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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Pichet trompeur

Céramiques régionales
Pichet trompeur, Nevers, fin du XIXème siècle, photo Drouot
Voici un objet qui vous mettra le sourire aux lèvres et qui, par ailleurs, pourrait vous causer bien du soucis.
 
Aussi appelé "POT TROMPEUR", "POT OU PICHET A SURPRISE", "POT A ILLUSION" ou "AIGUIERE TROMPEUSE", ce pichet n’a qu’une seule vocation… vous laisser dubitatif et vous divertir.
Et ce petit jeu facétieux qui daterait du XIVème siècle, serait probablement né en Saintonge, mais il plane une petite incertitude à ce sujet. Qu’importe, l’objet est ludique et c’est là l’essence même son usage.
 
Pris en main et obligatoirement offert à un ami, le pichet trompeur est un vrai casse-tête. Demandez donc à votre ami de boire le contenu et vous verrez bien s'il y arrivera !
 
Tout l’intérêt d’un tel pichet réside dans sa facture.
Ce curieux objet se présente comme un pot à eau ou à vin classique, pansu avec une anse tubulaire donc en forme de tube, sauf que son col est totalement ajouré et qu’en plus, il n’y a pas de bec verseur. Etrangement, il possède un seul ou plusieurs goulots, appellés aussi « tétines », situés sur la lèvre du col.
Mais alors comment faire couler le contenu sans en mettre partout? Impossible de pencher le pot, impossible de faire sortir d'une manière ou d'une autre le contenu.
Après avoir bien manipulé l’objet, nombreux donneront leur langue au chat !
Sans plus attendre, voici donc la réponse !
Celui qui veut boire le contenu du pichet ne peut le faire qu’en aspirant par l’une des petites tétines. En regardant bien vous noterez qu’une seule d'entre elle est repercée...
En outre, le bourrelet (système à tubulures creuses) qui forme un rebord, ainsi que l’anse est creux. Tétine et anse communiquent donc !
Et en regardant au fond du pichet, vous noterez encore qu’il y a un tout petit trou, qui communique avec l’anse.
Mais voilà, si à ce niveau de votre enquête, vous tentez d’aspirer le contenu de du pot, vous n’aspirerez que de l’air…
Mais pourquoi ? Mystère, mystère…
Voilà donc la dernière énigme de ce pot à résoudre.
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Avez-vous bien regardé votre pichet sous toutes ses coutures ?
Oui ? Alors vous aurez peut-être remarqué un petit trou dans l’anse, situé au niveau du col, presque invisible car il est situé tout en dessous.
Et bien voilà ! Il ne vous reste plus qu’à mettre un doigt dessus pour le boucher, aspirer de nouveau et le tour est joué, vous viderez ainsi le contenu de ce pot !
Certains modèles de pots à surprise sont légèrement différents.
Leur col n’est pas ajouré mais ils sont composés de deux corps pansus fixés l’un sur l’autre qui ne communique pas entre eux.
Le pot se rempli alors par un orifice situé sous la base, fermé par un bouchon. Il suffit d’aspirer par le goulot pour boire car l’anse creuse fait communiquer les deux corps du pichet.
 
D’OU VIENNENT CES ETONNANTS PICHETS ?
 
Ces étonnants contenants proviennent principalement des régions ou des villes de Rouen, Auxerre (et de l’ensemble de la Bourgogne et un peu de l’Auvergne), de Nevers, de Malicorne et du reste de la Sarthe, de Lille, La Rochelle et de Quimper pour des plus récents.
La région de la Sarthe a beaucoup produit ce type de pichets entre les XVIIème et XIXème siècles. Les sarthois sont visiblement bon vivants et aiment rire d’eux-mêmes et entre eux.
Les plus beaux modèles anciens, en faïence, proviennent de Lille et de Nevers.
Vous trouverez plus rarement ce type de pot dans le Sud de la France. En revanche, les experts sont catégoriques : point de pichet trompeur dans l’Est de la France.
Sachez, en outre, qu’il s’en trouve en Italie et en Chine. Rire de quelqu’un est donc un sport international !
Ces pots sont en faïence, en terre vernissée ou en grès pour la région de la Puisaye. Il existe des modèles spectaculaires en verre : ceux-ci sont rares et recherchés.
La grande majorité des pots qui s’échangent sur le marché de l’art sont en terre vernissée et datent du XIXème siècle. Ils sont reconnaissables car souvent sans décor ou avec un décor très « rudimentaire ».
 
LES DECORS
 
Les plus anciens pots portent de ravissants décors. Ce sont les pièces les plus recherchées et les plus intéressantes.
Les sujets peints sont raffinés et souvent remarquables.
 
Voici quelques indications plus générales au sujet des décors :
-Le col possède la spécificité d’être ajouré d’une frise et cela fait souvent office de décoration pour nombre d’entre eux, dont le corps est vierge.
-Certains décors sont obtenus par ajout de matière, ils sont donc en relief, moulés et collés sur le corps avec de la barbotine : c’est que l’on appelle un décor « en pastillage ».
 
-Certains pots récents ont été moulés avec un décor, rehaussé après cuisson de couleurs peintes.
 
-La majorité pots anciens en faïence, décorés, porte un décor qui est dit de "grand feu" : la palette des couleurs est plutôt restreinte à cause de la température élevée de la cuisson : du bleu de cobalt, le plus utilisé, du violet de manganèse, du vert de cuivre et du jaune d'antimoine.
-Sur les pichets du XIXème siècle, il n’est pas rare de trouver des petites phrases sur la panse, manuscrites, peintes ou incisées. Elles sont divertissantes et/ou distille un certain mystère qu’en à l’usage du pot. En voici un bref échantillon : « In vino veritas », « Bonum Vinum », « Buvez, je le veux bien, mais sachez placer votre main », « Bois, si tu le peux », « Prend ce pichet et trouve son secret »…
-De très nombreuses tétines sont laissées sans décors. Certaines sont décorées et peuvent représenter de petits animaux tels que des chats, oiseaux, escargots, des grenouilles ou simplement des spirales, des cônes ou des boules.
-Le motif des pampres (grappes de raisin) se retrouvent souvent sur les pichets du XIXème siècle, provenant de Malicorne.
-Sur les pichets datant du XVIIIème siècle, on peut trouver de très belles vues animées ou des scènes religieuses. Elles sont souvent datées.
-Certains pichets datant du XVIIIème siècle sont dits « patronymiques » : ils portent le nom de leur propriétaire.
 
Un petit conseil pour identifier la provenance du votre pichet : identifiez d’abord la matière et sa couleur. Cela vous aidera à situer le centre de production. Puis aidez-vous du décor. Ces derniers sont souvent caractéristiques d’une région (couleurs) ou d’une ville.
Dernière information, ces pichets pouvaient être offerts comme présent d’amour.
Enfin, pour ceux qui s’intéressent au marché mercantile du pichet trompeur, sachez qu’un pot du XVIIIème provenant de Rouen ou de la ville de Moulins spnt les plus recherchés.
Mais soyez toujours vigilants aux cassures des tétines et aux fêles sur la tubulure et encore plus aux hypothétiques restaurations !

Galerie photos