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BOUTEILLE-PASSION



Voici un objet de dévotion curieux qui va susciter au moins une question :

Comment faire pour rentrer tous ces objets par le goulot de la bouteille alors que cela semble logiquement impossible???

Allez, courage et patience, il ne vous reste plus qu’à lire cet article et le voile sera levé !

 

Une bouteille-Passion est une bouteille en verre transparent, dont le verre peut être parfois  légèrement bleuté ou verdâtre et qui contient une représentation du Christ en croix dite Passion du Christ ou Calvaire.

 

D’abord un peu d’histoire. « L’année 1752 voit à Vienne la réalisation d’un hôtel religieux avec son Christ en croix, cierges, vases, fleurs et inscriptions liturgiques. C’est la première, à ma connaissance, d’une longue série des bouteilles dites « de la Passion » qui représentent, outre les épisodes de la vie et de la mort du Christ, (nativité, crucifixion, déposition de Croix…) des messes et des mariages.

La première bouteille française - et bretonne - représente un calvaire : le Christ entouré des deux larrons, muni de tous les attributs de la Passion. Elle porte la signature  « F’rs Bazin Fecit,  A St Méloir, ce 7 aoust,  année 1763 » (Frères Bazin, fait à Saint Méloir…).»

(Extrait issu du site : http://www.gerardaubry-botelliste-bateauxenbouteille-marines-portraits.com)

 

La réalisation d’une bouteille-Passion est un long travail de patience et d’adresse.

On les appelle bouteille-Passion, bouteille de la Passion, bouteille à Passion ou encore bouteille-calvaire, calvaire en bouteille et parfois, on les retrouve sous la dénomination partiellement inexacte d’ex-voto.

Une bouteille-Passion ne peut être considérée comme ex-voto que lorsqu’elle prend place dans une église et uniquement dans ce cas.

 

Les objets exposés dans la bouteille sont tous en relation avec la Passion du Christ.

Ainsi vous pourrez y voir : la croix de la Crucifixion, les clous qui ont servis à crucifier Jésus, le marteau, les tenailles, l'éponge avec le vinaigre à boire au bout de la lance, des œillets, des fleurs de lys, la verge de la flagellation et le roseau, sceptre dérisoire de Jésus, Roi des Juifs, les dés car la tunique du Christ fut jouée aux dés, la lance du centurion qui perça le côté du Christ, le glaive de Pierre, la lanterne des gardes de la cour, le sceptre et le fouet lié à la flagellation de Jésus et la colonne à laquelle il était attaché pour ce supplice, la couronne l’épines, la tunique sans couture, le coq qui chanta trois fois lors du reniement de Pierre, l’échelle qui est souvent située au dos de la croix pour la dépendaison de Croix, le phylactère INRI pour « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs », le Sacré Cœur transpercé d'une flèche symbole la Passion du Christ, la tête de mort et les tibias, restes d’Adam, premier homme sur Terre.

Vous pourrez aussi y observer des ajouts personnels comme des médailles religieuses et aussi  des chromos ou des gravures découpés représentant des anges ou de saints personnages comme la Vierge au pied de la Croix ou Saint Jean, des rubans, des fleurs et feuilles naturels et secs ou artificiels.

La personnalisation d’une telle bouteille était possible mais pas ostensible.

Le nombre d’objets dans la bouteille est variable : il peut simplement y avoir la Croix avec l’échelle mais on peut aussi compter jusqu’à 46 pièces, toutes liées à la Passion du Christ.

 

Les objets inclus dans les bouteilles sont en bois, en tissu, en papier ou en carton colorés et/ou dorés, en matières végétales sèches, parfois en fer, en plâtre pour de petites figurines et exceptionnellement enjolivés de perles en verre

Quelques bouteilles sont polychromes quand d’autres possèdent des matériaux laissés bruts.

Les contenants sont majoritairement des bouteilles, des carafes, des flacons et des cruches.

 

Vous voulez savoir comment se confectionne une telle bouteille ?

Voici donc les astuces :

La première opération consiste à créer le support qui recevra la Croix.

Ce support est lui-même en forme de croix qui épouse la forme du fond de la bouteille. Cela permet d’assurer la stabilité de l’édifice à venir.

Vous vous doutez que toutes les pièces sont fabriquées hors de la bouteille mais elles sont assemblées et fixées dans la bouteille.

L’échelle est quant à elle totalement montée à l’extérieur de la bouteille, comme la croix. Le bois qui la compose est choisi pour sa souplesse : il s’agit de bouleau ou de genévrier principalement, mais aussi de noisetier. Après avoir plongée l’échelle dans l’eau bouillante un moment, elle peut se tordre sans se briser. En tenant soigneusement les montants, elle était ainsi glissée par le goulot pour prendre place au dos de la croix. Très rapidement, elle reprend sa forme initiale.

Monsieur Aubry, qui restaure des bouteilles anciennes, ne croyant peu à ce procédé, fait différemment et voici son explication : Une échelle entre dans la bouteille soit d'une pièce en étant de la largeur du goulot, soit, si plus large, elle est montée à l'intérieur chaque échelon emboîté sur un des bras, puis l'autre bras emboîté sur les extrémités libres des échelons, le tout assemblé par tenons et mortaises.

