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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Pot à tabac

Objets pour les messieurs
Carte postale illustrée par Léo Hindre
La culture du tabac trouve ses origines en Amérique, il y a plus de 3 000 ans et c’est aux indiens qu'il faut dire merci! Ils le consommaient alors, en feuilles entières et roulées comme un cigare.
Le mot « tabaco », quant à lui espagnol, nous donnera notre « tabac ». Il désigne à l’époque la pipe ou le contenant servant à fumer, puis par glissement sémantique, le contenant a fini par désigner le contenu (feuilles séchées de la plante) puis la plante elle-même.
Avant la découverte des Amériques, le tabac est une plante sacrée, magique et curative, utilisée par des prêtres et des chamanes. Elle sert à communiquer avec les esprits et à apaiser des douleurs. 
En 1492, Christophe Colomb découvre le tabac à Cuba et l'importe pour la première fois en Europe. Mais ses débuts européens sont avant tout décoratifs. 
Ce n'est qu'au milieu du XVIème siècle que le médecin personnel de Philippe II commence à propager ce « médicament universel » qu’est le tabac. 
En 1556, le moine Angoumois André Thevet ramène pour la première fois des graines du tabac en France. On appelle alors la plante « herbe angoulmoisine » ou « herbe pétun ». 
En 1560, le tabac triomphe en France grâce à Jean Nicot. Celui-ci, croyant à l'effet curatif de la plante, envoie de la poudre à la Reine Catherine de Médicis afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et le tabac devient ainsi « l'herbe à la Reine » dont la vente, sous forme de poudre, est réservée aux apothicaires. En l'honneur de Jean Nicot, le duc de Guise propose d’appeler le tabac à partir de maintenant « Nicotiana Tabacum » ou « nicotiane ». D’ailleurs, la plante reçut de très nombreux noms parmi lesquels on peut citer « nicotiane », « médicée », « catherinaire », « herbe de Monsieur Le Prieur », « herbe sainte », « herbe à tous les maux », « panacée antarctique » et finalement « herbe à ambassadeur ». C'est à la fin du XVIème siècle qu'apparaît le mot « tabac ».
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Sous Louis XIII, le tabac est toujours consommé comme médicament en poudre. Mais de plus en plus, il est fumé dans une pipe, par plaisir. 
En 1629, le Cardinal de Richelieu instaure un droit de Douane à l'entrée des tabacs qui, à cette époque, étaient encore importés du Nouveau Monde. Cette décision entraîne, 7 ans plus tard, de premières plantations en France, à Clairac, dans le Lot-et-Garonne.
Au milieu du XVIIème siècle, il y a déjà un grand nombre d'exploitations, surtout dans les vallées du Lot et de la Garonne, en Lorraine et en Normandie, ainsi que dans les quatre îles des Antilles les plus peuplées : Saint-Christophe, Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue. 
En 1674, sous Louis XIV, Colbert décrète le « privilège de fabrication et de vente ». Celui-ci est d'abord affermé à des particuliers. Puis la seule Compagnie des Indes est autorisée à produire du tabac : la tabaculture devient un monopole. C’est ainsi que la contrebande se développe, notamment sur les côtes et en particulier sur l'île de Noirmoutier.
En 1719, la culture est prohibée dans toute la France avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort. A l’exception des régions de la Franche-Comté, la Flandre et l'Alsace. 
En 1791, l'Assemblée Nationale déclare la liberté de cultiver, de fabriquer et de débiter le tabac. Mais sous Napoléon Ier, le monopole exploité par l'Etat est rétabli, en 1810. D’ailleurs, dans le calendrier républicain français, le 16ème jour du mois de Messidor est dénommé « jour du Tabac ».
A partir de 1816, l'autorisation de culture est donnée, petit à petit, à quelques départements. En 1950, le tabac est cultivé dans 55 départements, avec 105 000 producteurs sur 28 000 hectares.
Au niveau de la médecine et de la santé, dès 1775, les premiers soupçons de relation entre tabac et cancer sont exprimés. A la fin du XIXème siècle et pour se donner bonne conscience, apparait un « tabac désintoxiqué » ! De la nicotine et des extraits de tabac (comme des décoctions ou l’ingestion d’extraits de fumée) utilisés comme médicaments ont commencé à tuer des patients ou des animaux lors d'expérimentations animales. On commence aussi à prouver qu'il existe une accoutumance et une dépendance au tabac. Le tabagisme a un impact sur la voix, sur la gorge, la digestion, des effets cardiovasculaires néfastes et sur la santé en général. Les médecins mettent en avant la toxicité du tabac.
Les travailleurs de l'industrie du tabac semblent également affectés, au point qu'en 1901, l'office du travail le considère comme un poison industriel. 
Le tabac est nocif pour la santé mais ça, maintenant, on le sait !
Par le développement de la consommation du tabac, de très nombreux objets voient le jour : tabatières, secouettes, râpes, pipes, cendriers, porte-cigarettes, pyrogènes, … et notre pot à tabac ! 
