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Sophie Sesmat,
spécialiste en arts
et traditions populaires
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Tire-lait

Objets pour les dames
Carte postale ancienne, la nourrice
Jusqu'en 1865, tous les bébés étaient allaités avec du lait maternel. C’était une évidence pour la société et pour chaque mère, doublé d'une obligation matérielle. Il faut en effet ajouter que le premier lait infantile a été crée en 1865 par Justus Van Liebig, recette très vite reprise et améliorée par Henri Nestlé, qui connaitra alors plus de succès que son concurrent Liebig.
 
Tout comme aujourd’hui, les femmes allaitantes avaient la possibilité de tirer elles-mêmes leur lait pour le transvaser dans un biberon. Le tire-lait sert également stimuler la lactation pour celles qui manquent de lait. En cas d’engorgement des seins, notamment en période de sevrage, il permet à soulager la maman.
Pour ce faire, les femmes utilisaient un tire-lait en verre, vendu dans le commerce, dans un bel emballage en carton.
 
Il existait alors différentes sortes et formes de tire-laits.
Le système se composait généralement d’une pompe manuelle, souvent une poire en caoutchouc mais parfois il s’agissait d’un long et fin embout de verre, ou d’un cordon flexible creux, que la femme prenait dans sa bouche et par lequel elle créait l’aspiration. Il pouvait aussi s’agir d’une pompe, qui ressemble à une pompe à vélo, qui aspire comme une seringue lorsqu’elle est remontée. Le système était complété d’un petit réservoir qui recueillait le lait et d’un embout évasé communiquant avec le réservoir, appliqué sur le mamelon. Le tout était en verre, réutilisable à volonté, si intact. L’usage du verre était aussi justifié pour des raisons d’hygiène.
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Cet article est l’occasion pour moi de digresser sur le métier de nourrice. 
 
L'existence des nourrices est attestée depuis l'Antiquité. Le meilleur exemple est Mahomet, qui fut confié à une nourrice conformément à la tradition des familles nobles dont il était issu.
 
Dès le XVIème siècle, les historiens parlent l’allaitement mercenaire : c’est la naissance du métier de nourrice, en place chez les aristocrates uniquement. Dans la noblesse, confier l'enfant à une nourrice permettait aussi à la mère de ré-enfanter plus tôt et d’assurer un héritier. Et puis, certaines légendes locales et ancestrales avançaient aussi que l'allaitement maternel était néfaste pour l'enfant ! Par ailleurs, l'allaitement pour les aristocrates renvoyait à une notion « d’animalité » mal perçue. Les besoins affectifs du bébé étaient largement ignorés et la proximité mère-enfant était jugée juste bonne pour les familles du « bas peuple ».
 
Au XVIIIème siècle, les bourgeoises s'offrent à leur tour les services d'une nourrice, pour se défaire de la servitude que représente l’allaitement.
Normandes ou bretonnes pour les meilleures, les nourrices étaient souvent des voisines paysannes ou des femmes dont c’était réellement le métier.
 
Entre le XVIIIème siècle et le début du XXème siècle, un enfant sur quatre en moyenne, meurt avant l’âge d’un an. La mortalité infantile était une triste fatalité dans tous les foyers. Les parents ne s’attachaient donc pas trop à leur progéniture, de peur que la morte précoce d’un ou plusieurs de leurs petits ne les ébranle de trop.
 
Il faut aussi garder à l’esprit que certaines femmes du peuple ne pouvaient pas nourrir elles-mêmes leur enfant, pour raisons mauvaise santé, de décès de la mère, pour des nécessités matérielles de survie qui empêchaient la maman de se dégager suffisamment de temps ou de forces pour allaiter, en cas de naissances multiples, … 
 
Pour les nourrices les plus efficaces et robustes, c’était chose courante d’avoir 6 à 12 bébés à la fois. D’ailleurs, une nourrice est restée célèbre pour avoir pris 2 bébés, alors qu’elle était âgée de 72 ans!
Le rôle premier de la nourrice était d’avoir du lait. C’était donc une femme qui avait elle-même eu un enfant, qu’elle avait allaité et en continuant d’allaiter un autre enfant, sa lactation ne s’interrompait pas.
La nourrice pouvait tirer son lait si elle le souhaitait. (Le voilà le lien avec notre objet !)
Elle était logée chez son employeur pour les nourrices travaillant en ville ou dans certaines familles respectables. Les nourrices rurales travaillaient chez elles et ramenaient l'enfant après la tétée.
Les enfants allaités par la même nourrice étaient appelés « frères (ou sœurs) de lait », par opposition aux frères (ou sœurs) « de sang ».
 
Le développement du lait infantile à la fin du XIXème siècle a amorcé le déclin de l'emploi de nourrices.
La première préparation commerciale pour nourrisson voit le jour il y a une centaine d’année. En 1866, Nestlé met en marché un produit révolutionnaire : du lait de vache suisse additionné de sucre et de farine.
Dès lors, allaiter soi-même est perçu comme un signe de pauvreté. Pire, sortir son sein en public est grossier.
Les foyers qui en avaient les moyens se payaient la préparation de Nestlé et les plus aisés engageaient des nourrices. Les femmes du peuple, elles, allaitaient.
Pour nombre de nourrissons, l’allaitement maternel les a sauvés car la très mauvaise qualité de l’eau utilisée pour mélanger la préparation Nestlé était bien souvent cause de maladie et finalement de décès.
 
Je mets quelques photos ci-après. Vous remarquerez que les boites sont très jolies et que c’est souvent grâce à elles que les tire-laits, en verre fin, nous sont parvenus intacts.
 
Dur de trouver des tire-laits dans les foires à tout, vide-greniers ou brocantes. Il en passe de temps à autre en salles des ventes. Je pense surtout qu’il s’agit de bien identifier l’objet car j’ai vu un tire-lait dont la définition de vente commençait par : « Rare ventouse… » .
 
Source :
http://www.lerelait.com/allaitement/historique-de-l-allaitement-maternel.html

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