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SUBREJOUG



 

Voilà encore un objet traditionnel qui fait parti de notre beau patrimoine mais que peu de personnes connaissent.

Aujourd’hui, faisons connaissance avec le subrejoug.

Il nous vient d’une belle province à l’accent chantant : la région Midi-Pyrénées.

Il s’en trouve de part et d’autre de la Garonne, dans le Gers et le sud toulousain.

 

 

Connu depuis des millénaires, son origine serait celte, mais c’est dans seulement dans cette région de la France qu’il a survécu.

Le subrejoug jouit de plusieurs noms : surjoug, béjouet, suberjouet (et avec une orthographe différente bejoet et suberjoet), clochet de joug, carillon d’attelage, cloquièr ou cloquerot en référence aux clochers des villages qu’ils imitent et enfin cluquet dans certains pays du Gers, mais aucun écrit ne l’atteste.

Le mot bejouet est le diminutif de suberjouet en Occitan. Le mot surjoug est son nom académique et dans le Gers, il n’est connu que sous le nom de subrejoug.
 

 

Comme son nom l’indique, le subrejoug (« sur le joug » littéralement en Occitan) est un objet à la fois décoratif et utilitaire qui se fixe sur le joug des bovins.

Il s’agit d’un objet en bois tourné, de forme ogivale allongée, qui est rehaussé de couleurs vives le plus souvent et parfois orné de sculptures ou de gravures.
 

 

A l’origine de tout, il y a la bobine. Il s’agit d’une pièce de bois tourné qui fait évoluer l’attelage des bœufs aux jougs de nuque de « primitif », avec une simple cheville métallique trop fine qui peut se casser sous la traction des boeufs, à « évolué » avec la bobine qui réparti mieux la traction des bêtes et fait totalement corps avec l’attelage. Le lien, dit tresse, qui s’y accrochait était en cuir ou en racines d’orme.

Comment est né le subrejoug ? C’est certainement l’histoire d’une bobine trop longue qui a donné des envies artistiques à un agriculteur…

Le subrejoug est donc à la fois un objet décoratif et un objet technique agricole.

 

Le subrejoug incite les bœufs à tirer l’attelage avec la tête étirée dans le prolongement de la colonne vertébrale, seul moyen pour que le subrejoug reste droit. Par la mélodie qu’il émet, les clochettes étant toutes différentes et sciemment choisies, il rythme le travail des bêtes et permet aussi d’identifier l’attelage qui est au travail.
 

 

Le subrejoug en tant qu’attribut décoratif fait la fierté de son propriétaire.

Il fait l’objet de toutes les attentions par la finesse du travail, l’originalité de sa forme, les couleurs employées, les gravures ou sculptures qui peuvent aussi l’orner.

Le subrejoug est porté pour les fêtes de la vie : mariage, déménagement, deuil, bénédiction du troupeau, …

Il existe d’ailleurs des subrejougs spécifiques pour les enterrements.

Ils sont pleins, c'est-à-dire sans clochettes. Il arrivait cependant qu’un subrejoug classique soit utilisé, les clochettes étaient  alors bourrées de paille pour les empêcher de sonner, car leur tintement joyeux était perçu comme un outrage au défunt. C’était dans ces cas précis, le premier attelage du convoi qui portait le subrejoug.
 

 

Le subrejoug est un objet à forte emprunte mystique.

Par sa forme sans équivoque, il imite le clocher des églises et en cela c’est un appel à la protection divine.

Les aspects religieux et ésotériques étaient intimement mêlés dans le monde rural. Entre la religion catholique et les croyances populaires, chacun se raccrochait à cette culture entremêlée, tant que cela lui était favorable.

  

Le surjoug sert de porte bonheur, il protège la fertilité, pour les cultures s’il porte un coq au sommet ou pour le foyer s’il se finit par un gland (qui était recouvert d’un mouchoir à la Saint Roch, le 16 août, lors de la bénédiction des attelages, car il s’agit d’un symbole phallique), il favorise des récoltes abondantes, protège le propriétaire, sa famille, son cheptel des mauvais esprits, des maladies, des famines.
 

Certains décors attestent des vertus protectrices données au subrejoug.

La taille du subrejougs varie en fonction de l’importance du bétail : le plus spectaculaire est porté par la plus belle paire de bœufs, menée par le bouvier le plus expérimenté.

Suivent ensuite les vaches qui portent un plus petit subrejoug à deux étages pour et les génisses n’en ont qu’un seul.
 

