Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet
AccueilEspace documentaireSaint-Esprit normand

Saint-Esprit normand

Bijoux régionaux
Saint-Esprit normand, XIXème siècle
Le Saint-Esprit normand est un très joli bijou régional, brillant, imposant... So normand !
 
Voilà donc quelques informations à son sujet pour vous permettre de mieux le découvrir !
 
Le Saint-Esprit normand est toujours composé d'une colombe, symbolisant le Saint Esprit. La colombe est toujours présentée tête vers le bas, les ailes déployées. D’une manière générale dans l’histoire de l’Art, la colombe descendant du Ciel vers la Terre représente la parole divine. La colombe tient une place prépondérante dans l’iconographie chrétienne et ceci dès le Moyen-Age.
L'oiseau celeste tient très souvent dans son bec un rameau fleuri ou une grappe de raisin, qu'il semble becqueter. L'ensemble de cette composition est orné de petites pierres multicolores. Les puristes disent que le Saint-Esprit normand se reconnait par la grappe de raisin que tient la colombe, symbole de fertilité.
 
La gracieuse colombe est surmontée par un nœud, de style Louis XV, qui est auréolé et épaulé d’une gerbe végétale et/ou florale. Dans de rares cas, le noeud est surmonté d'une sorte de coulant, fixe et rond.
Vous trouverez parfois d’autres petits oiseaux branchés dans le giron de l'oiseau principal, eux aussi ornés de pierres. Au milieu du nœud, une pierre plus grosse que les autres est sertie, ainsi que sur la tête de la colombe (parfois décalée ou dédoublée au milieu du corps de l’oiseau). Les pierres sont « fixées » en serti clos. Le dos du pendentif est plein et bombé.
La quasi-totalité du bijou est ornée de pierres taillées, rendues très scintillantes. Ce sont soit de véritables éclats de diamant, taillés en rose ou des morceaux de quartz translucides ou encore et plus couramment des strass, qui sont des pierres de synthèse, colorées ou blanches. Certains rares modèles sont ornés de marcassites. 
La plus part du temps, le pendentif est en argent. Il est parfois en or, mais il était alors réservé à une élite bourgeoise et aristocratique. Le pendentif est très régulièrement poinçonné : cela permet d'identifier la ville de provenance et l'orfèvres, lorsque le poiçonnage est complet.
 
Les femmes du peuple portaient ce pendentif sur un cordon de velours et les femmes d’un plus haut rang social ou les femmes âgées le portaient sur une chaine, dont le métal est toujours assorti à celui du pendentif (vous ne trouverez jamais un pendentif en argent porté sur une chaine en or). Le bijou pouvait se porter haut dans le cou, tel un ras du cou ou très bas, presque entre les seins.
Il pouvait être porté sur un collier aux motifs assortis au Saint-Esprit.
 
Je dis "pendentif", car c’est sous cette forme qu'il a été crée dès le départ. Il a possiblement été transformé en broche, plus tardivement, pour être porté sur un corsage. La broche ne faisait pas partie de la panoplie des bijoux régionaux. Trop contraignante à porter, pouvant s'arracher ou se perdre facilement, la broche n'apparait que très tardivement sur le costume paysan, tout comme la montre et le bracelet. Les gestes du quotidient étaient gênés par de tels colifichets.
Des études historiques nous permettent de savoir aujourd'hui que ce type de bijoux date du XVIIIème siècle. Il en a été crée à Saint-Lô, avant 1760.
Les Saint-Esprit ont été très largement fabriqués au début du XIXème siècle. Il existe des dizaines de modèles différents et des tailles très variées elles-aussi.
 
Ce bijou fait encore l’objet de nombreuses élucubrations : Ce bijou serait-il protestant? Mais non, il est catholique! Finalement et après maintes réflexions, il symboliserait l’Amour Humain, sans notion de religion.
Aujourd’hui, personne ne sait vraiment si toutes ces affirmations ont été justes à une époque.
En revanche, il est possible d'affirmer, sans trop se tromper, que le Saint-Esprit normand est un cousin lointain du Saint-Esprit protestant.
C’est là le vrai bonheur de l’Art Populaire : il y a encore tant de choses à découvrir !
 
Il est très important de souligner que le bijou normand, dans sa globalité, est très brillant. Il étincelle! Il est ainsi visible de loin et par tous.
Il est orné, que dis-je, il est couvert de strass ou de diamants, taille brillant. Il pare la normande qui aimait se faire remarquer et ainsi afficher son aisance financière et son rang social.
La Normandie était une région riche et prospère. Les bijoux sont donc nombreux et conséquents.
Autrefois réservé à l'aristocratie, le port des bijoux se généralisa au XIXème siècle, parallèlement à l'augmentation du niveau de vie. L'avènement d'un costume régional fut un élement très important dans le développement du bijou régional.
La Normandie se distingue par la richesse et la variété des bijoux portés par son opulente paysannerie. Le collier d'Yvetot figure parmi les bijoux les plus étonnants, uniquement arborés par des riches fermières normandes.
 
Un dernier mot : le pendentif du Saint-Esprit n'est en aucun cas une croix, comme vous pourriez le voir frequemment écrit.
 
Sources pour cet article :
- Bijoux des régions de France, Claudette Joannis, Flammarion
- www.musee-de-normandie.caen.fr
- Les bijoux normands, connaitre Rouen, III, Marguerite Bruneau

Galerie photos