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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Meubles de maîtrise

Objets de curiosité
Commode de maîtrise
« Associer la tête et les mains pour domestiquer la matière et vaincre les difficultés techniques sans qu’il paraisse ». Voilà une belle phrase, qui prouve, s’il en était besoin, que réaliser ces meubles étaient une gageure.
Les meubles de maitrise ne sont ni plus ni moins que des meubles miniatures. Et, c’est là que la difficulté s’impose d’elle-même car ils étaient réalisés par des compagnons, dont le travail se devait d’être exemplaire.
Ces meubles ont la particularité d’être des chefs d’œuvres réalisés par les aspirants compagnons virtuoses, qui présentaient leur ouvrage à l’issue de leur tour de France pour être reçu compagnon. Ces superbes objets de collection sont de véritables chefs-d’œuvre de technique, de complexité de réalisation et de mise en œuvre surtout car ils sont uniquement composés de petites pièces ou éléments. C’est aussi, et il faut le souligner, un chef-d’œuvre de patience. 
Toute la difficulté de la réalisation de ce meuble de maîtrise réside, comme je viens de l’indiquer, dans la toute petite taille du meuble. Les détails minuscules et le travail nécessaires à la fabrication des pièces demandent énormément de concentration, de minutie et d’expérience. C’est un travail considérable et remarquable en tous points.
Une grande partie de ces meubles est cependant anonyme car non signée. Il existe de très rares exceptions.
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La confection de ces meubles miniatures est directement liée à l’organisation des métiers. 
Au XVIème siècle, le mode de vie se sédentarise plus, les seigneurs ne partent plus avec leurs coffres. Les armoires voient le jour, tout comme les cabinets, les dressoirs, les bureaux, … Ces nouveaux meubles sont plus fragiles, décoratifs en plus d’être utilitaires et donc plus graciles aussi.
Les corporations d’ouvriers existent depuis le Moyen-Age. Elles deviennent à la Renaissance des corporations « jurées » ou jurandes, plus facilement contrôlables par la royauté et donc plus facilement taxables ! Mais cela accentue la fermeture des corporations et autres confréries, contribuant ainsi au développement du compagnonnage.
Pour devenir compagnon, il faut faire une formation complète, qui débute par 6 ans d’apprentissage puis 3 ans de compagnonnage : le fameux tour de France.
Une fois ce temps accompli, le jeune doit s’acquitter des droits d’admission et présenter un chef d’œuvre devant un jury de 6 compagnons, ayant tous plus de 10 ans de maitrise.
A partir de 1751, les menuisiers et les ébénistes ne forment qu’un seul corps, ils sont alors dotés d’un statut unique. L’obligation de présenter un chef d’œuvre est maintenue. Le but de la corporation est alors de maintenir un haut niveau de formation et d’exécution. 
Les étrangers pouvaient devenir compagnons, mais n’ayant pas fait leur apprentissage en France ils devaient effectuer un chef d’œuvre du « double fort ».
Chaque ville de province possède sa propre règlementation en ce qui concerne les chefs-d’œuvres.
Bien que les corporations fussent supprimées au cours de la Révolution, de nombreux apprentis ébénistes continuèrent à fabriquer des meubles de maitrise tout au long du XIXème siècle. Cette tradition se poursuit aujourd'hui avec les Compagnons du devoir.
Seuls quelques ébénistes et menuisiers travaillaient hors des corporations et n’étaient donc pas soumis à la présentation d’un chef d’œuvre. Parmi ceux-ci, on pouvait trouver certains ébénistes qui suivaient les cours et étaient donc plus ou moins itinérants, les ébénistes ayant un privilège royal ou un brevet du roi, mais aussi ceux profitant d’une nomination exceptionnelle et enfin les ouvriers libres, qui payaient une redevance leur donnant le droit de travailler hors les murs de Paris, dans des lieux précis, comme Saint Jean de Latran.
En 1791, la loi d’Alarde du 16 mars 1791 abolit le système corporatif et la formation s’en trouve ainsi modifiée et d’exigence du chef d’œuvre s’en trouve abolit du même coup.
Et puis, finalement, l’organisation trop rigoureuse de la profession tendra vers de trop nombreuses exceptions du chef d’œuvre, qui se raréfiera et deviendra même exceptionnel. 
L’introduction de la machine vers 1799, dont la scie circulaire et plus tard la scie sans fin, secoue la branche de la menuiserie-ébénisterie. Sur les 420 000 ouvriers de 1860, seuls 20 000 sont des compagnons et apprentis. 
Aujourd’hui les compagnons sont très souvent meilleurs ouvriers de France car leur formation exigeante en fait des artisans d’élite.
Dans la réalisation de son chef d’œuvre, le compagnon doit mettre en avant son métier. Un compagnon gainier doreur pourra recouvrir une commode de cuir, un compagnon nacrier pourra faire un tour de nacrier, entièrement couvert de nacre, ébéniste faire un meuble très galbé, un bronzier réaliser un meuble tout en bronze, …
Tous ces meubles avaient en outre, la spécificité de fonctionner, de s’ouvrir, les tiroirs s’ouvrent eux-aussi, tout comme les abattants, ils ferment à clé, les mécanismes des meubles fonctionnent parfaitement… bref ce sont de vrais meubles en taille réduite.
Les ébénistes ont employés les bois les plus chatoyants, l’écaille de tortue, l’ébène, l’ivoire, le bronze, les marbres, l’étain, le cuir, le fer, le laiton, la marqueterie de paille, …
Les meubles de maîtrise reprennent tous les meubles déjà existants : commode, armoire, escalier, grille, secrétaire, confessionnal, table, cabinet, billard, bureau, buffet deux corps, chaire à prêcher, maître autel, fauteuil, chaise, tables gigognes, table à jeu, piano, harpe, cheminée, lit à la polonaise, guéridon, chaise à porteur, traineau, trumeau, lit pliant, … et un grand nombre de meubles à secret ou à transformation dévoilant une boite, un nécessaire à couture, une cave à alcools, un nécessaire de fumeur, … 
Sachez qu’en Hollande, le chef d’œuvre est aussi de mise et que nos amis de « l’autre pays du fromage » se surpassaient pour réaliser des marqueteries de fleurs au réel, avec des couleurs assez vives ou des scènes animées étonnantes de vie.
Il existe d’autres meubles miniatures, comme les meubles pour les maisons de poupées, les maquettes pour montrer au futur client le projet du meuble, des travaux de délassement ou de coin de feu.
A ce titre il existe aussi de l’argenterie, de la céramique, de l’horlogerie, des ivoires, de la verrerie, des livres miniatures, qui sont des jouets, des objets de vitrine, de curiosité et certains des objets de culte. 
Ces objets sont aujourd’hui très recherchés et donc inutile de vous dire que les prix sont au diapason !
Source dont larges extraits: « Le mobilier miniature », Elyane de VENDEUVRE, édition Massin, 2010
C’est un livre très richement illustré et bien documenté que je vous conseille d’avoir dans votre bibliothèque.
Toutes les photos proviennent de la vente aux enchères organisée chez Collin du Bocage, le 24 mars 2015.
Voici l’adresse de leur site et de la vente en particulier : 
http://www.collindubocage.com/html/fiche.jsp?id=4922213&np=1&lng=fr&npp=10000&ordre=&aff=&r=&sold=

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