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POT DE CHAMBRE



Il porte aussi les délicats noms de « pisse-pot », « pot de commodité », « vase de nuit », ou encore « Jules », « Thomas » ou « Michel », en Allemagne.

Le pot de chambre est un récipient non couvert, en céramique, de forme ovale ou circulaire, servant à recueillir les excréments. Il est muni d’une anse verticale latérale et sa lèvre supérieure forme un large rebord horizontal, plat ou arrondi. Il repose soit sur son fond, soit un pied bas.

Durant de nombreuses décennies, il fut un fidèle compagnon, l’allié précieux des envies pressantes. Il était de tous les voyages, des toutes les sorties et se promenait  même dans les sacs à main des dames !

Le croisé partait avec son pot de chambre en croisades, entre la gourde et la lanterne. Il le plaçait dans la longue valise qui lui servait de sac de couchage et au besoin de cercueil.

Dès le XIXème siècle, il trouva sa place dans la partie basse des chevets, dans un logement émaillé ou en porcelaine, prévu à cet effet. Cette petite cachette dotée d’une porte empêchait la diffusion des odeurs, tout en se nettoyant facilement.

 

Le pot de chambre, du moins la version telle qu’on la rencontre le plus fréquemment aujourd’hui, date du XIème siècle.

Le mot « pot de chambre » daterait, quant à lui, du XVIème siècle.

En réalité, le pot de chambre est une invention millénaire. On a trouvé des vestiges de ces pots à Rome, Byzance et sous Sésostris I (1991-1785 av J.C). Dans de nombreuses tombes égyptiennes, les archéologues ont découvert des pots de chambre (certains étaient même pleins !). On en a aussi trouvé mention sur des graffiti muraux de la ville Pompéi.

 

Autrefois, parler de « la chose » était absolument sans tabou.

Faire un beau caca, c’était être en bonne santé !

La médecine s’est d’ailleurs longuement penchée sur cette odorante substance. L’emploi du clystère pour effectuer des lavements était préconisé dans de nombreuses circonstances et de bons nombres d’affections, parfois sans lien avec les intestins.

Marie de Médicis avait toujours avec elle, son « chevalier porte-coton »,  chargé de la nettoyer après ses petits besoins… Impensable aujourd’hui !

Son fils, Louis XIII recevait en audience sur sa chaise percée. C’est dire le peu de gêne que l’on avait autrefois à ce sujet !

En dessous de son auguste popotin, se trouvait un pot d’aisance, en argent et aux armes de France.*

 

A Versailles, où les commodités n’existaient pas, le « thomas » était aussi précieux que le poudrier. Il Les dames s’évadaient de temps en temps dans les jardins, pour aller « cueillir une rose ».

Les bonnes amies s’offraient des pots de chambre en gage d’amitié.

On les montrait, on les admirait, certains sont de petites œuvres d’art. Ils étaient l’objet de chansons, de peintures, … le pot de chambre n’était pas un objet honteux.

 

Cet objet inspira même un « art » florissant. En effet, il existe des milliers de pots de chambre, qui se promènent encore dans la nature (enfin dans les greniers pour la plupart !).

En argent pour têtes couronnées, en or durant l’Antiquité, puis en grès, en faïence, en terre vernissée, en métal émaillé, en étain contre les odeurs, … tout le monde avait le sien. On trouve de rares modèles en bois et les plus récents sont en plastique, dotés d’un couvercle. Ils ressemblent d’ailleurs à des seaux.

Finalement, la chasse d’eau et la pudibonderie inventées au XIXème siècle ont mis le pot de chambre au rebus.

En France, la population la plus défavorisée s’en sert jusque dans les années 1980, dans les campagnes reculées de France. Et, oui c’est tardif mais dans quelques régions « très paysannes », on allait encore dans la cabane au fond du jardin et donc le matin, on devait aller vider son pot de chambre.

 

Aujourd’hui, le seul usage que l’on donne au pot de chambre est lié au rite du mariage. Il porte chance aux nouveaux mariés, qui, réveillés en pleine nuit par leurs témoins, boivent une soupe épicée versée dans un pot de chambre. Cette tradition date du XIXème siècle et fut bruyamment mise à exécution dans toutes les régions de France.

 

Rares sont les collectionneurs de pot de chambre, le sujet met vite les gens mal à l’aise. En tous cas, ils se nomment « pissadouphiles » (un « pissadou » est un pot de chambre en provençal.

Et pourtant, dans la société chrétienne d’autrefois, qui a jeté les bases de notre société actuelle, le pot de chambre resta un objet apprécié, volontiers légué dans les testaments.

Un collectionneur allemand, avocat, possède une superbe collection de pots de chambre et de bourdaloues*. Il a d’ailleurs ouvert un musée privé pour exposer sa collection.

 

Le marché du pot de chambre est plutôt… constipé !

Seules les pièces exceptionnelles se vendent.

On peut d’ailleurs parler d’une curiosité : les pots de l’armée prussienne, en verre transparents et ornés d’images d’Epinal. Ils datent de la fin du XIXème. Les soldats les utilisaient avec un bruit de pétard, encouragés par les inscriptions revanchardes : « Vive l’artilleur qui tire dans le trou ! ».

 

Les pots courants,  comme ceux avec un œil au fond du pot, font bien rire, mais personne n’en veut.

Les modèles modernes, en forme de fesse, de popotins en sous-vêtements, avec des maximes souvent douteuses, sont juste « incasables » !

De très nombreuses manufactures ont fabriqués des pots de chambre : Gien, Sarreguemines, Digoin, Pexonne, Moulins des Loups, Orchies, Onnaing, … Il y a des tailles « enfant » et des tailles « adulte » et des pots pour la dinette !

Il existe une immense variété de décors proposés et d’ailleurs, certains modèles sont vraiment beaux. L’esthétique du pot a suivi l’évolution des modes et des Arts Décoratifs. Malgré cela, trop souvent, lorsqu’on connait l’usage du pot, cela stop instantanément la vente.

Alors, heureux détenteurs de pots de chambre, il vous reste soit à les transformer en cache-pots ou à attendre que le malaise vis-à-vis de l’objet se dissipe.

 

 

*Les femmes de Versailles portaient avec elles un autre objet, complémentaire du pot de chambre, le « bourdaloue ». C’est un autre article à lire sur le site.

 

Un ouvrage à lire sur le sujet :

« L'Europe des vases de nuit », de Roger-Henri Guerrand, Gollion, Infolio, coll. « Testimonia »,‎ 2007,160 p. (ISBN 9782884747035), prix constaté : 20.00 €




POT DE CHAMBRE "commun"

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

POT DE CHAMBRE

FOND DE POT DE CHAMBRE POUR MARIEE...

PETITE IMAGE HUMORISTIQUE

PETITE IMAGE HUMORISTIQUE

PETITE IMAGE HUMORISTIQUE

POT MOINS COURANT étain Auvergne

POT MOINS COURANT grès de Puisaye

POT MOINS COURANT avec sa garniture complète

POT MOINS COURANT Rouen XVIIIème