Le plus complexe était de fixer le Christ sur la croix. Ce qui explique que de nombreuses bouteilles ne contiennent pas de Christ. Mais patience et volonté permettent d’arriver à tout !

 

La mise en place des pièces dans la bouteille se fait grâce à de longues aiguilles, des poinçons, de minces pics en bois, des baleines de parapluie, bref tout ce qui est long,  fin et pointu et qui rentre dans le goulot d’une bouteille.

Quelques assemblages sont faits à tenons et mortaises et cela implique une grande habilité du facteur de bouteille. Pour beaucoup, les objets introduits sont soit cloués, soit collés.

 

Vous le remarquerez peut être sur certaines photos ci-dessous, parfois, le bouchon en bois est retenu par un clou ou une petite clavette de bois situé à l’horizontal et qui ressort de chaque coté du bas du goulot. Il permet de maintenir la bouteille fermée, empêchant ainsi la poussière d’y rentrer, tout en ayant du jeu pour permettre à l’humidité de ressortir de la bouteille. Le bouchon peut gonfler librement, prévenant ainsi le bris du goulot. Tout le mystère est de savoir comment la clavette est placée à l’intérieur …

(Informations issue du site : http://www.gerardaubry-botelliste-bateauxenbouteille-marines-portraits.com)

Celui-ci peut être un simple bouchon de liège ou de bois. Plus rarement, il est orné d’un dôme, d’un crucifix, d’un clocher, d’une tête, d’une boule ou d’un autre attribut religieux.

 

Les bouteilles sont-elles typiques d’une région ?

Non, pas spécifiquement, ces bouteilles existent partout en France et dans le monde.

Il s’en trouve en Alsace, en Auvergne, en Lorraine mais surtout là où il y a des patients !

«Cependant, existait au Puy avant 1939, un véritable spécialiste travaillant dans un but spéculatif. Il vendait ses bouteilles 22 frs pièce aux cheminots clermontois en service sur la ligne Clermont-Le Puy ; ces derniers les revendaient à leur tour aux vignerons limagnais. »

(Extrait issu de l’ouvrage : Artisans et Paysans de France, 1946, dirigé par A.Riff, p.236) 

Certaines peuvent être attribuées à des marins car elles comportent deux lanternes supplémentaires, objets essentiels à la navigation de nuit et mis en évidence sur les bateaux.

Il existe de telles bouteilles au Québec. Elles sont très complètes par le nombre d’objets qui y figurent et se reconnaissent par le corbeau qui trône sur la traverse de la Croix.

Une étude approfondie du décor permet des les situer mais une solide connaissance s’impose.

 

Ces bouteilles étaient réalisées lors des longues journées hivernales et par des personnes dont le métier ou l’occupation leur laissait du temps libre : marins, militaires ou prisonniers de guerre. Elles étaient réalisées pour soi, en tant qu’ex-voto ou pour être offertes aux amis et à la famille.

 

Certaines bouteilles ont la particularité de contenir de l’eau. Cela leur confère un effet de loupe, rendant les objets inclus dans la bouteille très visibles et très détaillés.

En Auvergne, certaines sont remplies d’alcool : « Ce dernier bois, (le genévrier) possède en outre la propriété paraît-il de donner « bon goût » et une belle couleur ambrée au marc, car les bouteilles à « Passions », il faut bien le dire sont non seulement recherchées dans un but décoratif, mais on les remplit d’alcool, (…) »

(Extrait issu de l’ouvrage : Artisans et Paysans de France, 1946, dirigé par A.Riff, p.236) 

 

Dans la même veine, il existe des bouteilles à sujets religieux mais autres que le calvaire : messe avec prêtre officiant vu de dos lors de l’élévation avec des enfants de chœur, des scènes de mariage et certainement d’autres scènes encore inconnues de nous…

 

Que vaut une bouteille-Passion ?

La gamme de prix est TRES vaste ! Les prix les moins chers vont d’une cinquantaine d’euros pour des bouteilles très épurées (pour une bouteille fin XIXème, prix constaté sur Ebay) et jusqu’à près de 1 000 € pour des pièces muséales.



Informations complémentaires


BOUTEILLE-PASSION FIN XIXème

BOUTEILLE-PASSION XXème probablement Auvergne

BOUTEILLE-PASSION XXème

BOUTEILLE-PASSION XXème probablement Auvergne

BOUTEILLE-PASSION début XXème

VUE DE DOS D'UNE BOUTEILLE-PASSION

BOUTEILLE-PASSION début XXème

BOUTEILLE-PASSION début XXème

BOUTEILLE-PASSION début XXème

BOUTEILLE-PASSION XXème probablement Auvergne

DETAIL D'UNE BOUTEILLE-PASSION fin XIXème

BOUTEILLE-PASSION DIEPPE XIXème

BOUTEILLE-PASSION CANADA FIN XIXème

BOUTEILLE-PASSION DE MARINIER 1

BOUTEILLE-PASSION DE MARINIER 2

DETAIL DU CLOU MAINTENANT LE BOUCHON

BOUTEILLE PRESENTANT UN AUTEL DEBUT XIXème

BOUTEILLE-PASSION FIN XIXème

BOUTEILLE-PASSION XIXème

BOUTEILLE-PASSION XIXème