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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Plat à barbe

Objets pour les messieurs
Plat à barbe, terre vernissée, Normandie, XVIIIème siècle, collection Lemaitre, photo Delon Hoebanx
Le plat à barbe est un récipient creux, ovale, échancré d'un côté, que les barbiers plaçaient sous le menton de leurs clients afin de les raser.
Ce plat appartient à la famille des récipients pour la toilette et pour la coiffure.
 
Voici une excellente définition de l’objet : il s’agit d’un bassin circulaire ou ovale, à large marli relevé vers l'extérieur et comportant une ou deux échancrures arrondies sur le bord ou sur la mentonnière. Une mentonnière est une petite plaque rapportée ou non et/ou amovible, que le coiffeur plaçait sous le menton."
Ces échancrures ou cavités ovales/circulaires sur le marli servent à faire mousser le savon et recevaient la boule que le barbier glissait entre la mâchoire et la joue pour tendre la peau et faciliter le rasage, sans oublier la pierre d’alun utilisée comme astringent sur les plaies.
Définition extraite du livre « Objets civils domestiques », par Catherine Arminjon et Nicole Blondel, p.308
 
Le praticien pouvait remplacer la boule par une cuillère : c’est ce qu’on appelait autrefois le rasage « à la cuillère ». 
Cela consistait à mettre la cuillère dans la bouche du client, coté bombé vers la joue, pour donner du relief, évitant ainsi de taillader la peau.
A l'époque de très nombreux hommes n'avaient plus beaucoup de dents et donc leurs joues étaient creusées ce qui rendait le rasage compliqué.
 
Le plat à barbe est souvent muni d'un anneau fixé sur le bord extérieur ou de deux trous pour l'accrochage.
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Cet élégant plat pouvait faire partie de la toilette et était fréquemment accompagné d'un pot à eau chaude : l'ensemble était souvent appelé « toilette d'homme ».
 
Le plat à barbe peut aussi consister en une cuvette circulaire encastrée dans une table barbière.
La forme ovale de ce récipient n’est pas antérieure à la fin du XVème siècle.
Un plat à barbe peut être en étain, en argent ou en métal argenté, en cuivre, en porcelaine, en terre vernissée, en verre, en cristal, en faïence, en laiton chromé, en tôle et en bois pour les plus rustiques.
Nos ancêtres le nommaient aussi "bassin à barbe", "assiette à barbe", "bassin de barbier", "bassin barboire".
 
Profitons de cet article pour en connaître un peu plus sur le métier de barbier.
 
Un barbier est généralement un homme, dont le métier consiste à entretenir les cheveux et la pilosité faciale (barbe, moustache, rouflaquettes, etc...) des hommes. Son métier est proche de celui du coiffeur, mais plus spécialisé. Le barbier installait généralement ses clients sur une chaise de barbier, meuble de métier qui lui est propre.
Le rôle du barbier, dans la société rurale ancienne, était important. C’était un peu le médecin du pauvre. Il y avait un barbier dans chaque village.
Le barbier incisqit les abcès : les visages étaient souvent couverts de boutons. Il rasait et coupait les cheveux, avec le même outil.
Avec le temps, s’est installée une certaine angoisse du rasage : les paysans craignaient souvent que le barbier ne leur transmette des maladies de peau car il était difficile de savoir à quoi avait servi le rasoir avant de couper la barbe…
Voici quelques conseils donnés, à la fin du XVIIIème siècle, pour un « art » du rasage réussi: le barbier rasait les joues et la moustache mais il était conseillé pour le port de la perruque de raser le tour du front et les tempes pour avoir une netteté vis-à-vis de la perruque. 
Pour les hommes pas encore chauves avec le port de la perruque, avoir la tête rasée était une nécessité, mais il est très difficile de se raser soi même la tête avec un rasoir couteau, c’était donc le travail du barbier.
Le barbier utilisait du savon ou une savonnette ou l’essence de savon qui était à base d’huiles aromatiques.
 
Le barbier-perruquier était, quant à lui, plus ou moins, l’ancêtre de nos coiffeurs actuels. (L'expression est d’ailleurs toujours utilisée au Québec pour désigner un coiffeur pour homme).
En 1654, Louis XIV crée 40 charges de barbiers-perruquiers pour faire rentrer de l’argent au profit du Trésor et pour suivre la Cour.
Au XVIIème siècle, la Corporation des barbiers-perruquiers est l’une des plus riches professions de Paris et fait partie des métiers honorables, étant très prospère et jouissant de nombreux privilèges.
La fin du règne de Louis XVI voit le début de déclin du métier.
 