 

Réalisés par les charrons, le subrejoug est dit monoxyle : il est réalisé dans une seule pièce de bois.

Lorsque la bûche a obtenue sa forme définitive, le charron dégage les ouvertures qui deviendront des fenêtres et évide l’intérieur du clocher. Ce travail demande bien sur beaucoup d’adresse et de savoir faire, c’est pour cela que l’on pense que très peu de subrejougs ont été faits par leur propre utilisateur, même si il n’est pas impossible que certains l’aient fait.

Vous vous demandez certainement comment ils inséraient les clochettes ?

Et bien, un montant de fenêtre par étage était finement scié. Une fois la clochette installée et le travail d’évidage de l’intérieur soigneusement fini, le montant était replacé et les traces de sciage savamment camouflées, si bien qu’elles ne sont pas toujours décelables.

Les fenêtres sont disposées en quinconce d’un étage à l’autre et sont souvent au nombre de 6.
 

 

Les subrejougs sont réalisés dans divers bois locaux mais un prédomine, c’est l’orme. Il en existe en frêne, surtout pour ceux de Savès, en chêne mais ce bois se fendille, en châtaignier, en sorbier, en cerisier, en sycomore, en cormier, en poirier, en noyer et encore plus rarement en buis.
 

 

Il existe deux types de subrejougs qui se distinguent par leur forme et leur décor : ceux du Savès et du Lauragais.

Les subrejougs du Laurageais sont étonnamment tous identiques.

La bobine de la base est longue et fine. Son corps ovoïde est volumineux et les clochettes sont bien apparentes. Les subrejougs de cette région sont hauts : presque 70 cm !

En terme de polychromie, les couleurs employées sont le rouge, le bleu, le jaune, le vert.

Entre chaque fenêtre, la partie de bois est suffisamment importante pour recevoir un décor repercé de cœur ou de triangle.

La partie haute du surjoug est appelée flèche. Elle est composée de 3 étages fortement moulurés : les deux premières sont à créneaux inversés qui pourraient s’imbriquer et qui représenterait un œuf qui éclot. Il s’agit d’un symbole de fécondité universel.

Cette flèche est toujours terminée par une boule qui est invariablement rouge, si ce n’est pas un coq (symbole de fertilité des terres).
 

 

Dans la région du Savès, le subrejoug est plus petit et trappu. Leur taille n’excède pas les 45 à 50 cm.

Il est en forme de fuseau mais de ce côté de la Garonne, les esprits ont été bien plus créatifs : chaque pays a donné naissance à un surjoug reconnaissable.

Il possède 3 étages et son corps est recouvert de lignes sculptées horizontalement de guillochages, de denticules, de chevrons, et à l’origine ils étaient presque tous polychromes.
Les couleurs employées sont les identiques à celles du Lauragais : rouge, vert, bleu, jaune, avec l’ajout de blanc cassé, de violet, du rose, de l’orange, du marron, parfois du noir en prime.

Au niveau de la flèche, on retrouve 4 ou 5 moulures travaillées comme le corps.

La flèche se termine par une poire, un gland, un cône, un champignon et  plus rarement une boule ou d’une flamme, qui est symbole de fécondité.
 

 

En ce qui concerne les gravures rencontrées sur les corps, voici un inventaire succinct et son explicatif.

- L’arbre de vie représenté par une tige parsemée de lignes horizontales fines, comme un végétal, soit l’union du masculin et du féminin qui engendre la vie).

L’épi de blé (très facilement observable sur de nombreux modèles), représente la fertilité de la Terre, la terre nourricière, le terrain fertile, l’idée de bonne récolte.

Le cœur, représente l’amour, la fertilité de la femme, la fécondité, les enfants, la famille, la stabilité, la durabilité.

Le trèfle, représente le succès, l’argent, la réussite, l’intégrité sociale à l’époque, la fortune (chance).

Il existe des motifs sur certains surjougs dont on ne connaît pas l’origine et la signification, et qui restent à ce jour un mystère à résoudre.

(Éléments issus de http://fr.wikipedia.org/wiki/Surjoug).
 

 

Si vous possédez un tel objet, vous êtes assis sur un tas d’or !

Un subrejoug simple vaut près de 1 000 € et une belle pièce de collection près de 3 000 €…
 

 

 

De nombreuses informations nécessaires à la réalisation de cet article sont issues du petit ouvrage « Le Subrejoug », édité par Les Amis du Musée, Centre Musée Européen d’Art Campanaire.



Informations complémentaires


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