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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Souhait de baptême

Art religieux
Souhait de baptême, Alsace, photo Pinterest
Dès le XIIIème siècle, en Alsace, les parrains et marraines offraient une médaille ou un denier à leur filleul, à l’occasion de son baptême.
Ce don serait une allusion à la parabole des Dix Talents : il incite l’enfant à faire fructifier par sa foi, la grâce qui lui est offerte par le baptême.
Au XVIème siècle, un parrain eu l’idée d’accompagner son don d’un souhait de baptême manuscrit. 
En alsacien, ces souhaits sont appelés "göttelbriefe". 
 
A l’initiale, il s’agit d’un document dans lequel sont écrits en vers des vœux de bonheur et de prospérité. Il est aussi souhaité l’enfant une vie très chrétienne et il lui est rappellé le rachat des péchés par l'eau du baptême. 
Il contient parfois le nom et les prénoms de l’enfant, les lieu et date de naissance, les lieu et date du baptême et parfois aussi une allusion au don. Il donne rarement le nom des parents mais celui des parrains et marraines en indiqué, proche de leur signature. 
Les textes qui l’accompagnent s’inspirent de la Bible, de Cantiques ou se présentent sous forme de prières. 
Il rappelait aussi à l'enfant que durant toute sa vie quelqu'un s'était engagé à le soutenir, moralement et matériellement, en cas d'absence ou de défaillance des parents. 
 
Dans ce document, souvent plié telle une lettre, mais aussi en papillote ou en petite pochette formée de 9 carrés par pliages successifs, les parrains et marraines y déposaient comme gage matériel soit une médaille, soit un ou plusieurs deniers, en fonction de leurs moyens. 
Précieusement conservé par les filleuls pendant toute leur vie, le souhait de baptême et le don étaient leur propriété exclusive et n'entrait jamais dans les comptes de la succession. 
 
En ce qui concerne la forme et le décor, il faut savoir que les souhaits de baptême les plus anciens n’étaient pas décorés. 
Ils ne sont peints qu’à la fin du XVIIème siècle et alors frappent par leurs couleurs vives. L’austérité du texte est compensée par la gaieté des couleurs et des motifs sont typiques de l’Art Populaire alsacien. 
Le décor floral orne presque tous les souhaits. Tulipe, rose, myosotis, œillet, lys, marguerite, tournesol, narcisse... toutes ces fleurs, jusqu’à la moitié du XIXe siècle, étaient stylisées, parfois avec beaucoup d’originalité. 
En couronne, en gerbe ou en bouquet, les fleurs expriment la joie du moment. Lorsqu’elle est seule, la fleur devient symbole ou allégorie. 
D’autres éléments complétaient ce décor, comme le cœur symbolisant l’affection ou le coq stigmatisant la vigilance des parrains et marraines. 
Les majuscules étaient très travaillées et devaient ainsi de petits chefs-d'oeuvre graphiques, entourés d'arabesques et d'entrelacs, le tout finissant par des tracés symboliques traditionnels comme le huit couché, symbole de longévité et d'éternité. 
 
Les souhaits de baptême ont différentes formes : il peuvent être ronds, octogonaux, ou simplement manuscrits sur une feuille rectangulaire. Les souhaits peuvent être manuscrits dans des cœurs, dans des ronds, d’autres figures géométriques, le long de la bordure, enserrés dans un décor floral, dans un cartouche,… Une fois plié, le souhait est octogonal, carré, rectangulaire. Le décor reste à l’intérieur sauf à de rares exceptions, permettant ainsi qu’il conserve une grande fraîcheur. 
Ces pièces uniques étaient souvent réalisées sur commande, car faites par des prêtres, des religieuses, des écrivains publiques, des artistes semi professionnels.
Certains de ces souhaits sont l’œuvre d’artisans spécialisés, capable d’une grande maîtrise technique et artistique. C’est le cas de certains souhaits de baptême qui sont réalisés avec la technique du canivet : elle consiste en un découpage au canif des multiples motifs traditionnels et religieux et rehaussés de couleurs.
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Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, apparaissent des souhaits imprimés, grâce à la gravure sur bois ou sur cuivre, puis avec la lithographie. Les parrains et marraines ajoutaient alors un texte manuscrit à la suite de celui qui était imprimé.
 
Dès la fin du XVIIIème siècle, sur les souhaits imprimés, des images religieuses apparaissent à la place du décor peint, elles représentent alors des scènes issues de la Bible.
A titre indicatif, jusque vers 1680 - 1700, les souhaites de baptême étaient entièrement manuscrits, calligraphiés et décorés à la main.
Au XXème siècle, ils sont lithographiés sur papier gaufré et muni d’un emboîtage.
 
Majoritairement issus des milieux protestants, quelques rares souhaits de baptême catholiques ont été cependant trouvés. 
Il est attesté que les baptisés catholiques en aient pourtant reçus autant que les baptisés protestants. Il semblerait en fait que les catholiques aient été enterrés avec leurs souhaits de baptême, ce qui a été confirmé par les menuisiers de l’époque qui réalisaient les cercueils et aidaient à la mise en bière du défunt. 
 
De nombreux souhaits, par ignorance, ont été mis à la poubelle car contrairement à la plupart des images populaires, qui étaient encadrées et accrochées aux murs, les souhaits de baptême étaient conservés dans les livres de prières ou parmi les papiers de famille.
Cette coutume est connue en Alsace, en Suisse et en Allemagne.
Parvenir à une attribution reste toutefois difficile car les imagiers ne signaient pas toujours leurs œuvres.
 
BIBLIOGRAPHIE 
 
Il existe un excellent ouvrage sur le sujet : 
"Les souhaits de baptême en Alsace", François Lotz, édition des Dernières Nouvelles d'Alsace, Istra, Diffusion S.A.E.D 
 
Vous pouvez trouver un article à ce sujet dans : 
"Art Populaire d'Alsace" (Broché), Georges Klein, Editeur Jean-Pierre Gyss (13 février 2003), 160 pages 

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