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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Peigne à carder

Objets du quotidien
Carder la laine, photo VirtualMuseum.ca
Avant de pouvoir être filée, toute fibre naturelle doit être cardée et/ou peignée.
 
L’action de « carder » consiste à démêler, séparer et aérer les fibres textiles issues des matériaux bruts dont elles sont issues.
Sont généralement cardées les fibres courtes telles que les fibres animales (la laine, le mohair issu de la chèvre, l’angora qui provient du lapin, la laine de lama, les poils de chameau et de yak, le célèbre cachemire et même les poils de chat, de chien…), le coton et parfois le lin.
 
Le mot « carder » dérive de « chardon » et plus spécifiquement du mot « cardère » qui est un magnifique spécimen de chardon, hérissé de piquants et qui pousse aisément à l’état sauvage.
 
Dans ses déplacements, il n'était pas rare qu'un troupeau de moutons se frotte contre des chardons et y accroche quelques fibres de laine.
Mais alors, cette plante nous aurait-elle donné des idées ?
Et bien oui et comme la nature est un excellent laboratoire d’expériences, les pâtres d'autrefois en ont déduit qu’en frottant les toisons de leurs bêtes avec des bouquets de chardons, ils pourraient obtenir une laine plus souple et propre, et ainsi mieux la vendre.
Et c’est de cette manière que les premières cardeuses voient le jour. Les toutes premières sont manuelles (comme le peigne à carder) et elles sont suivies, évidemment par des cardeuses industrielles, bien sur toutes initialement équipées de chardons naturels secs.
Le cardage pouvait s'effectuer à la maison avec une cardeuse « à rouleau » ou « à balancier », machine qui permettait un travail moins laborieux aux femmes qu’avec les peignes.
C'est d’ailleurs lors du cardage que peuvent se faire les mélanges de matières et de couleurs.
 
Le peigne à carder fût principalement employé pour la laine. Cependant, les femmes s'en servaient aussi pour sérancer le lin.
Il existe en effet un autre peigne, le « peigne à filasse », qui servait, comme son nom l’indique, à peigner la filasse de lin. (Voir article sur le « peigne à filasse »)
 
Manuellement, l’opération de cardage se fait à l'aide de petites « cardes » ou de « sérans » (autres noms du peigne à carder).
Mécaniquement, la laine est cardée en passant entre de grands rouleaux hérissés de pointes de plus en plus fines, pour obtenir, en bout de chaîne, ce qui s’appelle une « nappe de laine ».
 
Un peigne à carder, l’objet de cet article, est une planchette de bois munie d’un manche comportant, sur la face interne, plusieurs rangées de courtes pointes métalliques recourbées mesurant de 1 à 5 cm environ.
Ces pointes sont fixées sur un carton épais situé sous un tissu qu’elles transpercent. Le tissu, qui maintient le carton, est cloué sur la planchette. Parfois, ce rectangle d’étoffe est remplacé par une fine feuille de métal.
Les peignes à carder s’utilisent toujours en paire. 
 
Pour carder de la laine, il faut l’étirer avec les peignes mis l'un sur l'autre, en sens opposé pour que les rangées de pointes de l'un sont inclinées dans le sens inverse des rangées de pointes de l'autre.
Cette opération permet de nettoyer la laine brute : c’est-à-dire assainir la matière grossière en retirant les déchets, en la nettoyant, en l’effilant, pour finalement régulariser le sens des fibres.
La laine devient alors plus légère, comme mousseuse. 
Les femmes retiraient ensuite la laine des cardes et la roulaient sur leur cuisse pour en faire une sorte de boudin qui s’appelle un « ondin ».
Elles pouvaient aussi « peigner » la laine avec un peigne métallique fixe sur lequel elles venaient frapper une mèche qu’elles étiraient afin de la démêler. Ce travail permettait de filer plus fin.
 
Le « pétan », à savoir, les rebus du cardage, servait de rembourrage pour le collier des animaux comme celui du mulet mais aussi pour garnir les matelas.
D’ailleurs, autrefois, il n’était pas rare de faire carder son matelas : c’est à dire démêler la laine ou le crin contenu dans un matelas pour lui redonner son épaisseur primitive.
 
Et toujours, le petit mot de la fin pour ceux qui aiment la langue française :
 
l’expression « carder ses matelas » signifie mener une vie de débauche et donc user rapidement son matelas en y faisait de très fréquentes galipettes !
Au sens figuratif, « se carder le poil » c’est se crêper le chignon et en arriver aux mains.

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