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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Grès de Betschodorf

Objets du quotidien
Grès de Betschdorf
Le village alsacien de Betschdorf est situé à 50km au nord de Strasbourg. 

 

L’étymologie du nom est « Betenes-Dorfqui » qui signifierait « village de la prière ». Cette traduction serait justifiée par l’existence d’un très ancien oratoire en ce lieu.
Les historiens locaux supposent d’ailleurs que cet oratoire aurait été fondé par Saint Arbogast, le grand apôtre de l’Alsace, ayant vécut au VIIème siècle.
 
Le sous-sol de cette région vaut de l’or car il regorge d’une argile, qui une fois façonnée et cuite devient un grès à grain dur et serré. Cette argile si particulière se trouve aujourd’hui en quantité considérable dansde la forêt de Haguenau. 
Ces dépôts d’argile portent localement le nom de « glaisières ». Au XVIIIème et XIXème siècles, les glaisières exploitées par les potiers de Betschdorf se trouvaient en dehors de la forêt de Haguenau.
Et précisément, les nombreuses forêts environnantes sont d’excellentes fournisseuses de combustible. Le bois, matière auxiliaire nécessaire à la cuisson,  provient des forêts domaniales et communales situées entre Haguenau et Betschdorf. 
 
Les rivières locales fournissent quant à elles l’eau et avec ce dernier élément,  tout ce qui est nécessaire à l’implantation et favorise l’essor d’une fabrique de céramique est présent localement.
Le seul élément qui manque est le sel marin, qui provient des Salins de Lorraine et plus particulièrement de la ville de Château-Salins.
 
Et depuis bien longtemps, ce sol fut l’objet d’une exploitation à des visées artistiques et utilitaires, dès l’époque gauloise l’industrie céramique fut prospère dans la région alsacienne. A l’époque de l’occupation romaine, il se produit, en Alsace, principalement des briques, des tuiles, des carreaux de dallage et de revêtement.
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C’est en 1720 que les premiers potiers s’installent à Betschdorf, qui compte alors 600 habitants.
Ces potiers viennent d’Allemagne. « L’époque est prospère, de nouveaux ateliers s’ouvrent jusqu’à la révolution française, qui met un coup d’arrêt à la production locale : les potiers du village émigrent alors en Allemagne.
Leur retour d’exil vers 1796 fait entrer le centre céramiste alsacien dans un véritable âge d’or.
Vers 1800, le village compte soixante potiers dont quinze maîtres.
 
A la veille des guerres franco-prussiennes de 1870, on dénombre alors une soixantaine d’ateliers qui emploient environ 400 ouvriers. Le conflit porte un coup d’arrêt à l’industrie céramique du petit village : nombre d’artisans partent s’installer dans d’autres régions à tradition potière (Vosges, Champagne, …).
Dans les années 1900, il subsiste une douzaine d’ateliers à Betschdorf. Ces survivants vont prendre le parti de la modernité. La rude concurrence née de l’apparition d’ustensiles ménagers en tôle émaillée ou en aluminium, moins chers, les fait se tourner vers une production artistique et décorative.  » Extrait issu de Antiquité Brocante, janvier 2006.
 
De manière technique, les grès sont des céramiques faites d'une argile à forte teneur en silice, appelée « argile grésante ». Cette argile est souple, facile à travailler, à tel point que parfois l'ajout d'un dégraissant (sable) est nécessaire pour en diminuer la plasticité. 
Cette terre a la spécificité de ne pas pouvoir être travaillée juste après son extraction.
Un temps de « pourrissage » ou « hivernage » est nécessaire : l’argile est exposée durant un an aux intempéries. La terre sèche en été, puis est lavée par les pluies d’automne, gèle en hiver et c’est seulement au printemps que sa texture arrive à maturité.
Elle est alors nettoyée de ses impuretés et enfin malaxée pour obtenir ses grandes qualités plastiques.
Les pièces sont tournées ou pressées à partir d’un moule.
Après le modelage, le séchage est une étape importante.
Tout défaut entraîne obligatoirement une fissure, rendant l’objet inutilisable. Il doit donc être régulièrement retourné.
 
C’est lorsque le grès prend l’aspect du cuir que les décors sont ajoutés, ainsi que les poignées, anses et autres boutons de préhension, fixés à la barbotine.
Une fois à nouveau séchées, les pièces subissent la cuisson.
Le grès est cuit  à très haute température (1 280° C). Cette haute température vitrifie la matière et la rend définitivement imperméable. Il faut environ 40 heures de préchauffe pour que le four atteigne les 1280°C et s’en suit la cuisson qui dure presque 72 heures.
Les grès sont donc différents des autres poteries et des faïences car ils n'ont pas besoin d'un émail pour être étanches. 
Ils sont également différents des porcelaines blanches et transparentes car leur argile est totalement opaque et généralement de couleur grise ou marron.
 