Les pots à tabac voient le jour au XVIème siècle. 
N’oubliez pas que le tabac est au début considéré comme une plante médicinale. Ce sont d’abord les apothicaires qui conservent le tabac : les premiers pots à tabac sont donc des pots à pharmacie. Ils sont d'abord en terre, puis en faïence et enfin en porcelaine, avec le nom indiqué sur la panse, soit en français, soit en latin.
Ces pots sont dépourvus de poignées, dotés d’un couvercle vissable ou emboitable et ayant la forme très caractéristique des pots à pharmacie, soit pansus, soit de la forme des albarelli.
Puis l’objet se démocratise, au même titre que la consommation de la plante et il envahit tous les foyers de France. On y met d’abord le tabac à râper pour le priser, puis le tabac à chiquer et le tabac à fumer, en fonction de l’évolution du mode de consommation de la plante. 
Le pot à tabac est alors majoritairement en faïence, en grès, en terre vernissée ou en étain et conserve quoiqu’il arrive une forme simple, avec ou sans décor. Le but du couvercle est de conserver l’humidité de la plante et ainsi d’éviter qu’il ne sèche trop et se réduise à l’état de poussière.
Ce n’est qu’avec les années 1830 et le Romantisme que les pots s’emparent d’une certaine fantaisie. Le décor devient plus foisonnant et offre alors de très belles scènes de genre : chasse, scènes pastorales, fêtes galantes et même celles du siècle précédent.
Parfois on lui adjoint deux récipients : un pour les cendres et un autre avec un grattoir type pyrogène, couplé à un logement pour les allumettes. On peut aussi les percer de plusieurs trous pour pouvoir y piquer soit des pipes, soit des cigares. 
La porcelaine aura raison de la rusticité de la terre, plus fragile et moins malléable, et celle-ci permettant de nombreux nouveaux décors.
On trouvera aussi des pots en pierre, en bois, en métal comme de la fonte. 
Puisant dans son pot, l’amateur dépose le tabac dans le fourneau de sa pipe ou dans la rainure du papier pour fabriquer une « cousue-main » (cigarette). Désormais, et à jamais, le tabac à fumer l’emporte sur le tabac à priser.
La fabrique de Creil réalise à cette période des pots en en « terre de pipe » : au traditionnel mélange d’argile et de sable, il est ajouté de la chaux « afin d’éviter les gerçures de la faïence » comme l’a rapporté Flaubert. La faïence fine est cette pâte argileuse blanche, opaque et dense ; elle est recouverte d’une glaçure transparente. A la manufacture de Creil, cette argile blanche est mêlée de silex calciné et broyé, selon la méthode apprise de l’Anglais Josuah Wedgwood, d’où son nom de « faïence anglaise ». Avant d’être recouverte d’une glaçure transparente (vernis plus ou moins plombifère), la faïence est décorée selon le procédé de la décalcomanie : les motifs d’une planche de cuivre gravée sont transférés par un papier spécial et appliqués sur l’objet ; les scènes colorées sont peintes à la main.
Les japonais fabriquent leurs pots à tabac en carton bouilli, les hindous et les bagnards en noix de coco, les africains à double parois pour préserver le tabac de la chaleur. Il y a, durant la période romantique, un vrai goût pour les décors orientalisants, à la manière des pièces réalisées par Jacob Petit (même si je n’ai pas trouvé de pots à tabac de sa main, mais de très nombreux flacons).
Puis venant d’Angleterre, on trouvera sur notre territoire des pots représentant des personnages polychromes dont la partie supérieure du corps sert de couvercle et le bas de contenant. Ainsi, on trouve des Victor Hugo, des Balzac, des personnages politiques, littéraires, subversifs ou hauts en couleurs comme des Nègres (pas de racisme ici, bien sûr, mais un type de décor !), des chinois, des coureurs automobiles, des visages étonnants, atypiques, humoristiques comme des marins, des policiers, des animaux de tous genres dont de très nombreux chiens, puis des scènes entières.
Le pot à tabac passera aux oubliettes lorsque le tabac se conditionnera en petit paquet, logeable dans la poche et que finalement, le paquet de cigarette remportera la mise (même s’il reste des adeptes du roulage de « clopes » !). Mais, il retrouve une seconde vie auprès des collectionneurs, qui, sont toujours plus nombreux car le sujet est très attractif.
Et, toujours, pour les amoureux des beaux mots que notre langue propose, voici un autre « pot à tabac » : une personne grosse et courte sur jambes !
Sources pour cet article dont larges extraits : 
-«L’épopée du tabac », Anatole Jakovsky, édition d’art et d’industrie, Max Fourny, Paris, 1971
-« Fumer… objets de désir», Alice Orhant, Parangon, 2000
-http://www.france-tabac.com/histoire.htm (pour la partie historique du tabac)

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