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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Epingle de Pardon

Bijoux régionaux
Pardon de Saint-Yves, Bretagne
L’épingle est un bijou traditionnel breton.
De tout temps et ceci de manière générale, l’épingle a eu une place importante dans la vie de la bretonne.
 
Mais, vous me direz, c’est simplement une épingle ! Oui, mais vous allez voir que ce bijou est intimement lié aux croyances locales et à la vie sociale.
Les bretonnes avaient l’habitude de jeter des épingles dans les nombreuses fontaines des sources naturelles de leur pays. 
L’eau de certaines d’entre elles possèderait des vertus miraculeuses : à Edern, l’eau rend féconde, à condition d’y jeter 3 épingles, qui ne doivent pas couler !
Au Faouët, la fontaine Sainte Barbe reçoit les épingles des jeunes filles qui veulent se marier dans l’année. C’est le même cérémonial pour la Fontaine de Barenton ou de Saint Vio, elles favorisent les mariages, mais si l’épingle coule, c’est de mauvais présage.
Près de Perros-Guirec, se trouve la statue de Saint Kireg, dans le corps de laquelle les jeunes filles venaient planter une épingle. Si elle tenait, un mariage prochain serait à envisager.
Les bretonnes jetaient aussi leurs épingles pour obtenir une guérison rapide ou pour être heureuse en ménage, d’ailleurs, la mariée bretonne distribuait celles qui attachaient sa couronne nuptiale en guise de porte bonheur.
 
Bref, aujourd’hui, nous jetons des pièces dans les fontaines pour que nos rêves se réalisent, les bretonnes, elles, se servaient de leurs épingles.
L’épingle qui nous intéresse dans cet article est l’épingle de Pardon.
Appelée en breton ar Spilhenn Pardon ou bien Spilh (au singulier) et Spilhoù ou spilhennoù (au pluriel), l’épingle de Pardon porte aussi les noms d’épingle d’assemblée (traduction de spilhenn bodadeg) ou de Sainte Catherine.
 
Cette épingle est typique de la région de la Cornouaille et plus spécifiquement de la partie méridionale de la Cornouaille, entendue au sens de l'Ancien régime : c'est à dire l'Evêché de Cornouaille siégeant à Quimper. (Je remercie Mme Maguet pour ces précieuses informations !) 
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L’épingle de Pardon était achetée aux marchands ambulants lors des Pardons bretons, c’est à dire des pèlerinages locaux, mais aussi lors d’autres rassemblements non religieux, ce qui explique qu’elle porte aussi le nom d’ « épingle d’assemblée ».
 
Une épingle de Pardon mesure entre 10 et 12 cm. 
 
Elle est munie d’une tige qui permet de la fixer sur le costume régional, un peu comme une broche.
Elle a une tête qui est composée d’une grosse perle en verre soufflé, agrémentée de garnitures métalliques au sommet et à la base de la tige. Ces éléments métalliques pouvaient être en argent ou en cuivre laissés au naturel, mais tout aussi bien dorés qu’argentés.
Sous la tête, pendent des « pendeloques ».Les pendeloques sont composées de petites breloques suspendues les unes aux autres par des chaînettes. Elles sont agrémentées de perles en verre, mais il n’est pas rare de trouver de vraies perles naturelles.
Elles sont elles-mêmes enjolivées de garnitures métalliques et de breloques en forme de croissants de lune, d’étoiles, de piécettes, de gouttes ajourées de divers motifs, de chatons qui ressemblent à des grelots, des croix, des motifs floraux ou feuillagés, de rosaces ouvragées, de cœurs, …
Il y a au maximum trois pendeloques et au minimum une seule. 
 
Vous trouvez, vous aussi, que les décors des pendeloques ne font pas très bretons ? Les motifs représentés ne sont pas ceux du répertoire décoratif breton, c’est un fait.
Les breloques sont nettement d’inspiration étrangère et plus particulièrement du Maghreb, partie du monde très à la mode au début du XIXème siècle et dont on a pu importer des épingles (une épingle conservée au Musée de Quimper possède des caractères arabes sur ses pendeloques).
 
Ces épingles ont été vendues jusqu’au début du XXème siècle à l’issu des Pardons et jusqu’en 1950 aux touristes pouvaient en acheter dans les magasins de souvenirs. Seules les épingles vendues en magasin après les années 20 étaient présentées dans de petites boites en carton.
Malgré leur caractère régional, elles étaient fabriquées à Paris ou en Bohême peut être en Afrique du Nord mais rien ne l’atteste, en tous cas pas en Bretagne. 
 
Les couleurs de l’épingle étaient bien sûr assorties aux couleurs du costume.
Elles étaient fixées juste au dessus du nœud de la ceinture qui compose le costume traditionnel. Elles étaient aussi portées par les femmes lors des mariages qui les portaient lors sur le revers de la veste.
L’épingle est, au delà de l’aspect esthétique qu’elle revêt, un porte-bonheur dans toute la Bretagne. 
En ce qui concerne le rite matrimonial, l’épingle joue en rôle très important, puisque c’est grâce à elle que le breton de Cornouaille déclare sa flamme !
 
Après la messe de Pardon, le jeune homme l’achetait auprès d’un marchand ambulant.
Muni de son cadeau, il se présentait devant la jeune femme qu’il courtisait et l’offrait à l’élue de leur cœur.
Si celle-ci la portait le dimanche suivant, c’est qu’elle acceptait la demande formulée.
Elle était donc prête à se fiancer.
Il semblerait que le jour de son mariage, le futur marié offrait une seconde épingle à sa belle.
Mais si la jeune femme n’acceptait pas la demande, elle conservait l’épingle et la portait sur son costume, en guise de « trophée de courtisée ».
Portée à droite, l’épingle signifiait que la jeune femme n’était pas encore fiancée et à gauche qu’elle avait été demandée en mariage.
Il se pourrait que le nombre de pendeloques soit en relation avec l’aisance financière du galant, mais aucun écrit ancien ne l’atteste.
 
La fragilité des perles suppose que beaucoup d’épingles se soient cassées. Cela en fait un objet plutôt rare et recherché, par nos amis bretons bien sûr !
 
Je remercie Jean-Louis Guégaden, propriétaire du site  Karten Bost Coz Giz Bigoudenn pour son aimable autorisation à reprendre  certaines informations directement issues de son site .
Il y présente des cartes postales anciennes et certaines présentent un grand intérêt en ce qui concerne le costume traditionnel bigouden.
Vous y trouverez en outre de très nombreuses photos de cartes postales anciennes qui vous donneront une excellente idée de la vie bretonne d’antan.
Une visite s’impose donc.
Vous trouverez de très nombreuses informations sur l’épingle du Pardon : 
http://kbcb.pagesperso-orange.fr/kbcgizbigoudenn/epingledepardon/index.html

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