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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Sabots de Bethmale

Autour du costume et du linge
Sabots de Bethmale, photo Musée des Confluences
Ce sabot est unique au monde!
 
Il se fabrique seulement au coeur des Pyrénées, dans la belle région de l'Ariège et plus particulièrement dans la vallée de Bethmale.
 
En jetant un œil sur une carte, vous pourrez localiser la vallée de Bethmale, à 15 km en dessous de Saint-Girons, chef lieu de l’Ariège. Elle comprend les villages d’Arrien, de Villargein, d’Aret, de Samortein, d’Ayet et de Tournac.
Le Couserans est Gascon alors que le pays de Foix est d’expression Languedocienne. Bethmale est en Couserans et comme de nombreuses vallées pyrénéennes, elle est relativement encaissée et ne communique que difficilement avec les autres.
 
Le nom de la vallée est d’origine latine : Bethmale ou Bammale.
Il semblerait signifier que la vallée fût mal fréquentée sans soit parce qu’elle était le repaire de nombreux fauves ou alors à cause de la particularité de ses habitants.
 
Dans la vallée de Bethmale, le costume ne serait pas complet sans les sabots.
Comme certains sabots de montagne, le sabot de Bethmale est en bois. Il affecte la forme d’un croissant de lune, sans talon, avec une pointe étroite et franche assez effilée. L’extrémité est longue, droite, mince, se relève comme un dard et regarde le ciel.
La particularité vient des pointes qui sont beaucoup plus hautes que partout ailleurs : 30 cm! La décoration réalisée avec des clous de cuivre court depuis ces pointes jusqu’au dessus du sabot, qui est agrémenté d’une large bride de cuir. Un coeur est très souvent  dessiné avec ces clous à tête ronde.
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Il y a plusieurs explications concernant les origines de ce costume traditionnel si particulier.
Elles sont regroupées en quatre hypothèses :
 
-La première et la plus connue attribuant l’origine du costume au le retour d’un bethmalais au pays vers l’an 1600 après un long voyage en Grèce. L’isolement de la vallée a ainsi empêché son évolution.
Jacques Bégouën, le spécialiste en la matière, explique aussi que ce bethmalais avait notamment ramené de ses pérégrinations un harem et de nombreux serviteurs ; cette population fit souche dans la vallée et conserva ses coutumes. Mais les moeurs inhabituels scandalisèrent les habitants des vallées voisines, qui mirent Bethmale au ban de la société, d’où la conservation de ce costume d’origine grecque.
 
-La seconde hypothèse est émise par l’abbé Duclos. Dans son "Histoire des Ariégeois" (1881-1887), il attribue l’origine du costume à une peuplade d’Irlandais habitant une île grecque et ramenée par le seigneur de Solan à son retour des croisades. Ils s’installèrent dans la vallée et adaptèrent leur costume aux rigueurs du climat tout en gardant son cachet d’origine.
 
-La troisième évoque un fait historique marquant : la Guerre des Demoiselles. Les nouvelles réglementations forestières troublaient les profondes traditions des communautés de montagne.
En effet, la matière première pour tous les ustensiles ménagers, outils des champs, ainsi que pour les sabots, était le bois et chacun avait l’habitude d’en user librement en forêt. Les nouvelles réglementations forestières provoquèrent une révolte qui renforça chaque communauté dans son unité et sa différence par rapport aux voisines et au pouvoir central. Ces différenciations sont apparues dans les manières de se vêtir. La forme particulière du sabot Bethmalais pourrait dater de cette époque, symbole d’une sorte de défi aux autorités forestières.
 
- La dernière hypothèse ne concerne que les sabots et se base sur une légende populaire plutôt cruelle que voici.
 
LEGENDE DES SABOTS DE BETHMALE  
 
Cette histoire se déroule autour de l’an 1000.
Les Maures avaient conquis la vallée.
Boadbil, le fils du chef des Maures s’épris d’Esclarélys, fille de la vallée.
Elle fût donc la maîtresse du Maure, sans l'ombre d'un remords, car son fiancé, Darnert le pâtre chasseur s'était enfui dans la montagne, à demi-fou disaient les vieux du village. Esclarélys et Boadbil vivaient heureux.
Un à un, tous les gaillards du Val de Bethmale disparaissaient.
 
Dans la montagne, Darnert, le fiancé d'Esclarélys, doué d’une grande force et d’une grande rapidité chassait et mangeait le coeur des bêtes.
Dans les grottes et dans les gouffres, il visitait ses frères, bergers vagabonds comme lui venus se cacher dans la montagne, attendant courageusement le moment de délivrer leur vallée des Maures.
Dans le village, les Maures humiliaient et suppliciaient vieux, femmes et enfants.
Boadbil et Esclarélys vivaient leur amour éperdument. Un soir de lune douce épandue sur le lac, les vieillards de la vallée entendirent des cris sauvages.
 
Le chef Maure s’inquiétait, voilà une semaine qu’il n’avait pas vu son fils.
De son côté, Darnert qui avait déraciné deux jeunes noyers au bord d'un talus, travaillait les souches anguleuses à la hache et au couteau, creusant et polissant de longs jours.
Un matin clair, les cris des pâtres retentirent de cimes en cimes. Le même cri que nous appelons de nos jours le « hilet ».
 
Vêtus de peaux de bêtes, de flèches, la dague au flanc, l'arc et le pieu sur l'épaule, les pâtres vagabonds de la montagne s’abattirent sur le village. Le soir, tous les Maures du Val de Bethmale étaient morts ou prisonniers.
Malgré la victoire l'épouvante glaçait les bethmalais.
Sur la place du village, Darnert s'arrêta devant le chef des vaincus.
Darnert portait des sabots étranges (esclopes), en forme de croissant de lune. Ils relevaient une pointe fine aiguë comme un dard.
Chaque pointe traversait un morceau de chair, celui du sabot droit plus volumineux que celui du sabot gauche.
Puis désignant la haute montagne où tournoyaient les corbeaux, Darnert dit au Maure : "Là-bas, au seuil de ma grotte, tu trouveras les cadavres de ma fiancée et de ton fils, sauf le coeur trompeur d'Esclarélys et le coeur de Boadbil".
Ayant dit cela, Darnert fit ranger d'un seul côté toutes les filles du pays en âge de convoler en justes noces et il passa devant elles : les jeunes filles regardaient le coeur d'Esclarélys à la pointe du sabot de Darnert. 
Malheureusement, aucune preuve ne permet de privilégier une hypothèse aux autres.
 
Depuis ce temps-là, le soir de Noël, le fiancé offre à sa fiancée une paire se sabots à longues pointes, habillés de cuir et richement décorés de pointes dorées dessinant un coeur (sur le dessus du sabot).
Il offre aussi une quenouille rouge et un fuseau, le tout fabriqué avec tout son amour, plus la pointe des sabots est longue, plus l'amour est ardent.
En retour, la fiancée lui offre un tricot en laine brodé de velours et une bourse empanachée de rubans, de paillettes ou de jais.

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