était garni de couvertures et de vieux draps, et l’on s’en allait « laver la bujhaille » (rincer).
S’il était resté quelques taches, on les savonnait dans la deuxième partie du lavoir, la plus près de la pelle. A grands coups de battoirs, les femmes faisaient sortir le savon du linge, puis elles rinçaient dans la première partie, appelée « petit lavoir », près de la fontaine, là où l’eau est très claire.
Rincer les draps était encombrant. Aussi, une des femmes prenait un bout du drap et, de l’autre côté du lavoir, une deuxième femme attrapait l’autre bout, et elles secouaient ce drap dans l’eau en le faisant « péter » (claquer) plusieurs fois.
Cela durait une bonne partie de la journée, et l’on avait beau avoir un coussin de plumes dans son « jhenaillun » (garde-genoux), le soir, les jambes étaient bien courbaturées. S’il faisait beau, c’était encore un agrément ! Mais s’il se mettait à pleuvoir, il fallait travailler sous les parapluies (des bandes de cuir étaient clouées exprès le long du garde-genoux), car notre lavoir n’était pas couvert et l’eau coulait sur les reins !
Lorsque chaque pièce était rincée, on la tordait, les nappes et les draps à deux, et, s’il faisait très beau, on avait parfois le temps d’étendre sur des haies ou sur l’herbe du pré voisin, l’herbe ayant un pouvoir blanchissant.
 
La « bujhaille » était alors terminée et on se donnait rendez-vous dans six mois !
 
Plus tard, les lessiveuses en tôle galvanisée firent leur apparition. On y faisait bouillir la lessive avec des cristaux de soude ou de la saponite.
On présenta à la Foire de Paris de 1920, la première machine à laver à moteur électrique.
Et comme rien ne se perd, tout se transforme…
L'eau utilisée pour le blanc (appelée le « léchu »), était récupérée pour la couleur.
Encore dotée de puissantes propriétés détersives, elle était aussi utilisée pour le nettoyage des ustensiles très sales et pour laver le dallage des habitations.
 
INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES 
 
LA LESSIVE - LA COULEE - LE CUVIER - LES BAQUETS 
Par Jean DROUILLET 
Membre de l'Académie des Provinces Françaises
 
LAI BUE 
Collectage de Lai Pouèlé 
paru dans "L'ALMANACH DU MORVAN" de 1977 
 
La vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine 
Henri Vincenot 
pages 240 et 241
 
Sites à visiter pour connaître d’autres pratiques autour de la lessive : 
- http://lemorvandiaupat.free.fr/lessive.html
- http://www.memoiresvivantes.org/bulletin/bulletin18_labue-lessive_2006.pdf
- http://www.lesamisduterroir-sevrier.com/la_lessive_au_cuvier_1226.htm
- http://www.la-giettaz-patrimoine.org/article16.html
- http://vezy.sud-gresivaudan.org/SIT_MINI_CODEENTREE/SIT_MINI_URL/7245-la-buye.htm (pour tout voir et en photos, s’il vous plait !)

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