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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Papiers roulés

Art religieux
Cadre reliquaire décoré de papiers roulés, photo Etude Briscadieu
Non, non et encore non! Le titre de cet article n’est pas PAPEROLES ou paperolles, les deux orthographes cohabitent !
Pourquoi ? Simplement parce le terme « paperoles » n’apparaît jamais dans les écrits anciens relatifs à cet « art pauvre ». Ce mot est tout à fait récent :  il date des années 1980, il est donc inapproprié.
Depuis l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, le nom donné à cet art est : "PAPIERS ROULES".
Attention, les papiers roulés peuvent aussi avoir été nommés autrefois "enroulis", "papiloches" ou "papillotage", mais jamais paperoles !
Et voilà, maintenant vous êtes au courant, l'erreur n'est donc plus admissible !
 
C'est au Moyen-Age que les papiers roulés se sont développés principalement dans l'art religieux. Le but était d’imiter les décorations en filigrane d'or et d'argent bien trop chères pour certaines paroisses.
A cette époque, les ouvrages en papiers roulés étaient réalisés par les religieuses, principalement cloîtrées : Carmélites, Ursulines et Visitandines principalement.
 
Travaux de patience, de méditation, de foi et de solitude, ils étaient les témoins d’une vie de recueillement durant laquelle les objets de piété jouaient un rôle particulier car leur réalisation comptait autant que leur dimension décorative.
 
A partir de minces bandes de papier qu’elles coloraient, doraient sur la tranche et qu’elles enroulaient, frisaient, entortillaient et plissaient, les religieuses inventèrent tout un langage de fleurs, de fruits, d’épis, de grappes, de couronnes et de bouquets, d’arabesques, de colonnades, de volutes exubérantes, en y mêlant parfois des pierres semi-précieuses, des perles, des coquillages, quelques fils d'or et d'argent, obtenant ainsi de petits retables qui imitaient la magnificence et l’exubérance du Baroque. Certains sont d’ailleurs surprenants de complexité. Toutes ces compositions étaient placées sous verre et encadrées.
 
Les religieuses imitaient ainsi la ferronnerie ou l’orfèvrerie, d’autres diront la dentelle et la broderie.
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Les papiers roulés serviront de décors pour des images de dévotion (aquarelles ou gravures) et pour des reliques des saints. Donc, ce qui est communément appelé "papiers roulés" concerne principalement des reliquaires.
Comment obtenir les grâces d'un saint plus sûrement qu'en honorant une relique de son corps? 
En outre, gardons en mémoire que les églises au Moyen-Age œuvraient pour détenir des reliques de saints, ce qui amenait pèlerins et subsides.
Objet de dévotion privé, ce type de reliquaire fut plus ou moins standardisé : le fond est tendu de soie ou d’un beau papier et l’élément central est un fragment d'os de saint, parfois réduit en poudre et inclus dans une pâte de relique, une image pieuse ou une petite statuette à l’effigie du saint ou un morceau d’étoffe.
Rares sont les reliques contenues dans ces reliquaires qui sont absolument authentiques...
 
Ces tableaux en papiers roulés pouvaient être accrochés au mur ou disposés sur un autel, dans de petits oratoires privés mais aussi bien sûr, dans les monastères et les couvents.
Ils pouvaient former une paire, illustrant des thèmes cohérents : saints patrons d’une l’église, d’une couvent, d’un monastère, saints et saintes d’une famille, saints et saintes en fonction des fêtes du calendrier chrétien…
Ce type de tableau reliquaire s’est beaucoup développé vers le milieu du XVIIème siècle.
Aux XVIIIème et XIXème siècles, leur taille devient bien plus modeste.
Afin de les emporter avec soi lors de voyages sans les endommager, ces reliquaires reçoivent couvercles, étuis et écrins.
 
La révolution française ayant engendré la destruction de nombreuses reliques et avec le réveil de la foi à l’époque romantique, il y a une relance de la dévotion envers les reliques des saints et c'est sur la demande de familles pieuses que furent créés bon nombre de ces petits tableaux de dévotion.
Parallèlement à ça, ce loisir lié à la religion est devenu le passe-temps préféré des jeunes filles de la bonne société au XIXème siècle, qui firent des réalisations profanes, considérant cet art, à juste titre, comme une démonstration d'adresse et de patience.
 
En ce qui concerne le marché des papiers roulés, les pièces les plus anciennes datent donc du Moyen-Age  et elles sont dans les musées. Elles sont d’origine française ou anglo-saxonne.
Bien plus tard, de nombreux reliquaires poussiéreux furent mis à la poubelle à l'époque où ils n'intéressaient personne. Des bondieuseries disait-on!
Il y a 20 ans, cela n’intéressait toujours personne : il était aisé d’en trouver lors de brocantes et vide-greniers et pour moins d’une dizaine d’euros, il était possible d’acquérir une très belle pièce !
Aujourd'hui, ce n'est plus tout à faire vrai! 
 

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