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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Pâle à chaume

Outils et instruments des métiers d'autrefois
Chaumières autrefois
« Taillée et creusée de cavités par le chaumier lui-même, la pale sert à égaliser le chaume. Assis sur la charpente de la maison, le chaumier la tient à deux mains et en tape la pointe des chalumeaux pour les tasser, les niveler et parfaire la surface extérieure du chaume. »
Extrait issu de « L’Art populaire en France », Jean Cuisenier, Office du Livre, p.37
 
Le toit de chaume est un mode de couverture, constitué de paille de blé ou de seigle, de tiges de roseaux (ou sagne).
Il a longtemps servi pour recouvrir les toitures et c'est d'ailleurs de là que vient le mot «chaumière». Cet usage était très répandu jusqu'à la fin du XIXe siècle. Son déclin est dû d'une part à l'abandon de l'usage de la faucille au profit de la faux, mais aussi aux progrès de l'agriculture et d'autre part, à des arrêtés municipaux qui en proscrivirent l'usage à la fin du XIXe siècle, incités par les compagnies d'assurance du fait du risque de propagation des incendies. Les paysans le regrettèrent cependant, du fait du confort thermique et phonique qu'il procurait et surtout pour son coût négligeable.
Toutefois les toits de chaume persistèrent dans certaines régions comme en Bretagne et en Normandie. 
 
Le chaume était souvent du seigle, semé en octobre. Il était coupé en août de l’année suivante. La récolte et le battage étaient faits manuellement car les machines cassaient la paille. Après le battage, la plus belle paille était peignée avec un râteau en bois à longues dents : la « pincha ».
Les brins étaient ensuite posés dans un gabarit fait de deux dents de bois plantées dans une planche : « lo bonc a clues ». Chaque gerbe ainsi déterminée était attachée par deux liens de paille pour former un « clue ». Les gerbes étaient ainsi remisées dans la grange dans l’attente d’être employées.
 
Un toit de chaume n’était jamais refait en une seule fois. La quantité importante de paille nécessaire, la durée de l’ouvrage, la dégradation très inégale des côtés d’un toit, la fragilité du faîtage et des arêtes obligeaient régulièrement à des rénovations partielles. D’ailleurs, les anciens baux de fermage stipulaient qu’une partie de la couverture des bâtiments loués devait être restaurée chaque année. 
Pour les réfections ou réparations, le chaumier, le « cluzaïre » prépare son matériel : les "clues" qui sont les bottes de paille de seigle liées en gerbes, des baguettes de noisetier, "l’agulha" qui est une grosse aiguille en bois, "l’espagea" ou pâle à chaume qui est une planchette en bois avec d’un côté une poignée et de l’autre des rainures horizontales à gorges obliques ou planchette taillée, comme sur les visuels ci-dessous.
 
La couverture usagée est préalablement enlevée. Sur le toit, le chaumier attrape des gerbes que lui fait passer un aide. 
Il délie la paille et il l’étale régulièrement sur la charpente, sur une largeur d’environ 70 cm. Il dispose une baguette de noisetier sur la paille ; cette baguette est en partie piquée dans le chaume déjà en place. Le chaumier enfile dans l’aiguille un lien de paille ou un fil de fer. Il plonge l’aiguille à travers la paille, au niveau de la baguette de noisetier, pour atteindre une latte de la charpente. En aveugle, il passe l’aiguille autour de la latte et il remonte le lien à la surface. Il retire le lien de l’aiguille et il fait un nœud autour de la baguette. Le rang de chaume est alors retenu par la baguette qui est fixée à la charpente par des liens ainsi noués. A l’aide de l’espagea ou pale à chaume, le chaumier régularise l’extrémité du rang de paille mis en place. Il lui donne une pente et un grain uniformes qui permettront un bon écoulement de l’eau. L’opération est recommencée de manière identique du bas du toit vers le haut. A chaque fois, un nouveau rang de paille couvre le précédent avec un léger décalage afin de suivre la pente. Chaque rang inférieur et la baguette qui le retient sont dissimulés par le rang supérieur. Ces superpositions successives donnent au chaume une épaisseur d’environ 40 cm. Arrivé au faîte du toit, le chaumier commence une nouvelle bande de chaume à partir de la base. Ces bandes sont appelées « courijou » ; leur largeur correspond à la longueur d’un bras.
Le chaume connaît un renouveau pour ses qualités d'isolant thermique et phonique. Il est aujourd’hui vu comme une ressource renouvelable et écologique. Grâce à des outils mieux conçus, la pose est désormais plus compacte. Le chaume d’aujourd’hui ne craint plus ni les rongeurs ni le feu.
 
Source pour cet article : http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/itiinv/saigne/chom.htm

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