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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Râpe à tabac

Objets pour les messieurs
Râpe à tabac, photo Auxerre Enchères
La râpe à tabac faisait partie intégrante du nécessaire du priseur respectable et ceci, dès le XVIIème siècle.
Objet de luxe et raffiné, le tabac reste jusqu’au XVIIIème siècle le privilège des classes aisées.
 
Priser le tabac, c’est le consommer par inhalation ou vulgairement, le "sniffer".
La râpe à tabac servait à réduire le tabac en poudre.
Pour ceux qui utilisaient la râpe, il faut ajouter un détail important : le tabac était autrefois conditionné en carottes de tabac.
Une carotte de tabac ressemble donc étrangement au légume dont elle porte le nom : il s’agit d’un genre de gros boudin fuselé fait de feuilles de tabac séchées, enroulées et maintenues bien serrées.
La carotte est devenue l’emblème des débits de tabac. C’est cette enseigne rouge visible de loin qui la préfigure aujourd’hui.
 
Pour priser, il était nécessaire de couper un morceau de la carotte et de le râper finement pour obtenir un tabac pulvérulent.
Le tabac râpé était relativement cher, il était donc plus économique de râper son tabac soi-même.
La râpe à tabac est bien sûr composée d’une râpe, le plus souvent en fer : c’est la partie la plus commune de cet objet.
Elle est composée de lignes de trous régulièrement placés en sens inversés ou perforés en losanges alternés pour permettre une bonne efficacité de l’outil.
Vient ensuite un dos, quasiment toujours décoré : il permettait d’enchâsser la râpe. C’est la partie la plus intéressante de cet objet.
Au bout de celle-ci, se situe un petit réceptacle qui permettait de conserver les fines particules de tabac ainsi râpé. Il s’agit simplement d’une tabatière.
Et pour finir, la râpe est généralement fermée sur le dessus par un couvercle plat à charnière, à pivot ou à glissières, dans le même matériau que celui qui la compose.
 
Il faut en effet retourner cet objet pour s’apercevoir que son dos est généralement travaillé avec finesse et goût.
Il est réalisé en diverses matières nobles : buis, ivoire, noyer, laiton, corne, céramique, bois « de Sainte Lucie » (faux cerisier lorrain qui, lorsqu’il est travaillé, dégage une curieuse odeur de cannelle).
 
Le registre des décors est aussi vaste que le nombre des priseurs.
Il est souvent sculpté, éventuellement marqueté, plus rarement peint ou décoré en Vernis Martin.
Vous y observerez des scènes bibliques, des Saints, la colombe du Saint Esprit, des scènes mythologiques, des scènes animées, des décors de blasons, le nom du propriétaire ou son monogramme, des devises ou des sentences, des personnages plus ou moins connus religieux ou profanes, des scènes grivoises (un peu osées sans être obscènes), des scènes de chasse, des paysages de ville, des monuments, des scènes champêtres, très beaux décors ouvragés représentant des palmettes, avec des masques de grotesques, des rinceaux, acanthes, des coupes de fruits ou vases de fleurs, des rosaces, des fleurs, des cœurs, des entrelacs de rinceaux fleuris et aussi de nombreux motifs floraux non identifiés, mais encore des dauphins, des putti, des coquilles Saint Jacques, le soleil, la lune, des fleurs de lys, des oiseaux, les attributs allégoriques de la musique, de la guerre, de l’amour, …
Bref, vous l’aurez compris le décor était choisi par le propriétaire de la râpe : il pouvait laisser libre cours à son imagination et l’originalité était toujours admirée !
 
Une râpe à tabac mesure entre 13 et 20 cm de longueur.
A delà de cette mesure, il ne s’agit plus d’une râpe qui se glissait dans la poche mais d’une râpe à tabac de table, qui avait sa place sur la table du fumoir, par exemple.
 
C’est indéniablement un bel objet de collection.

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