Et pour être très précise, il faut ajouter qu’il y existait aussi le métier de barbier-perruquier « en neuf », dont l'enseigne était  un bassin bleu surmonté d’une crinière flottante. Cette corporation très riche, ils concevaient et réalisaient en totalité les perruques, sur-mesure.
Il existait aussi les barbiers-perruquiers « en vieux », qui rachetaient des perruques usées. Une fois recousues, réimplantées et remises en forme, ils les revendaient a prix réduit.
Un texte de l’époque sentence : « Méfiez vous des perruquiers en vieux ceux qui rafistolent les perruques anciennes les raccommodent, rapiècent, rajoutent des cheveux en y insérant du crin et de nouvelles boucles, ces perruques sont d’abord appréciées par la vermine… »
 
En province, les coupeurs de cheveux parcouraient les campagnes. Ils se trouvaient sur les marchés, les foires, les Pardons, à la recherches de jeunes femmes avec des chevelures soyeuses et longues. Ces marchands achetaient uniquement des cheveux naturels et les revendaient pour en faire des perruques. Nombreuses furent les femmes qui se laissèrent couper les cheveux en échange d’une somme d’argent, de rubans, de châles, de mouchoirs, de bijoux, de colifichets…
 
Dans l'Europe du Moyen Âge, les barbiers étaient parfois amenés à utiliser leurs instruments à d'autres fins que la coupe des cheveux ou la taille de la barbe.
C’est ainsi que le métier de barbier-chirurgien voit le jour. L’artisan était en charge de la petite chirurgie et pouvait effectuer des soins comme les saignées, la pose de ventouses, des arrachages de dents ou la réalisation des pansements. Ce n'est qu'en 1691 qu'un édit royal français sépare les métiers de chirurgiens et barbiers-perruquiers.
Dans certains pays, les boutiques de barbiers sont visibles dans la rue grâce à des enseignes de barbiers aux formes caractéristiques.
Le poteau, généralement peint en bleu, signalant au public leur établissement, symbolisait le bâton que le patient devait serrer pour rendre ses veines saillantes, dans le cadre de saignées. Les bandages ayant servi à recueillir le sang pouvaient y être exposés et enroulés pour sécher ou pour attirer l'attention.
L'enseigne tricolore reprend ainsi de nos jours les trois couleurs : bleu pour le salon, blanc pour les bandages et rouge pour le sang
 
Quant aux coiffeurs, pour les curieux, voici quelques informations :
 
Le mot « coeffeur » voit le jour en 1650.
A l’époque, il existe un réel conflit entre le métier de barbier-perruquier et celui de coiffeur. Les coiffeurs faisaient de la concurrence aux barbiers-perruquiers car à cette époque le coiffeur prenait de plus en plus d’importance ce qui concernait le coiffage de la chevelure.
Les barbiers-perruquiers y virent une perte de pouvoir ainsi qu’une perte financière non négligeable. Ils intentèrent donc un procès aux coiffeurs pour leur interdire de coiffer les dames.
Le principal talent d’un coiffeur était (et est toujours) la coupe des cheveux et l’argument des coiffeurs mettaient en avant le fait que l’art de la coiffure des dames était un art qui tenait du génie et par conséquent un art libéral et libre.
Les barbiers-perruquiers, eux, confectionnaient des ouvrages en cheveux tels que perruques ou des boucles factices. Ils vendaient leurs ouvrages et coiffaient des perruques mais presque toute leur production était destinée aux hommes.
Le coiffeur ne vendait que ses services.
En 1769, les coiffeurs eurent juste le droit de coiffer des dames de Paris.
Par la suite, les coiffeurs reconnurent le droit aux barbiers-perruquiers de coiffer et de faire la barbe uniquement aux messieurs mais ils estimèrent qu’ils n’avaient pas les compétences pour coiffer des dames.
 
Pour la petite histoire : Monsieur BINET, barbier-perruquier, a donné son nom à la perruque la « Binette ». Elle coûtait 3000 écus et pesait plus d’un kilo. Elle eut un énorme succès et de cette perruque découle l’expression : « avoir une drôle de Binette ».

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