Nous utilisons des cookies pour garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser celui-ci, nous considérons que vous en acceptez l'utilisation. plus d'informations
fr
Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
Menu
Rechercher un objet
AccueilEspace documentaireSaint Suaire de Besançon

Saint Suaire de Besançon

Art religieux
Saint Suaire de Besançon, photo Auction.fr
Le « Saint-Suaire » peut désigner deux choses pour les chrétiens :
-le linge qui recouvrit le visage de Jésus de Nazareth, dit "Voile de (Sainte) Véronique"
-ou bien le linceul qui servit à envelopper son corps après la mort, conformément au mode de sépulture en usage chez les Juifs.
 
Dans l'Antiquité, le « suaire », du latin « sudarium », du grec « soudarion », qui peut traduire par « mouchoir pour essuyer la sueur du visage », désigne aussi une serviette qui enveloppe la tête du défunt, servant de mentonnière pour lui maintenir la bouche fermée. Il n’est pas évoqué de linceul ou tout autre morceau de tissu recouvrant le corps entier du défunt.
Cependant, le mode de sépulture juif consistait à envelopper le corps, en pliant le linge en deux, depuis la tête vers les pieds (dessus/dessous). Le linge exposé à Turin fait apparaître un corps entier de face et de dos. C’est donc légitimement que l’on peut parler de « linceul », malgré le fait que l’Histoire va donner lui donner le nom de « Saint-Suaire ».
 
Ainsi, gardons à l’esprit qu’il y a eu confusion entre les deux reliques, le Saint Suaire et le voile avec lequel Sainte Véronique essuya le visage de Jésus et sur lequel se serait imprimé la Sainte Face.
Et comme une confusion en appelle une autre, plusieurs églises prétendaient détenir le voile de Sainte Véronique ou le Saint Suaire ! La multiplication miraculeuse des reliques est une autre histoire (de pouvoir et d'argent)…
 
Il faut cependant savoir que l'Église n'a pas toujours reconnu l'authenticité de ces précieux linges.
Tel fut le cas du Suaire de Turin, car deux évêques successifs siégeant à Troyes et auxquels la relique fut présentée en premier lieu, déclarèrent qu'il s'agissait d'un faux et en interdirent l’exposition. Ce fut (l'antipape) Clément VII, Pape avignonnais, qui en institua le culte et la dévotion.
En lire plus
Quoiqu’il en soit et authentiques ou non, très tôt, ces deux types de linges devinrent l'objet d'une dévotion particulière, très prisés par le peuple, composé de petites gens, qui crurent très fort en ce qu’ils voyaient. L'enseignement oral et religieux que le peuple recevait, à défaut de savoir lire pour la plus grande majorité d’entre eux, était vérité et jamais ou peu remis en question.  
Autrefois, la possession d’une relique majeure comme celle-ci était signe de puissance politique, d’une assise religieuse puissante et engendrait de beaux revenus par les déplacements de foule, ainsi que de nombreuses tractations souterraines pour la récupérer !
 
Le suaire qui nous intéresse est le Saint-Suaire de Besançon.
Tout comme le Suaire de Turin, il présentait l'empreinte d'un homme nu, supplicié, de face. Le dos n'a pas laissé de trace. Il mesurait alors 2.6 x 1.3 m.
Il apparaît en 1523, à Besançon, cent ans après le séjour du Suaire de Turin dans la région, qui dura 34 ans, entre 1418 et 1452. Il trouva sa place dans une chapelle qui lui était dédiée dans la cathédrale Saint-Etienne et en 1669, il fut transféré dans la nouvelle cathédrale Saint-Jean.
Bizarre ? Allez, voilà la « supercherie » révélée : le Suaire de Besançon est en réalité une sommaire copie du Saint Suaire de Turin. Le Suaire de Besançon possédait en effet un moule, qui lui permettait de réimprimer son emprunte une fois par an !
Assurément pas très catholique mais très lucratif et offrant un sacré rayonnement à la ville de Besançon, à son clergé, sans oublier ses seigneurs.
« L’ostension se fait du haut du clocher de Saint-Jean, le jour de Pâques, le dimanche de Quasimodo, le jour de l’Ascension, et lors de la tenue du chapitre pour l’Ascension et le dimanche dans l’octave. Il disparait lors de la Révolution Française. » (Extrait du Dictionnaire des objets de dévotion, p.260)
 
Il fut l'objet d'un culte important au XVIIème siècle, durant les période de guerre ( Guerre de Trente ans, annexions et retraits de la France) et de maladies comme la peste. D'ailleurs, lors de la capitulation de la ville devant les armées françaises en 1674, la seule condition posée à la reddition fut de conserver la relique.
À la Révolution, le Saint-Suaire de Besançon fut envoyé à Paris, le 27 floréal an II, avec son moule, selon le procès-verbal de la Convention du 5 prairial an II (Moniteur de 1794, page 557).
Le linge fut alors jeté au feu et personne n’a jamais su ce qu’était devenu le moule (certainement cassé). Fin de l’histoire pour la célèbre copie !
 
Aujourd’hui, les amateurs peuvent retrouver d'intéressantes représentations du Suaire de Besançon, tableautins souvent catégorisés en Art Populaire. Ces cadres présentent de très nombreuses broderies, des gravures sur papier, sur bois, des canivets, des peintures naïves, …. Les objets datent pour la plupart des XVIIème et XVIIIème siècles.
Pour beaucoup, ces objets sont des souvenirs de pèlerinages (quand je vous disais que posséder une relique était lucratif !).
 
A TITRE INFORMATIFS, IL EXISTE D’AUTRES SUAIRES (non, parce qu'un seul, ce n'était pas suffisant!) :
-Le Suaire de Turin
-Le Saint-Suaire de Compiègne(provenant d'Aix-la-Chapelle et donné par Charles le Chauve, il fut conservé dans l'église Saint-Corneille de Compiègne jusqu'en 1840, date à laquelle « la maladresse d’une servante qui voulut lui rendre sa première blancheur le fit tomber en bouillie dans une cuve d’eau chaude ».
-Le Suaire de Cadouin
-Le Suaire de Cabouin de Carcassonne, ...

Galerie photos