Les grès peuvent être mats ou brillants. 
La glaçure caractéristique du grès est obtenue par projection de sel marin au cours de la cuisson. Le sel réagit avec la silice de la pâte et réagit en créant une fine couche de vernis.
Les grès de Betschdorf sont, au choix, décorés par incision au stylet (chatironné) ou par moletage mais aussi décorés en relief par ajout de motifs (personnages, arcatures, grotesques, …) obtenus par le pastillage d'éléments moulés ou modelés. Enfin le décor peut aussi être peint directement sur les poteries au moyen d’un pinceau. Le peigne est aussi employé pour la réalisation de zigzags ou de vaguelettes.
 
La couleur du décor est généralement le bleu cobalt, seul oxyde supportant une cuisson à très haute température. A la cuisson, l’oxyde prend une belle couleur bleu foncé se rapprochant du bleu de Sèvres. Les oxydes colorants proviennent de Meissen en Saxe (Allemagne).
On trouve de nombreux décors animaliers : pigeon, poule, cheval, chien, cerf, faisan, lièvre, bœuf, tourterelle, paon, sanglier, mais aussi des végétaux variés, des décors géométriques comme des lignes de pointillés, des traits ou des losanges, des symboles amoureux avec, entre autres, les cœurs et de petits sujets animés.
 
Voici un petit aperçu de ce qui s’est fait à Betschdorf : 
 
-Des contenants pour les liquides : nombreuses sont les cruches, pansues, à large col pour le vin, la bière ou l’eau. Celles agrémentées d’un petit goulot court et étroit servaient à la conservation du schnaps ou de l’huile. Les cruches à distiller sont, quant à elles, grandes (jusqu’à 8 litres de contenance) et sont garnies d’un filtre qui retient les impuretés.
Les bouteilles moine sont cylindriques et agrémentées d’une petite anse semi-circulaire pour un transport facilité, tout comme les gourdes aplaties.
Les pots à bière ou chope, sont reconnaissables par leur couvercle en étain, serti au niveau de l’anse et munis d’un poucier pour le soulever.
Le vinaigre est conservé des tonnelets appelés « vinaigriers ».
Pour l’eau, les fontaines se reconnaissent par leur filtre à sable situé au fond.
-Des pots pour la conservation : les pots pour conserver les aliments sont très nombreux et variés en taille. Ils sont généralement légèrement renflés, à large ouverture ourlée d’une lèvre et munis de deux anses. On y mettait le beurre (petit modèle), les œufs en saumure, le saindoux, …
De grande taille et totalement cylindrique, il s’agit d’un pot à choucroute ou de saloir. Ces pots se reconnaissent par leur absence de décor.
Les jattes et les saladiers servent à la fois pour la préparation, la conservation et le service des mets préparés.
-En ce qui concerne le lait : les écrémeuses sont de grandes jattes équipées à la base d’un trou par lequel s’écoule le lait. La crème reste dans la jatte. Le trou est fermé par un bouchon de liège.
Les pots à lait ressemblent aux cruches à cette différence qu’ils sont dépourvus de becs verseurs car ils servent à faire cailler le lait pour la réalisation de faisselles.
Les faisselles se reconnaissent par la multitude de trous dont elles sont pourvues.
Il existe aussi des barattes à beurre en grès de Betschdorf. Elles sont hautes, étroites et leur couvercle est doté d’un trou pour faire passer le batrou (voir article sur les barattes à beurre).
-Divers objets pour la maison : voici une petite liste des objets courants et usuels qui ont été réalisés : tabatières, pots à tabac, cendriers, cache-pots, vases, pots de chambre, bénitiers, réserve à eau bénite nichoirs, abreuvoirs,…
 
Après la Seconde Guerre Mondiale, de nouveaux objets ont fait leur apparition : service à liqueur, seau à glace, plateau, … Ils sont plus décoratifs qu’utilitaires et ceux-ci sont bien moins prisés que les pièces anciennes.
 
Recherchez les pièces avec un décor gravé animalier ou une étoile, symbole des brasseurs.
Bonne nouvelle, toutes les bourses peuvent craquer : il existe une gamme de prix très large et accessible même aux petits budgets.
 
INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
 
Je vous invite à lire l’article situé à cette adresse : 
http://www.fnepsa.fr/+LA-POTERIE-DE-BETSCHDORF+.html
Quoi qu’écrit à la manière de Proust, la fin du sujet est très riche en informations relatives au métier de potier en Alsace.
Il est sujet de la corporation des potiers, droits, devoirs, us et coutumes, c’est vraiment intéressant.
 
A LIRE 
 
"La poterie de grès au sel"
par Jean-Louis Ernewein
Relié: 120 pages 
Editeur : Editions du Bastberg (10 octobre 2006) 
Collection : Terres vernissées d'Alsace 
très nombreuses illustrations en couleur
ISBN-10: 2848230673 
ISBN-13: 978-2848230672 

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