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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Fève

Croyances et coutumes
Cuamophiles, fabophiles, cet article est pour vous !
Ces ravissants petits sujets de porcelaine ont su séduire et ravir plus d’un amateur, aussi bien les grands que les plus jeunes d’entre nous ! Et d’ailleurs, qui n’a pas collectionné les fèves?
Ces petits trésors tant convoités et qui l’on n’a le plaisir de découvrir dans sa part de galette que sur la très courte période de l’Epiphanie, méritent que l’on connaisse un peu mieux leur histoire.  Outre la grande richesse décorative permise par l’infinie variété des sujets aujourd’hui proposés, c’est la symbolique et l’histoire qui méritent d’être racontées.
 
L’étude de la symbolique des fèves est indissociable de celle de la tradition elle-même. Tout prend racine et est liée dès l’origine à la fête de l’Epiphanie, toujours aussi vivace aujourd’hui. Mais il faut  souligner que cette fête était autrefois très importante et se positionnait, en termes d’éminence, juste après celle de Pâques !
L'Épiphanie est une fête chrétienne qui célèbre la venue du Messie, incarné dans le monde, pour le sauver et recevant visite et hommage des rois mages. Elle a lieu exclusivement le 6 janvier mais dure aujourd’hui jusqu’à la fin du mois de janvier, pour ce qui concerne la vente des galettes...
La fête s'appelle aussi « Théophanie », qui signifie également « manifestation de Dieu ».
Ce jour-là et normalement, uniquement ce jour-là, on partage une galette dite « des rois », qui est une tourte feuilletée contenant de la frangipane et surtout une fève qui rendrait « roi » quiconque la trouverait dans sa part de galette.
 
Directement inspirées des cultes et des traditions les plus anciennes, les fèves les plus chargées de croyances, d’histoire et de symbolique, correspondent à trois types de fèves, parmi les plus rares aujourd’hui : la fève-légume, le soleil et le bonnet phrygien, eux-mêmes représentés par le haricot, la lune et la couronne, ainsi que leurs dérivés. Une petite étude de ces trois sujets « de base », nous apprend en effet beaucoup sur l’origine et le sens de la fête.
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La fève légume est la toute première fève. Le petit sujet est alors en biscuit émaillé, tout comme ses dérivés tels les petits haricots avec une tête de bébé, qui est celle de l’Enfant Jésus et dont la taille peut atteindre près de 6 cm !
Cette fève est le symbole de la fécondité. Les Egyptiens la cultivaient déjà et les Grecs l’utilisaient pour l’élection des magistrats. Chez les Romains, au cours de la fête célébrant Saturne, Dieu des céréales et des moissons, on tirait déjà au sort un « Roi du festin », en votant avec des fèves.
Dès le IVème siècle, l’Eglise chrétienne a célébré la fête de l’Epiphanie et c’est au XIIème siècle que l’on introduisit pour la première fois une fève légume dans un gâteau (ou un pain), afin d’élire le roi de la fête, en réminiscence  des coutumes de l’Antiquité. Il fallut cependant attendre 1875 pour voir apparaitre les premières fèves de porcelaine venant de Saxe : fèves légumes, haricots et bébés emmaillotés figurant l’Enfant Jésus, modèle absolument identique à sa représentation dans certaines nativités (celle du tympan de la basilique de Vézelay, datant du XIIème siècle, est frappante).
 
Le second type de fève symbolique est le soleil. La seule fève connue le représentant est d’origine allemande. On le connait mieux sous ses dérivés : lune aux expressions variées, croissants de lune et bien entendu la galette dont la forme évoque celle de l’astre.
Le soleil est une fève capitale au niveau de la symbolique. L’astre solaire fait l’objet d’un culte divin chez les Egyptiens avec Osiris, chez les Perses à travers Mithra et chez les Grecs avec leur dieu Hélios. Dans la Grèce Antique, on fêtait l’Epiphanie, qui est l’apparition du Dieu solaire, au cours de fêtes durant lesquelles l’on mangeait des gâteaux rituels, ronds comme des soleils, au moment de leur solstice d’hiver qui se fait le 6 janvier. Très habilement, la date du 6 janvier fut reprise par l’Eglise pour marquer la commémoration de la nativité afin de combattre la coutume païenne de l’adoration du soleil. Or, dès le IVème siècle, la Nativité fut fixée au 25 décembre, et le 6 janvier ne rappela plus en Occident que l’adoration des mages. La représentation du soleil, des lunes et des galettes, en fèves, est donc l’expression de ces fêtes primitives.
 
