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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Hérisson à bouteilles

Objets du vin et de l'alcool
Voilà un objet que tout le monde connait et on peut dire merci à Marcel Duchamp !
Sachez que cet objet du vin et de la vigne s’appelle aussi « if à bouteilles ». On peut le trouver sous l’appellation « d’égouttoir à bouteilles ».
Le hérisson à bouteilles est une structure métallique, (généralement du fer galvanisé, résistant à l’humidité et à la rouille), très aérienne permettant de laisser s’égoutter et sécher les bouteilles qui vont être soit stockées, soit prochainement embouteillées. 
Les ifs sont généralement constitués de cercles, dont la taille va en diminuant à mesure que la structure s’élève. Pour se faire, la structure est agrémentée de très nombreuses tiges métalliques, fixées sur ces cercles, de manière légèrement oblique, sur lesquels on vient empaler les bouteilles nettoyées, goulot en bas. On peut les laisser, sécher à l’air libre, ainsi un bon moment.
Il existe de petits modèles de hérissons, pour quelques bouteilles et des modèles immenses, permettant de faire sécher près de 200 bouteilles. Les petits ifs mesurent une quarantaine de centimètres et les grands près d’un mètre quatre-vingt !
Les années passant, les ifs en métal se sont transformés en if en plastique, bien moins intéressants et sans aucun charme. Le côté très design de cet objet fait qu’aujourd’hui, malgré le fait qu’il ne soit plus du tout utilisé pour sa raison première, il est assez recherché. Il est détourné en objet pour le jardin, devant support pour pots de fleurs ou luminaire.
Par dérision, Marcel Duchamp a fait d’un égouttoir à bouteille de ce type, acheté au Bazar de l’Hôtel de Ville en 1913, le symbole d’un objet élevé à la hauteur d’une œuvre d’art. C’est ce que  l’on connait sous le nom de « readymade ». Vous devez aussi connaitre du même artiste l’urinoir…
Sachez que l’original a été perdu en 1914 !
Il y a encore une belle chance de se faire quelques billets en chinant LE hérisson, signé de la main de Duchamp ! 
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POUR EN SAVOIR PLUS SUR L’ŒUVRE DE MARCEL DUCHAMP
 
Extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007
En 1914, Marcel Duchamp acquiert, au rayon quincaillerie du Bazar de l’Hôtel-de-Ville, un porte-bouteilles. Plus tard, il justifie cet achat : « Ce choix était fondé sur une réaction d’indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou mauvais goût… en fait une anesthésie complète » (M. Duchamp, « À propos des readymades », dans Duchamp du signe. Écrits de l’artiste réunis et présentés par Michel Sanouillet, Paris, Flammarion, 1975 ; rééd. 1994, coll. « Champs », p. 191). 
 
La lettre que Duchamp adresse à sa sœur Suzanne pour lui annoncer son invention du readymade donne de l’objet une description qui en fait le véritable premier des readymades : « […] Si tu es montée chez moi, tu as vu dans l’atelier une roue de bicyclette et un porte-bouteilles. […] J’ai une intention à propos de ce porte-bouteilles. Écoute […] prends pour toi ce porte-bouteilles, j’en fais un readymade à distance. Tu inscriras en bas et à l’intérieur du cercle du bas, en petites lettres peintes avec un pinceau à l’huile en couleur blanc d’argent, l’inscription que je vais te donner ci-après et tu signeras de la même écriture comme suit [d’après] Marcel Duchamp » (M. Duchamp, cité dans Francis M. Naumann, Marcel Duchamp : L’art à l’ère de la reproduction mécanisée , Paris, Hazan, 1999, p. 64-65). 
En 1921, lors d’un séjour à Paris, Duchamp refait le Porte-Bouteilles pour l’offrir à sa sœur. Il sera présenté, en 1936, dans l’exposition d’objets surréalistes de la galerie Charles Ratton. Dès sa naissance, le readymade (version du Musée, cat. rais. 1, no 306 g), comme d’ailleurs la plupart des œuvres de Marcel Duchamp, est doté d’une double dimension : plastique (visuelle) et scripturaire (intellectuelle). 
 
Le Grand Verre ne saurait être pleinement compris sans les Notes autographes de la « Boîte verte » , 1912-1915 (son commentaire, le récit de sa genèse) qui en constituent le complément « spirituel ». Qu’une des composantes du readymade vienne à manquer (ce qui est le cas de l’inscription du « hérisson », autre nom du Porte-bouteille ), et le voilà privé de sa composante verbale, intellectuelle, condamné à sombrer dans l’univers du « rétinien » honni par Duchamp. « C’est trop fort ! Ce damné Hérisson […] est devenu un grand souci. Il a commencé à devenir trop beau », constate Duchamp avec amertume (M. Duchamp, cité par Francis M. Naumann,op. cit. , p. 261).
 
Références bibliographiques :
 
Marcel Duchamp, cat. exp., 2 vol., Jean Clair (dir.), Paris, Musée national d’art moderne, 31 janvier-2 mai 1977, Paris, Éd. du Centre Pompidou, 1977
 
Arturo Schwarz, The Complete Works of Marcel Duchamp, Londres, Thames & Hudson, 19692 vol. (vol. I : The Text, vol. II : The Plates, Critical Catalogue raisonné, the Sources). Rééd. New York, Delano Greenidge, 2000(1 vol.). [cat. rais. 1]
 
Didier Ottinger, Marcel Duchamp dans les collections du Centre Pompidou-Musée national d’art moderne, cat. exp., 2 vol., Jean Clair (dir.), Paris, Musée national d’art moderne, 31 janvier-2 mai 1977, Paris, Éd. du Centre Pompidou, 2001.
 
Notice rédigée par Didier Ottinger

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