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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Fléau

Outils et instruments des métiers d'autrefois
Cet outil agricole est un instrument composé de deux bâtons de bois, attaché l’un à l’autre, par l’une de leur extrémité, grâce à un lien flexible. L’un des deux est un long manche, plutôt fin, (qui est parfois rencontré cassé, ce qui laisse à penser que cet outil était une arme, mais il n’en était rien…) et l’autre est toujours plus court, plus trapu, parfois plus épais à une extrémité telle une petite massue. C’est précisément cette partie qui était jetée contre les tiges afin de séparer le grain de l’épi.
Le fléau se manie comme un fouet rigide.
 
Le fléau, dont le nom vient du latin « flagellum » qui veut dire « battre », apparaît en Gaule romaine au IVème siècle. Il succède à une perche souple et sert à battre les céréales pour séparer les grains de la paille. Le fléau du IVème siècle est composé de deux bâtons de bois le plus souvent reliés par des lanières de cuir.
Depuis toujours, le fléau est fabriqué avec les mêmes matériaux : bois de chêne vert et pin, corde, métal, cuir, ficelle.
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« Verge, manche, virolet, chape, courgeon et lien s’articulent ensemble pour séparer le grain de l’ivraie. Le fléau d’apparence si rudimentaire et de maniement si simple, est un outil décisif qui clôt la récolte. Dépendent de lui la quantité et la qualité de grain libéré. (…)
 
Suivant les localités, la verge ou batteur, qui est la massue à éclater les épis, atteint des tailles de 50 cm à un mètre. Elle est quelque fois aplatie, plus épaisse et plus large à l’extrémité inférieure qu’à l’extrémité supérieure, d’autre fois, elle est cylindrique, d’une grosseur uniforme. L’extrémité supérieure porte des dents ou des trous qui permettent de fixer solidement la chape. Dans quelques localités, là où les battages se font en plein air, les verges sont en saule ; dans d’autres, où les battages ont lieu en hiver, on les fabrique avec du charme ; en Bretagne, on les compose de plusieurs petites massues de houx tenues par du chanvre tressé et imbibé de goudron. Ces verges possèdent une remarquable élasticité et une grande solidité.
La lanière de cuir qui se ploie et embrasse des deux côtés la partie dentée des batteurs, se nomme « chape ». Elle est souvent maintenue elle-même par une courroie en cuir ou de peau d’anguille, ou bien percée de trous correspondant aux dents des verges, elle est fixée à l’aide d’une lanière appelée « courgeon ».
Le manche, de longueur variable au gré des habitudes de ceux qui se servent du fléau, atteint ordinairement jusqu’à la hauteur de l’aisselle. Il est muni, à sa partie supérieure, du « virolet », dont la forme est différente suivant les régions.
En Anjou, c’est un fragment de nerf de bœuf qui pénètre dans une entaille circulaire et se meut librement autour de manche ; en Normandie, c’est une sorte de petite chape qui peut également tourner sur le manche ; en Bretagne, le virolet est un étui en bois, formé comme la chape, par une lanière repliée sur elle-même et attachée, à sa base, par une simple ficelle. Le « lien », pour sa part, réunit la chape au virolet.
Dans une poussière de paille, le battage s’accomplit sur un rythme à quatre temps que marque, dressée, horizontale, basse ou relevée, la position du fléau. Sur l’aire, au seuil des granges, une cadence d’été fait les reins douloureux, et le vent colporte déjà des odeurs de farine et de pain. (…) »
 
Extrait « le livre de l’outil » de André VELTER – Marie-José LAMOTHE – photographies de Jean MARQUIS, Messidor 1976, Réédition Phébus 2003, chapitre sur le fléau.
 
Que dire de plus ? Il reste encore quelques généralités que voici.
Vous l’avez bien sûr compris, le système qui lie ces deux éléments doit permettre aux deux bâtons d’être mobiles. Ce lien est très souvent en cuir (parfois en nerf animal), il s’agit parfois une charnière métallique ou plus rarement d’une charnière en bois ou encore en corde. Lorsque le système d’accroche est en fer, chaque bâton possède un anneau métallique à son sommet. Soit la charnière est totalement métallique, soit les deux éléments sont alors reliés en eux, avec suffisamment de matière (de la corde par exemple), pour permettre une totale mobilité à la lame.
 
Pour utiliser un fléau, il fallait préalablement étaler les gerbes de blé sur une « aire à battre » (espace plat et  propre servant à recueillir le grain). Les anciens disposaient toujours les épis vers l’intérieur, la tige quant à elles étaient orientées vers l’extérieur. En tapant à l'aide du fléau, le grain est séparé de la paille. Celle-ci est retirée à l'aide d'un râteau,  le grain est nettoyé et trié, soit grâce à un van, une couverture, un crible ou un tamis, ou encore dans une machine spéciale, le tarare, qui lui enlève la balle (enveloppe du grain), le reste de paille et toute impureté. Par la suite, le blé est mis en sacs, il est alors soit stocké dans les greniers, amené à la coopérative agricole ou vendu.
 
Le fléau porte différentes appellations selon les régions : flat ou flau en Bourgogne, flayot en Champagne,  flée dans la Manche (Normandie),  fléo en Pays d’Oc,  fleou en Haute Provence,  Fleyel, fli, flayet ou flayel en Picardie et flot en Provence.
 
Que vaut un fléau aujourd’hui ? RIEN !
Il fait malheureusement parti de ces objets que les gens qualifient de « ruraux » et qui ont été à la mode il y a quelques nombreuses années, tout comme les cuivres, les étains, les pétrins, les maies, et j’en passe et des meilleurs !
Personne n’en veut, car les fléaux ne trouvent plus leur place dans nos habitats, ni même dans nos granges ! Mais cela ne signifie pas qu’il faut les détruire… Gardez-les, vos petits-enfants vous remercierons certainement, car c’est un beau témoignage du passé.

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