Le troisième sujet d’étude est le bonnet phrygien.
C’est également une fève très rare, à la symbolique vraiment riche. Son aspect n’est pas des plus séduisants : il s’agit d’un petit bonnet blanc, sans trace de polychromie. Contrairement à certaines affirmations, il ne date pas du XVIIIème siècle, puisque les premières fèves ont vu le jour vers 1875. Le petit bonnet a certainement été créé pour se souvenir de la fête des Sans Culottes, au cours de laquelle on le portait tout en partageant le « gâteau de l’Egalité ». Mais, nul ne le sait vraiment, il s’agit là d’une supposition.
On peut cependant trouver une source plus lointaine.
En effet, les « rois mages » venus adorer l’Enfant Jésus, furent d’abord représentés coiffés de bonnet phrygien. Ils n’étaient, semble-t-il, pas rois mais plus exactement des savants et des prêtres d’une ancienne religion perse. Les mages passaient leurs nuits dans les montagnes afin d’y observer les astres. Ils se sont laissés guider par l’étoile et après un long voyage arrivèrent auprès de l’Enfant Jésus. Leur venue annonce la naissance du Sauveur et trace sa destinée.
Il fallut attendre le Xème siècle pour les voir représentés coiffés de « la couronne des rois ». Il est aisé de comprendre que les artistes, alors soumis au pouvoir de leurs souverains, leur donnaient par là-même une « assise divine » et une image renforcée, en leur faisant porter une couronne.
Les fèves évoquent bien sûr la royauté réelle, celle céleste du Messie et celle du roi du jour. On peut aussi trouver de nombreuses représentations de cette symbolique avec les couronnes jaunes, les rois et reines polychromes, les médaillons de souverains et les personnages de cours et par extension les petits soldats des royaumes et des nations du monde (Boer, russe, japonais, sudiste, et même le pioupiou de 1914).
 
Ces trois fèves « fondatrices » sont fondamentales dans l’histoire de la galette.
 
Après la 1ère Guerre Mondiale, la ville de Limoges va prendre le relais de la production allemande et ce, jusqu'à l'arrivée de la fève en plastique, qui remplaça quasi complètement les fèves en porcelaine. Et en 1988, Limoges Castel, principal spécialiste de la fabrication des fèves cesse définitivement sa production. Et finalement, quelques porcelainiers vont se mettre à créer de nouveaux sujets, offrant ainsi un vaste choix mêlant le publicitaire, l’historique, la nature, les personnages de BD, …
La créativité, aidée par les évènements du monde, n’a eu de cesse de produire de nouvelles fèves : la poignée de main pour l’entente cordiale de 1904, le pingouin lors de la découverte de l’Antarctique en 1919, l’avion au point d’interrogation pour la 1ère liaison aérienne Paris-New-York de 1930 par Coste et Bellonte), …
Il existe aussi une grande variété de sujets symboliques, comme les grigris : le numéro 13, le fer à cheval, le trèfle à 4 feuilles et les animaux porte-bonheur comme le cochon, la tortue, le chat, …
Certains sujets rappellent la chaleur du foyer au cœur de l’hiver : le soufflet, la marmite, la vase fleuri, …
 
Aujourd’hui, les thèmes les plus recherchés sont les baigneurs, les poupées, les sabots, les fèves et les haricots, les rois et les reines, certains animaux pour les plus anciennes. Les collectionneurs débutant auront plaisir à rechercher les thèmes de la musique, les moyens de transport, les personnages, le sport, les porte-bonheur, les animaux, la lune et les astres, les fèves à message, les personnages célèbres, les lieux et monuments du monde, les fèves d’artiste, les objets domestiques, les scénettes animées, …

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